La candidature unitaire de la gauche antilibérale en 2007: histoire d'un échec

Ce billet est la seconde partie de l'article http://blogs.mediapart.fr/blog/le-pere-vert-pepere/030112/revolution-mode-demploi-i-la-deconstruction. Il résume, de la part d'un militant de base, l'histoire de cette candidature unitaire. Elle est principalement destinée à celles et ceux qui caressent aujourd'hui l'espoir d'une unité de la gauche hors PS et est donc destiné à déconstruire ce mythe d'une gauche antilibérale unitaire.

La victoire du non au TCE

La campagne contre le TCE fut l'occasion à gauche d'une formidable mobilisation citoyenne. Pour la première fois depuis longtemps, un débat électoral entra dans la profondeur des tenants et des aboutissants d'un vote ce qui provoqua un renouveau du débat démocratique. Partout, des collectifs citoyens se constituèrent. Ils réunissaient des militants de partis, principalement du PCF et de la LCR, et grand nombre de citoyens non encartés, militants syndicalistes, altermondialistes, libertaires et aussi un certain nombre de militants du PS et des Verts.

 

Ces partis, en effet, s'étaient profondément divisés sur la question du TCE, le résultat des votes internes au PS et chez les Verts amenant une courte majorité pour le oui au TCE. Il en résultat que certaines personnalités du PS, comme Mélenchon et Fabius (PS) continuèrent à militer avec les leaders du Non au TCE: Besancenot (LCR), Buffet (PCF), Bové (altermondialiste) et nombre d'autres personnalités syndicales, militantes (entre autre d'ATTAC).

 

L'addition des voix nationalistes et de cette gauche antilibérale, malgré une position quasi unanime des principaux médias donna une victoire inespérée au non du TCE.

La suite: la constitution des CUAL

Logiquement, il naquit rapidement l'idée de transformer l'essai et, à l'approche des élections présidentielles et législatives, la volonté d'une candidature unitaire de la gauche antilibérale. Ainsi, à la suite des collectifs pour le Non au TCE, se constituèrent les CUAL, Collectifs Unitaires Anti-libéraux, qui s'attachèrent à la tâche de la création d'un programme unitaire et d'un processus de désignation d'une candidature aux présidentielles.

 

Un programme de 125 propositions fut ainsi élaboré de même qu'un processus de vote dans les CUAL pour désigner les candidats.

 

La désagrégation

Le premier coup à ce processus fut porté mi-2006 par la LCR, qui au moins le fut fait de façon claire et franche, en refusant de s'associer au processus de désignation et en présentant Olivier Besancenot séparément, tout en laissant la possibilité ouverte de retirer cette candidature en cas de désignation d'une candidature unitaire.

 

Restent alors candidats à la candidature MG Buffet pour le PCF, José Bové, Yves Salesse et Clémentine Autain.

 

Les CUALS sont cependant issus d'un mouvement spontané et sans aucune structure: pas de liste d'adhérents et encore moins d'émargement, pas de règles de vote. Les manipulations, et notamment venant du PCF, dans ce contexte, ne vont pas tarder à se multiplier. Devant cet état de fait, certaines personnalités, telles Raoul-Marc Jennar et par la suite José Bové, se retirent.

 

Le jour du vote pour la désignation du candidat, les manipulations du PCF ne sont même plus cachées. Ainsi, pour donner un exemple que je connais, un collectif dans un quartier de Toulouse, composé d'une dizaine de citoyens, voit débarquer le jour du vote une quinzaine d'adhérents du PCF, jamais vu auparavant, qui votent bien sur Buffet. Malgré ces manipulations manifestes, Buffet n'obtient qu'une faible majorité. Ces manipulations entrainent forcément un éclatement de l'unité de ces collectifs, entre ceux qui soutiennent la soi-disante victoire de Buffet et ceux qui la contestent, sans compter ceux qui ne prennent pas parti.

 

Tout début 2007, diverses personnalités libertaires et altermondialistes lancent sur internet un appel à la candidature de José Bové, appel qui rassemble rapidement plusieurs dizaines de milliers de signatures et auquel se rallient les collectifs contestataires de la victoire de Buffet. José Bové répond à cet appel et présente sa candidature. On finit donc avec 3 candidatures de la gaucheantilibérale, Besancenot, Buffet et Bové (les 3 B), sans compter les candidatures de Laguiller et Schivardi.

 

La campagne de Buffet s'avère dans le droit fil des campagnes précédentes, celui du déclin continu du PCF. Celle de Bové, malgré un enthousiasme militant évident, est minée par les dissensions entre les initiateurs de l'appel, d'une attitude incohérente indescriptible et les soutiens venus de mouvements politiques plus classiques.

Le résultat catastrophique

Les résultats,à l'issue d'un tel scénario, ne pouvaient être que catastrophiques. Buffet obtient le score le plus bas que n'ait jamais obtenu le PCF avec 1,9%, Bové obtient 1,3%. Seul Besancenot, à l'écart du processus, obtient un score honorable aux environs de 5%.

La suite

L'espoir d'une unité de la gauche antilibérale est détruit pour longtemps. L'idée unitaire reste cependant ancrée mais chacun tente de la reconstituer autour de son noyau. La LCR se dissout ainsi pour se recréer au sein du NPA. Mélenchon quitte enfin le PS pour créer le PG, et créer un FDG, qui rassemble le PG, le PCF, les fractions unitaires du PCF et de la LCR (communistes unitaires et gauche unitaire) et ce qu'il subsiste des CUAL, rassemblés avec quelques micro partis dans la FASE. Les altermondialistes et écologistes radicaux rejoignent, pour un certain nombre, un rassemblement des écologistes qui deviendra EELV.

 

L'idée d'une unité de la gauche anti-libérale est redevenue un espoir lointain.

 

 

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