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Billet de blog 14 oct. 2010

Selon Médiapart, la police gonfle les chiffres des manifestations

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Le comptage effectué par Médiapart à Paris arrive à un chiffre assez nettement inférieur au chiffre de la police (76 000 contre 88 000) et donc aussi forcément à celui des syndicats (330 000). Hortefeux a du se faire gronder par Sarko!

Bien sur, beaucoup de commentaires s'étonnent de ces chiffres mais beaucoup aussi souligne la déontologie de Médiapart qui essaie de vérifier sur le terrain les informations.

Quant à moi, je m'étonne au contraire du manque de déontologie de Médiapart sur ce coup (car on peut appeler ça un coup) et je vais m'en expliquer.

Dès le début de l'article, Médiapart nous met en garde sur les limites de sa méthode de comptage:

"Disons-le tout de suite: notre résultat n'a rien de scientifique. Il s'agit d'une estimation, réalisée avec les moyens limités dont nous disposons à Mediapart,..."

Puis encore:

"Comment? Artisanalement. Mediapart n'avait malheureusement pas les moyens d'affréter un avion pour mesurer l'affluence à partir de photos aériennes, comme cela se fait en Espagne ou aux Etats-Unis..."

Ensuite, vient des explications sur cette fameuse méthode artisanale et peu scientifique:

"Sur le cortège, nous avons repéré deux postes d'observation.... ...Le premier s'est révélé idéal. Le second moins, car trop près du départ: trop souvent, nous avons dû compter des cortèges très serrés"

"La méthode? A l'aide de compteurs à main, ces «clics-clics» utilisés par exemple dans les avions pour compter les passagers (on en trouve facilement sur internet au prix de 11 euros, nous en avons acheté six), nous avons compté les manifestants quasiment un par un. Plus exactement, par grappes de cinq."

Là effectivement, on comprend déjà le côté artisanal de la méthode. Avez vous déjà essayé de compter des groupes de 5 dans une foule qui avance par rang serré sur 20 m de large? Essayez ... c'est à peu près impossible. Médiapart le reconnait d'ailleurs:

"Elle sous-estime les gros cortèges, placés notamment au début et à la fin: il devient alors très difficile de distinguer des grappes de 5, et il faut se contenter d'une estimation au jugé. En cas d'affluence, elle s'avère problématique pour compter les manifestants sur le trottoir..."

"Enfin, nous n'avons pas pu comptabiliser les manifestants qui, à ce moment-là, circulaient dans les rues adjacentes. Ni, évidemment, ceux qui ne sont jamais partis."

"Notre chiffre est donc de toute évidence sous-estimé, certainement de plusieurs milliers, voire d'une ou deux dizaines de milliers."

Ah oui, comment l'estimation de la marge d'erreur est faite?

Donc globalement, Médiapart nous donne un chiffre compté selon une méthode artisanale, sachant de plus que tout le monde n'a pu être compté, un chiffre qu'il sait donc faux. Et pourtant, Mediapart publie ce chiffre et titre dessus, en tire une analyse, même si effectivement il ne cache pas que son comptage n'est pas fiable. Où est la déontologie journaliste dans le fait de publier et d'analyser une information que l'on sait fausse?

Quant aux tentatives d'explication, elles n'amènent que des interrogations supplémentaires:

Ainsi, l'inénarrable Antoine Perraud nous affirme:

"Boulevard Saint-Germain, en face du square de Cluny, ce 12 octobre, les manifestants ne sont passés que trois heures devant nous, avec un cortège en accordéon (d'énormes vides). Moins de 15 000 personnes à l'heure."

Trois heures, soit avec un départ à 14 h une fin à 17h. Ceci est à peu près confirmé par Géraldine (ainsi que par Mathieu mais je ne vais pas tous les citer) dans un autre commentaire:

"Et en la matière, il n'y a aucun doute: à quatre, boulevard Montparnasse, nous avons vu passer 35.000 personnnes entre 14h00 et 17h15 environ. On comptait, on comptait, on cliquait sur nos petits instruments... Et puis soudain, au moment de se passer le relais, après un groupe de sans papiers, plus personne...."

Et pourtant l'article de Médiapart qui suit la manifestation nous dit:

"17h20. Le comptage effectué par Mediapart donne, à 17 heures, 65.000 manifestants. Les manifestants continuent à passer devant les fenêtres de nos postes d'observation. Sur le cortège entier, la préfecture de police a déjà avancé 65.000 manifestants au total."

Qui se trompe? les compteurs de Médiapart ou Médiapart?

Ensuite, les journalistes commentateurs viennent finalement relativiser l'interêt de cette information. Alors pourquoi la publier, surtout après avoir constaté le peu de fiabilité du comptage? Ainsi Mathieu et nous dit:

"Raison de plus pour tenter de le faire bien, (comme on l'a vu, c'est raté - NdA) et espérer que tout le débat social ne tourne pas autour de cette absurde guerre d'estimations."

A son habitude, enfin, Antoine nous dit ce que l'on doit penser:

"Au lieu de s'en prendre, par un dépit propre à l'enfantillage, à nos calculs, il serait préférable de s'en servir pour se livrer à une critique de la culture de l'Audimat ayant gagné jusqu'à la contestation du capitalisme: peut-on lui résister en se laissant happer par son carcan idéologique? "

Ce qui servira de conclusion...

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