PS: la déchéance de la gauche

Ce quinquennat sous une majorité socialiste n'aura été qu'une longue succession d'abandons de toute valeur de gauche. En moins de 4 ans, cette majorité a abdiqué systématiquement, et c'est encore lui faire le crédit d'avoir eu la volonté de le faire.

Depuis 1981, les diverses majorités de gauche ont toutes eu à subir les critiques de celles et ceux qui les trouvaient insuffisament à gauche. Mais tout de même, elles avaient toutes au moins essayé, mettant en oeuvre un minimum de mesures pouvant être caractérisées de gauche.

En 1981, pendant 2 ans, la gauche tenta d'appliquer son programme: diminution du temps de travail (39h et 5ème semaine de congés payés), intervention dans la structure économique et industrielle par des nationalisations, décentralisation...Elle tenta.

La majorité relative de 1988 a créé la CMU, mesure dont l'utilité sociale reste et est de plus en plus primordiale.

Le gouvernement de Jospin a introduit les 35 heures.

Ce qui caractérise la majorité actuelle, c'est de ne même pas avoir essayé quoi que soit.

2012 - 2014: appliquons un programme de droite

On cherchera vainement la moindre mesure sociale.

Sur le plan économique, elle a donné immédiatement crédit aux thèses du néo-libéralisme, en décrétant une politique de l'offre, en offrant sans contreparties aux entreprises des crédits d'impôt énormes.

Elle n'a tenté aucune réforme du système financier (Ah ce fameux "mon ennemi, c'est la finance"), oublié la séparation entre le dépôt et les activités bancaires.

Elle n'a jamais essayé d'infléchir la politique austéritaire européenne.

nDe 2012 à 2014, cette majorité s'est appliquée à démontrer que les thèses de la droite sont les meilleures en les mettant en application.

En 2015, cela ne suffit pas

Mais appliquer un programme de droite ne suffisait pas. Devant l'ampleur des attaques terroristes subies, l'inconsistence de cette majorité va prendre toute sa mesure. Incapable de réaction face aux attentats de janvier, la deuxième vague d'attentats l'entraine dans une dérive autoritaire qui marque la fin de l'état de droit en France.

Aux failles constatées, comme le manque de coordination entre services de renseignement, l'insuffisance de moyens humains consacrés à la surveillance de réseau, elle ne tente pas d'apporter la moindre solution.

Son incapacité à faire face à la situation l'entraine alors à puiser, non plus dans l'arsenal de la droite, mais dans celui de l'extrême-droite: état d'urgence que l'on s'efforce de rendre permanent, déchéance de la nationalité, pourtant avouée comme inefficace par le premier ministre le jour même de son annonce et annonce à l'UE qu'il ne pourra pas respecter les droits de l'homme dans les prochains mois

Peu importe, l'important n'est pas la recherche de l'efficacité mais l'habilité politique qu'aurait Hollande en venant contrer la droite et l'extrême-droite. Quelle habilité en effet de contrer ses adversaires en appliquant leur solution.

Et en 2016  ?

Cette soi-disante habilité risque fort de montrer très rapidement ses limites. En s'aliénant une partie de sa majorité pour convaincre la droite, Hollande va devoir faire face aux surenchères de la droite. Déjà, des voix s'élèvent pour réclamer des extensions de la déchéance de la nationalité.

Face à ce qu'il définit lui-même comme un état de guerre, il prend des mesures qu'il annonce lui-même comme inefficaces et qui affaiblissent singulièrement l'état de droit.

Droite et extrême droite n'ont plus qu'à attendre que tombe le fruit mur. Ils n'auront peut-être même pas attendre 2017.

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