Frédérique Vidal à Nancy, seule contre tous

Frédérique Vidal était présente ce vendredi à Nancy pour l’inauguration des nouveaux locaux de l’Institut Jean Lamour, laboratoire d’excellence en science des matériaux. Le campus ARTEM, où se situe le nouveau bâtiment, a été la scène d’une mobilisation locale contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers.

 

Les Carrés Rouges à ARTEM © Du Mouvement Social  - Vendredi 05 Avril Les Carrés Rouges à ARTEM © Du Mouvement Social - Vendredi 05 Avril
Frédérique Vidal, définitivement isolée politiquement ? L’ancienne présidente de l’Université de Nice Sophia-Antipolis l’avait pourtant déjà découvert à ses dépens, lors d’un précédent déplacement à Nancy : qui s’y frotte s’y pique. Et ce, surtout quand il s’agit de son futur décret “Bienvenue en France” et de sa mesure visant à multiplier par 16 les frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires arrivant en France.

La ministre avait déjà été interpellée un peu plus d’une dizaine de fois par des élus étudiants de l’UNEF, de Fédélor (affiliée FAGE) et de l’UNI, ainsi que par des étudiants en faculté de sciences, en école d’ingénieurs, en droit, et par un enseignant-chercheur sur les conséquences potentiellement désastreuses de sa mesure, lors d’un précédent déplacement à Nancy pour le Grand Débat. Alors qu’elle vantait une stabilité dans le nombre de pré-inscriptions (les chiffres montrent le contraire.), elle n’avait pas hésité dans des échanges suivant le débat à affirmer que c’était l’électorat RN et les gilets jaunes qui l’ont poussé à proposer cette mesure. Quelques jours plus tard, le mouvement de contestation décidera de prendre pour symbole le carré rouge québécois, signe historique de la mobilisation pour une Université gratuite.

L'Unef était également présente © Du Mouvement Social - Vendredi 05 Avril L'Unef était également présente © Du Mouvement Social - Vendredi 05 Avril

Graig Monetti “Je ne pense pas que l’avis de la CPU soit un vrai avis.”

Vendredi 5 avril, la ministre n’avait donc pas l’air surprise de voir des étudiants et des enseignants, munis d’un carré rouge, tenter de l’interpeller à plusieurs reprises dans la verrière d’un des bâtiments d’ARTEM. Graig Monetti, conseiller de Vidal, était venu discuter avec la dizaine d’étudiants qui était parvenus à passer les multiples cordons de sécurité. L’échange était pour le moins surréaliste, au moins à deux reprises.

Premièrement, lorsque les étudiants ont évoqué le manque de consultation préalable des instances de l’enseignement supérieur, en prenant pour exemple l’avis défavorable de la Conférence des Présidents d’Université. Le conseiller a répondu immédiatement : “Je ne pense pas que l’avis de la CPU soit un vrai avis”, alors qu’au même moment, la ministre participait à une conférence organisée par... Pierre Mutzenhardt, président de l’Université de Lorraine. Deuxièmement, il n’a pas hésité à remettre en doute les chiffres avancés par la mission flash sur l’accueil des étudiants étrangers en France de l’Assemblée Nationale, avant d’apprendre… qu’il s’agissait exactement des données de Campus France, plateforme chargée de l'inscription des étudiants extra-communautaires. Plus tard, Graig Monetti montrera qu’il n’était tout simplement pas au courant de la baisse du nombre de candidatures pour les étudiants étrangers. Alors qu’à deux reprises, des Carrés Rouges lui ont montré les chiffres publiés par Campus France annonçant une baisse de 26% du nombre de pré-inscriptions, le conseiller a confié ne pas avoir eu connaissance de ces chiffres et a promis de les consulter puis de donner suite.

Frédérique Vidal, Pierre Mutzenhardt et Thierry Belmonte, porteur du carré rouge © YouTube - Vendredi 05 Avril Frédérique Vidal, Pierre Mutzenhardt et Thierry Belmonte, porteur du carré rouge © YouTube - Vendredi 05 Avril

Le directeur de l’Institut Jean Lamour, le président du Grand Nancy et le président de la Meurthe-et-Moselle inquiets

Mais les échanges autour de “Bienvenue en France” se sont invités à l’intérieur même des amphithéâtres. Si la première conférence de la ministre portait sur la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, le sujet a vite dévié vers la polémique mesure de hausse des frais d’inscriptions. Le directeur de l’Institut Jean Lamour (IJL) Thierry Belmonte, qui avait épinglé à l’occasion un carré rouge, n’a pas hésité à interroger la Ministre à propos des conséquences du décret. Il a été rapidement suivi par Maxime Amblard, membre du Conseil Scientifique de l’Université de Lorraine, s’inquiétant du manque d’écoute et de consultation. Promettant (sans aucune garantie) que la hausse des frais d’inscription ne concernerait en fait que les étudiants en ayant les moyens, la ministre n’a visiblement pas convaincu grand monde dans la salle.

Deux heures plus tard, lors d’une conférence, le président de la Métropole du Grand Nancy André Rossinot et le président du département Matthieu Klein ont interpellé à leur tour la ministre sur les conséquences de la hausse des frais d’inscriptions sur le bassin nancéien.

Vidal “découvre” la baisse du nombre de candidatures à l’Université de Lorraine

Constatant l’importance de la mobilisation, Frédérique Vidal a reçu quelque temps plus tard une délégation composée d’étudiants et d’enseignants-chercheurs. Était également présents le président de l’Université de Lorraine (qui avait voté en Conseil d’Administration une demande immédiate d’abandon du décret), et le doyen de la Faculté des Sciences. Des échanges peu fructueux où la ministre a tenté (en vain) de convaincre la délégation et a découvert avec effarement la baisse de 33 % des inscriptions d’étudiants étrangers à l’Université de Lorraine. L’entrevue a été également l’occasion de rappeller que selon le collectif local QSFSP, 80 % des masters des UFR de Sciences de l’Université ne pourraient pas ouvrir sans étudiants étrangers. Une donnée qui a interpellé la ministre, étonnée que la présence d’étudiants étrangers soit nécessaire pour dépasser les seuils d’ouverture de Master.

Malgré toutes les informations “découvertes” ce vendredi par la ministre et son équipe, hors de question de faire un moratoire d’un an sur la mesure : “cela reviendrait à abandonner le décret”. Aussi, le cabinet de la ministre a réaffirmé la publication du décret “Bienvenue en France”, programmée le 17 avril.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.