José Bové a fait scandale dans les milieux écolos bien-pensants par ses déclarations sur le loup.
Pourtant, a-t-il annoncé vouloir éradiquer le loup ou autres prédateurs de notre territoire français? Non il a simplement affirmé le droit d'un éleveur à tuer un loup en cas de menace directe de son troupeau.
Aussitôt, le côté donneur de leçons d'un certain nombre d'écologistes est réapparu et José fut immédiatement excommunié: faux écologiste, défenseur d'intérêts catégoriels ou politicard ne pensant qu'à sa réélection. On lui reproche même de ne pas respecter la loi, lui qui devint célèbre pour ses actions de désobéissance civile.
Parmi ceux-ci, notre ami Fabrice Nicollino, grand défenseur de l'écologie, au talent d'écriture certain et aux causes le plus souvent juste. Cependant, dans un texte enflammé loué par nos écologistes bien-pensants, où il prend soin de préciser que José Bové est son ami (ce qui est vrai), il part dans un texte enflammé dans la défense du loup. Et nous avons droit à l'analogie avec les éléphants d'Afrique (comme si c'était les paysans masaï et non le traffic d'ivoire qui avaient menacé d'extinction les éléphants), au fait de se réjouir de l'embuissonnement de certaines zones rurales (comme si cet embuissonnement était la restauration du milieu naturel). Bref, à un certain nombre d'inepties d'un point de vue écologique. Notre ami Fabrice aurait du se relire avant de publier son texte.
Entendons-nous bien. Je suis pour la préservation (ou la restauration selon les cas) de la biodiversité sauvage, y compris donc des grands prédateurs tels que le loup ou l'ours. Mais je suis aussi pour le maintien ou la restauration (toujours selon les cas) d'une agriculture paysanne.
La biodiversité sauvage est un bien commun.
L'agriculture paysanne, locale, permettant l'autonomie alimentaire, est un autre bien commun. Savez-vous que, dans notre modèle actuel, il suffirait en France, d'une interruption de 12 jours de la distribution de pétrole pour que la France soit affamée, au sens premier du terme. Il est indispensable de revenir, en France comme ailleurs, à l'autonomie alimentaire. L'alimentation est un besoin commun.
Il est donc indispensable, pour satisfaire ces biens et besoins communs de permettre la cohabitation entre biens et besoins communs, entre biodiversité sauvage et agriculture paysanne. Et c'est donc à la collectivité de supporter le cout de cette cohabitation et non aux seuls paysans.
Des solutions existent pour prévenir les dégats du loup, reprenant d'ailleurs les solutions ancestrales des paysans qui existaient avant que le loup ne disparaissent: bergers, chiens, parcage...Ces solutions sont reprises à juste titre par les associations de défense du loup. Ces solutions sont, plus ou moins facilement, par les éleveurs. Des aides existent pour ces solutions. Comme la prévention n'est jamais à 100 % efficace, les indemnisations sont correctes quand des animaux sont tués par des loups.
Alors où est le problème?
Le problème est à mon sens que quand on parle prévention, on pense prévention des attaques mais pas prévention dans le temps. Prenons le cas de la Lozère. Le loup commence à réapparaitre. Les éleveurs sont-ils aidés dès maintenant? Non. Il faudra attendre que le loup soit reconnu officiellement comme vivant en Lozère pour que des aides soit simplement envisagées.
Or, prenons l'exemple d'une des solutions les plus efficaces, le chien patou. Il faut au minimum 4 patous pour garder un troupeau. Un chiot patou coute 1000 euros. Il faut élever le chiot pendant 2 ans au milieu du troupeau avant qu'il ne devienne efficace, commencer à une période où il n'y a pas d'agneaux, etc... Bref, alors que le loup réapparait maintenant, il faudra encore deux ans pour que sa présence soit reconnue officiellement, deux ans d'élevage, soit quatre ans avant que le troupeau soit protégé.
Comment voulez-vous dans ces conditions que l'éleveur soit confiant dans les solutions de prévention?
Il restera toujours des jusqu'au boutistes aussi bien parmi les éleveurs que parmi les environnementalistes. Mais moi qui discute avec les uns et avec les autres, je suis persuadé que les positions ne sont pas si éloignées les unes des autres et que la cohabitation est possible, au profit du bien commun.
L'ARPAS, plutot que de porter plainte contre José Bové, ferait mieux de saisir l'opportunité du débat. Paysans et environnementalistes devraient faire front commun pour obtenir des instances étatiques et européennes des solutions appropriées dans un calendrier approprié à la nécessaire cohabitation de la biodiversité sauvage et de l'agriculture paysanne.