Eurogroup - Grèce: la réalité de l'accord du 20 février

La plupart des commentaires sur l'accord conclu hier soir entre l'Eurogroupe et la Grèce présente cet acord comme une victoire de l'Allemagne sur la Grèce. A la lecture du texte de l'accord, cette présentation semble fortement biaisée par des présupposés qu'il convient de remettre en question.

Tout d'abord, présenter une nécessaire négociation comme un combat avec des vainqueurs et des vaincus montre l'état de délabrement de toute idée de coopération, ce qui est tot à fait regrettable dans l'espace européen, supposé être un espace de coopération entre états européens, et ce qui est aussi quelque peu risible, quand ceux qui prétendent défendre l'Europe accréditent cette terminologie de combat.

Mais aussi, il faut bien dire que présenter l'Allemagne comme seule responsable de la position des institutions européennes est tout à fait restrictive. Malheureusement, tous les pays européens à l'exception forcément de la Grèce s'alignent sur les positions intransigeantes des institutions européennes. Du Portugal, sous prétexte des sacrifices que son gouvernement a lui-même accepté, à la Lituanie, sous prétexte qu'elle vient d'entrer dans l'Euro.

Mais puisqu'il est primordial de tenir compte de la réalité, il faut bien entrer dans cette terminologie de combat pour tenter d'analyser cet accord.

Nous avons donc eu, d'un coté, les institutions européennes qui ont claironné, avant et après les élections grecques, que rien n'était négociable. Pourtant, depuis 10 jours, que fait-on? On négocie! Alors, mesdames et messieurs les commentateurs, victoire allemande? Défaite grecque?

De l'autre côté, le nouveau gouvernement grec a fanfaronné sur le refus d'accepter le solde de l'aide européenne basée sur les accords existants avec les contreparties que l'on sait. Pourtant cette semaine, il a demandé la prolongation de l'aide pour les prochains 6 mois. Alors, mesdames et messieurs les commentateurs, victoire allemande? Défaite grecque?

En réalité, ces prises de position ne sont que postures en prévision de ces négociations en forme de combat.

Cet accord ne fait qu'effacer ces tartarinades des uns et des autres, tout en essayant d'en gommer le ridicule. Le fait même que cet accord existe discrédite la position initiale des intitutions européennes qui disait qu'aucune négociation n'était envisageable.

Le gouvernement de Tsipras reconnait par cet accord qu'il ne peut, sans dommage grave, se passer de l'aide européenne.

L'accord lui-même, ne fait qu'ouvrir une seconde étape des négociations, pour une période de 4 mois, qui se fera, on peut l'espérer, sur des bases plus réalistes, que l'on pourrait résumer sous l'intitulé "comment concilier la souveraineté grecque avec l'aide nécessaire de l'Europe à la Grèce?".

 

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