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Billet de blog 22 mai 2013

La stratégie du choc - Notes de lecture - Partie 1

Je lis depuis quelque temps La stratégie du choc de Naomi Klein et je viens ici partager avec vous quelques commentaires sur cette lecture enrichissante.

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Je lis depuis quelque temps La stratégie du choc de Naomi Klein et je viens ici partager avec vous quelques commentaires sur cette lecture enrichissante. Cela se fera en 2 ou 3 parties. Cette première partie en restera au niveau des généralités en dégageant les 3 idées fortes que j'en dégage. Une seconde partie entrera dans les détails de l'argumentation développée par Naomi Klein. Enfin, si nécessaire, une troisième partie reviendra sur la conclusion, que je n'ai pas encore lue, volontairement, au moment où j'écris ces lignes.

Pour commencer, quelques remarques personnelles sur cette lecture. C'est un épais bouquin (700 pages) qui se lit passionément au début. La répétition des arguments, répétés pour chaque pays où elle nous emmène, pourrait finir par lasser, mais cet essai reste passionnant à lire jusqu'au bout. Sur le fond, le livre nous emmène donc de l'Amérique du Sud des années 70, jusqu'à l'Irak et Israel des années 2000, en passant par la sortie de l'apartheid de l'Afrique du Sud, la sortie du communisme en Pologne ou en Russie et même aux Etats-Unis et nous décrit donc la mise en oeuvre de ces stratégies du choc mises en oeuvre dans ces différents pays.

Tordons le coup d'emblée au soupçon de complotisme envers cet essai. Naomi Klein ne cherche pas à démontrer l'existence d'un vaste complot mondial mettant à l'oeuvre cette stratégie du choc, même si la répétition des arguments pourrait le laisser penser à la vue d'une lecture trop rapide. Elle explique par contre cette impression trop facile par des intérêts communs (et particuliers).

Venons maintenant aux 3 idées fortes que j'en retiens: la société corporatiste, la stratégie du choc bien sur et enfin le lien entre cette stratégie du choc et les violations des droits de l'homme qui sont arrivées dans la plupart des pays où cette stratégie du choc a été mise en oeuvre.

La société corporatiste

Naomi Klein décrit nos sociétés soumises à la globalisation non pas comme des sociétés néo-libérales mais commes des sociétés corporatistes, c'est-à-dire des sociétés où il y a collusion entre l'état, les gouvernements (supposés représenter l'intérêt commun) et des intérêts privés. Prenons l'exemple des privatisations mises en oeuvre dans les stratégies du choc. Les sociétés privatisées tombent toujours dans l'escarcelle de quelques grands groupes ou oligarques. Elles sont surtout systématiquement bradées, vendues à un prix bien inférieur à celui qu'on pourrait attendre du potentiel et notamment du chiffre d'affaire de ces sociétés. Pour finir par une remarque personnelle: rien de bien libéral en effet dans ce mécanisme: pas ou peu de mise en concurrence, prix non établi sur le marché. Je souscris pour ma part tout à fait à cette définition faite par Naomi Klein.

La stratégie du choc

Le principal thème de cet essai est donc de démontrer comment cette (ces) stratégie(s) du choc ont pu être mises en oeuvre à travers le monde. Cette stratégie du choc n'est pas une simple de vue de l'esprit de Naomi Klein. Elle a été théorisée, avant d'être mise en oeuvre, par les économistes de la désormais fameuse de l'école de Chicago, Friedmann and co. Cette théorie soutient qu'il faut profiter d'un choc auquel est soumis toute une société pour mettre en oeuvre un plan de réformes drastiques en très peu de temps, et de profiter de l'absence de réactions de la société à cause de son état de choc. En l'occurrence, ce plan de réformes drastiques vise à une privatisation totale de la société et à réduire voir faire disparaitre toute intervention de l'état dans l'économie et ceci au sens large, incluant la santé, toute forme de sécurité sociale et même ce que l'on considère habituellement comme les fonctions régaliennes de l'état: sécurité intérieure (police) et extérieure (militaire).

Ces chocs peuvent être naturels, comme à la Nouvelle-Orléans avec Katrina, politiques comme avec les coups d'états militaires en Amérique du Sud, ou même "psychologiques" comme avec la sortie de l'Afrique du Sud de l'apartheid.

Stratégie du choc et violation des droits de l'homme

Même si ce ne fut pas systématiquement le cas, dans beaucoup des pays où furent mis en oeuvre ces stratégies du choc, il exista de graves violations des droits de l'homme avec tortures, disparitions d'opposant, etc... Ce fut le cas bien sur dans le Chili de Pinochet et de toutes les dictatures d'Amériques du Sud. En Russie aussi où Eltsine fit incendier le parlement de son propre pays et fit tirer l'armée sur les manifestants qui tentaient de le protéger et plus récemment en Irak.

Peu de personnes établissent le lien entre ces 2 aspects, réformes corporatistes et violation des droits de l'homme. Les Etats-Unis dans les années 70, au moins officiellement, condamnaient les violations des droits de l'homme dans les dictatures d'Amérique du Sud tout en approuvant les réformes économiques.

Naomi Klein souligne au contraire que, par exemple au Chili, sans les arrestations, tortures et disparitions massives d'opposants, de militants de gauche et de syndicalistes, jamais son programme économique n'aurait pu se mettre en place si rapidement. La torture et la répression faisaient donc partie en fait du choc nécessaire à la mise en place de ce drastique plan de réforme écologique.

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