Ce sont les héritiers du 17 octobre 1961

Allez, c'est parti, parlons violences policières. Après les incroyables images du passage à tabac du producteur Michel Zecler, nos dirigeants nous ressortent la bonne vieille botte de "la brebis galeuse", ou comment protéger le système policier en condamnant quelques individus.

Ce sont les héritiers du 17 octobre 1961

 

    Encore une fois sont portés à notre vue les immondes comportements de vils policiers violents et racistes. Oui violents car les images parlent d'elles même et racistes car les mots « sale nègre, ta gueule, on va te défoncer » ne laissent que peu de doutes sur la lie qui remplie le crane de ces quatre policiers.

    Mais voici que déjà ressurgissent ces bons vieux discours qui fustigent des comportements individuels pour protéger l’ensemble du système policier. Il ne serait question ici, comme d'habitude, que de comportements déviants et condamnables de pauvres brebis galeuses. A partir de quand vas t'on comprendre que parler des problèmes de peau des élevages caprins ne règlera pas ceux de la police ?

    Ces dernières années entre les images, les morts et les groupes facebook ou whatsapp, le nombre de brebis galeuses dans la police est devenu tellement important que le syndicat Alliance va pouvoir sortir sa propre marque de fromage de chèvre …

    Non le problème n'est pas quelques individus déviants dans la police, le problème c'est la police ! Comprenez-moi bien, je ne dis pas que tous les policiers sont racistes et violents, il est tout à fait possible que certains ne le soient pas. Je dis, contrairement à nos dirigeants, que le problème ne vient pas des agents de police, mais bien du système. De la façon dont sont construits les services de police, leurs hiérarchies, leurs contrôles, leurs histoires. Que vous soyez un policier ou une policière bienveillante, que vous fassiez votre métier avec une volonté d’égalité et de justice ne changera malheureusement pas le système, car le problème ce n'est pas les individus, c'est ce que l'organisation policière permet et encourage.

« Ces images sont inqualifiables, elles sont extrêmement choquantes »,  « Lorsqu’il y a des gens qui déconnent, ils doivent quitter l’uniforme ». Gerald Darmanin.

« Des images choquantes »Emmanuel macron.

    Comment ne pas voir ici la malhonnêteté, l’hypocrisie de ces propos de la part de personnes qui, il y a très peu de temps disaient encore : « Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. » ou bien, « quand j'entends parler de violence policières, personnellement, je m'étouffe »

    Mais les images ne sont pas toujours là, et les violences ne sont pas nouvelles : où sont les sanctions, Mr Darmanin, pour tous ceux qui ont « déconné » loin des objectifs ? Il n'y avait pas de caméra pour Adama Traoré, pas de caméra pour Babacar Gueye, pas de caméra pour Remi Fraisse, pas de caméra pour Amadou Koumé, pas de caméra pour Abdelhak Goradia, pas de caméra pour Steve Maia Caniço … nous pourrions en citer des centainesi.

Ces violence ne sont ni nouvelles ni exceptionnels :

    A partir du 17 novembre 2018 et pendant plus d'un an, la totalité des manifestation des gilets jaunes subiront des violences policières, montrant ainsi à toutes et à tous des pratiques (car oui quand 100% des manifestations sont gérées de la même façon, ce ne sont plus des bavures mais bien des pratiques) de coercition et de maintien de l'ordre basées sur la violence et l'arbitraire !

     Enfin l'arbitraire, pas tout a fait, car il y a bien des règles qui guident cette violence, elle est toujours dirigée vers les personnes racisées et/ou les classes populaires (ces deux statuts pouvant se cumuler ).

Ces violences sont inscrites par nature dans le fonctionnement de la police depuis très longtemps :

     souvenons nous du massacre du 17 octobre 1961 où une marche pour l'indépendance de l'Algérie subira le déchainement des armes à feu du préfet Maurice Papon. Ou encore de Malika Yazid, 8ans , qui en 1973 sera tabassée à mort par un policier s'étant enfermé avec elle dans sa chambre pour pratiquer un « interrogatoire ».

     non ces violences ne sont pas nouvelles, mais comment expliquer leurs incroyables stabilités dans l'histoire, comment expliquer que depuis tout ce temps, perdurent des méthodes qui déjà à l'époque faisaient scandale !

     Mathieu Rigouste (docteur en science sociales et spécialiste de la police) nous éclaire sur la construction de ce système raciste jusque dans ses fondations.

     Prenons l'exemple de la BAC (brigade anti criminalité), ces agents sont impliqués dans un très grand nombre de violences policières à l'encontre des habitants des quartiers dit populaires, et notamment des habitants qui ne seraient, à leurs yeux, pas suffisamment caucasien. Ils sont aussi à l'origine de la grande majorité des tires illégaux de flash ball lors d'opérations de maintien de l'ordre. Historiquement, La BAC est issue des BSN, elle même issue des BAV (Brigades des agressions et violence ), elle même construite a partir des BNA (Brigades Nord Africaine). Comme son nom l'indique les Brigades Nord Africaine avaient pour mission officielle d'organiser leur surveillance et leur répression sur des fondements racistes puisqu'elles étaient « chargées du contrôle, de la surveillance, et de la répression des colonisés d'Afrique du nord vivant en métropole »ii . Cet héritage raciste, fondement des Brigades Anti Criminalité, se retrouve de manière générale dans toute l'histoire du maintien de l'ordre et du système contre insurrectionnel français hérité de la guerre d'Algérie. Ce fondement historique et idéologique d'une partie du système policier français, ce racisme institutionnel, est maintenu en place par les avantages politiques et économiques qu'il procure à nos dirigeants .

Économiques car :

    ce système contre insurrectionnel français, ce vend bien, on en fait la com, et on propose à différentes dictatures des cours pour faire comme nous. Le développement de brigade comme la BAC permet l'expansion du marché des armes « non létales », des gaz lacrymogène jusqu'aux drônes en passant par tout un arsenal et justifie une militarisation de la police. La BAC est dite « proactive », ce qui veut dire qu'elle créée les conditions de sa propre existence (plus y'a de BAC, plus y'a de problèmes. Plus y'a de problèmes plus y'a de BAC), ce qui justifie le besoin en armes de la police. Tout cela maintien et accroit le marché du système militaro-policier :  « La transformation de la violence policière est liée au développement d'un marché mondial de la coercition. Ce phénomène est porté par de puissants complexes industriels, médiatiques et politico-financiers qui tirent profit de la prolifération des guerres policières en vendant des doctrines, des techniques, des équipements et des armes de coercition. Ces marchandises sont expérimentées, rénovées et leur 'excellence' est mise en scène dans les laboratoires intérieurs des grandes puissances impérialistes. Elles peuvent ensuite être vendues aux états et aux entreprises du monde entier. »iii

Politiques car :

     Dans un système capitaliste néo-libéral qui impose une pression forte sur les classes les plus pauvres de la population, le risque de révolte à l'encontre des dirigeants économico-politique à l'origine de cette oppression est grand. Pour se protéger de ce risque de révolte, qui croit à mesure que le néo-libéralisme s'impose, ce type de système doit se parer d'un organe de protection des dominant, la police !

     Et moins la population considère comme légitime ses dirigeant, c'est à dire moins le système est démocratique plus celui ci ne tient qu'à ses organes coercitifs.

     De plus ce système basé sur la richesse produite par les masses prolétaires non propriétaires de l'outils, a besoin de maintenir cet écart de classe social, et ici la police est chargée de participer à maintenir un « socio apartheid ». Socio apartheid qui permet également la création d'un ennemi de l'intérieur, puisque cette auto-alimentation, cette « autopoïèse » de la police dans les enclaves endocoloniales (ça veux dire dans les quartiers) ,passe par la criminalisation des couches les plus précaires de la population, c'est à dire le prolétariat issu de la migration post coloniale.

     Récemment le même Schéma apparait à travers les oppressions que subissent les mouvements militants et les luttes sociales qui remettent en cause l'ordre établi.

    Alors oui la police est systémiquement violente, oui la police est systemiquement raciste, et oui tout cela sert des intérêts politiques. Mais essayons de tirer de tout cela des conclusions positives, comme diraient Usul et Cotentin, si cette violence augmente et se généralise, c'est parce que la haut, ils flippent sévère !

 

Des bisous.

 

Bartholomew

 

 

 

 

 

 

pour aller plus loin :

 

  • la Domination policières, une industriallisation de la violence – Mathieu Rigouste

  • Mater la Meute – lesley J.Wood

  • Petite histoire du gaz lacrimogène – Anna feigenbaum.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

i100 Portrais contre l'Etat policier ; collectif Cases Rebelles,syllepse 2017

ii Le marché global de la violence ; Mathieu Rigouste, Lux 2015

iiiLa domination policiere, une violence industrielle;La Fabrique 2012

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