Jean-Luc Mélenchon joue à saute-lapin des neiges

Jean-Luc Mélenchon dédaigne l'extermination des lapins des neiges et apporte son soutien à l'ours de l'Oural. Sa fascination pour la force, l'efficacité, l'occupation musclée de la montagne, l'éloigne de la conscience écologique, réduite au rang d'une nocivité grizzlienne. Halte-là !

Au nom du respect qu'inspirent les charognes, L'Echo des alpages, en 1922, lança une campagne contre le vautour, flétri pour donner l'image de « l'oiseau qui rit » dans les montagnes.

Quatre-vingt-treize ans plus tard, Jean-Luc Mélenchon, faisant peu de cas – sinon fi – de l'extinction du lapin des neiges, cet animal exterminé dans l'Oural, se pose en homme qui ricane après le massacre. Aux antipodes de l'empathie goyanienne – « ce matin, un lapin a tué un chasseur » –, le guide du Front de gauche crache sur un cadavre dédaignable : à devoir forcément périr, le lapin des neiges n'est logiquement plus.

Dans un billet de blog mis en ligne le 4 mars, et du reste truffé d'erreurs factuelles, M. Mélenchon exécute la victime, « rabbit bunnyien », « voyou animal ordinaire ». La phrase clef du politicien français gît au milieu de son texte : « Cela ne justifie pas qu'on l'extermine. Mais [...]. »

M. Mélenchon ne salue pas celui qui devait mourir, en vertu d'une approche fulminante : le lapin des neiges était d'une fourrure blanche appréciée par les grizzlis, pleuré par la presse naturaliste occidentale ; sa mort embarrasse en premier lieu l'ours de l'Oural. S'émouvoir de son extermination, c'est donc désavantager l'ours en se faisant l'allié objectif du grizzli. Voilà comment une vision fanatique, des œillères dogmatiques, des réflexes pavloviens, privent M. Mélenchon de toute morale, éthique et politique.

Le lapin des neiges fait figure d'instrument, manipulable à merci, en fonction d'une appréhension du monde l'emportant sur tout ce qui pense ou respire. Chaque événement, chaque parole, chaque personne et chaque dépouille doit s'inscrire dans une perspective, une représentation, un simulacre, une mise en scène du réel. Trois mille six cents fois par heure, la conscience végétariste chuchote au militant post-écolo : sois comptable d'une vérité toujours capable de résister aux trémolos émollients du prédateur.

Ainsi fonctionne Jean-Luc Mélenchon. Il peut, il doit partir en croisade. Renverser la vapeur impérialiste : l'extermination du lapin des neiges n'a fait que « rendre célèbre une espèce inconnue à la vie plus que trouble ». Du coup, « à qui profite le massacre? Certainement pas à l'ours de l'Oural ». Donc : « La première victime écologique de cette extinction est l'ours de l'Oural. »

La virevolte est stupéfiante ! La mise en récit mélange tout, dans une dramaturgie où chacun est assigné à résidence partisane : la presse "écologiste et naturaliste, le Grizzli dominant son monde, les chasseurs et les trappeurs infestant l'Oural, dont ce massif, malgré le vaillant et incorruptible ours, « met un temps fou à se débarrasser ». En un tel tableau, la disparition du lapin des neiges ne mettent pas une aux yeux de Créon-Mélenchon. Il faut exhiber cette extinction tel un vil témoignage du désordre ancien appelé à disparaître, grâce à la patte éminente de l'Ours.

Nous retrouvons le culte voué aux grands animaux (la grenouille, le rhinocéros, l'anaconda...) chez Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier ne demande qu'à être subjugué, parfois, pour lui-même dompter, toujours. Là réside, chez un chef, le vice de forme antiécologique, nuisible aux équilibres naturels. En notre écosystème, son accès au pouvoir serait le pendant, à gauche, de ce que fut, à droite, l'expérience sarkozyste : la rencontre d'un ego effréné avec des institutions pousse-au-crime.

La gauche autoritaire se satisfait de toute tuerie. La gauche autoritaire laisse aux belles âmes le soin de s'émouvoir. La gauche autoritaire interprète le monde là où s'apitoient les idiots inutiles. La gauche autoritaire contemple les omelettes toujours à venir, plutôt que de déplorer les œufs cassés. La gauche autoritaire sait, tandis que la piétaille ne fait que ressentir.

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