La stratégie du choc - Notes de lecture - Partie 2

Après la première partie que l'on peut retrouver ici: http://blogs.mediapart.fr/blog/le-pere-vert-pepere/220513/la-strategie-du-choc-notes-de-lecture-partie-1 , nous allons aborder plus en détail quelques aspects de cette stratégie du choc, sans entrer dans l'intégralité de la démonstration (pour cela, il faut lire le livre).

La genèse de la stratégie du choc

Le monde de l'après seconde guerre mondiale voit d'une part le triomphe des idées keynesiennes et d'autre part, notamment en Amérique du Sud, le succès du développementisme, basé sur des principes de gauche. Les conséquences désastreuses de la crise de 1929, du au moins en partie, déjà à un libéralisme effréné et la nécessaire reconstruction amènent les états à intervenir massivement dans l'économie.

En Amérique du Sud, des partis de gauche non marxistes accèdent au pouvoir et mettent en place des réformes permettant un développement et une industrialisation avec là aussi une intervention importante de l'état (nationalisations des mines, tentatives de réformes agraires...), ce qui ne va pas sans nuire à de gros intérêts privés, notamment américains.

Face à cette tendance, les économistes de l'école de Chicago (entre autres, ils ne sont pas les seuls) s'interrogent sur la façon de faire triompher leur théories sur le rôle néfaste de l'intervention de l'état dans l'économie. Ils entreprennent notamment à partir des années 50 un travail de fond, de formation, en ouvrant largement leurs portes aux étudiants sud-américains. C'est ainsi que des cohortes d'économistes sud-américains seront formés (formattés?) aux bienfaits du néo-libéralisme.

C'est aussi à cette époque que Friedmann théorise ce qui s'appelera la stratégie du choc. Pour imposer des réformes néo-libérales, il faut le faire vite et massivement et profiter du choc ainsi créé pour imposer toutes ces réformes sans que la population n'aie le temps de réagir. On peut aussi profiter des chocs créés par des événements extérieurs (catastrophes naturelles, coups d'état, guerres...)

Les chocs

Les chocs peuvent être fortuits, dus à des catastrophes naturelles comme à la Nouvelle-Orléans après Katrina ou au Sri Lanka après le tsunami. Les populations sont laissés dans un tel état de désarroi qu'ils ont d'autres chats à foutter que de s'opposer à des réformes, sous prétexte de re-construction, qui les privent de leurs moyens d'existence d'avant la catastrophe. C'est ainsi qu'au Sri Lanka, les pêcheurs qui vivaient sur les plages se sont faits refouler à l'intérieur des terres pour laisser la place à la construction de grands hotels destinés aux riches touristes étrangers.

 

Les chocs peuvent être aussi politiques et donc provoqués. On pense bien sur au Chili, premier pays où la stratégie du choc est réellement mise en application, où le choc est provoqué par le coup d'état de Pinochet et la violente répression qui s'en suivra.

Mais aussi, plus près de nous, à la Chine (on oublie trop souvent que les manifestants de Tiennamen non seulement réclamaient plus de démocraties, mais s'opposaient aussi aux réformes économiques alors en cours). En Russie où Eltsine dut incendier son propre parlement et fit tirer par l'armée sur les manifestants qui tentaient de le protéger.

Les chocs politiques peuvent être aussi plus subtils et moins violents. Ainsi, en Afrique du Sud, pendant les négociations devant amener à la sortie de l'apartheid, l'ANC, par naïveté et manque d'expérience se concentra sur les réformes politiques et institutionnelles et céda sur la plupart des négociations économiques, ce qui l'enferma dans un carcan l'empêchant de mettre ensuite en oeuvre son programme économique.

En Pologne, c'est la nécessité d'obtenir des prêts qui contraint Solidarnosc, une fois arrivé au pouvoir, à appliquer une politique néo-libérale à l'opposé du programme sur lequel il avait été élu.

 

Et bien sur, le choc peut être provoqué par une guerre. La Grande-Bretagne de Thatcher est citée, à juste titre, comme le premier pays européen où le néo-libéralisme fut mis en oeuvre. Mais l'on oublie souvent que c'est à partir du choc provoqué par la guerre des Malouines qu'elle put imposer ses réformes radicales.

  L'Irak est bien entendu un autre exemple du choc provoqué par une guerre, celui-ci étant pleinement délibéré.

La violence des réformes néo-libérales

Partout où elle furent mises en oeuvre, les réformes furent rapides et brutales:

  • privatisations non seulement des entreprises mais aussi des systèmes sociaux, pour aller, en Irak et aux Etats-Unis, jusqu'aux fonctions les plus régaliennes de l'état, à savoir la sécurité intérieure et extérieur
  • Licenciements massifs de fonctionnaires
  • Baisse des salaires dans la fonction publique et aussi dans le secteur privé.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.