2/3 questions concernant l'attitude à adopter face aux journalistes sur la ZAD

En visionnant quelques reportages qui pullulent actuellement sur le PAF, on voit revenir une image forte : le mépris, voire la violence avec laquelle mes congénères honnis se font traiter lorsqu'ils pénètrent sur la Zone A Défendre. Nombre de gens qui, comme moi, sont très sceptiques envers l'objectivité de la quasi totalité des média, y voient le signe d'un montage partisan, qui pratique le mensonge par omission comme les filles de la rue St Denis la fellation.

Et pourtant, notre envoyé spécial du Torchon a pu se rendre compte qu'à l'évidence il s'agirait bel et bien d'une stratégie voulue et assumée de la part d'une bonne partie des militantEs de la ZAD.

 Cette posture pseudo radicale se base sur un postulat simple : la situation désastreuse de ce monde, dont on ne prendra pas ici la peine d'énumérer le nombre de dysfonctionnements et de crimes impunis, est en grande partie dû à ces mêmes médias, et donc à cette flopée de journalistes ayant choisi en toute connaissance de cause de servir le grand capital.

 On ne peut que regretter cette posture contre-productive. D'un point de vue purement stratégique d'abord. Les 40 000 personnes présentes à la manifestation du 17 Novembre auraient eu l'air bien bête sans un minimum de couverture médiatique. À part tenter d'intéresser le cheptel du bocage à une querelle trotskiste , on se demande bien à quoi aurait servi les tonnes de CO2 dépensées par les manifestantEs pour venir réoccuper la ZAD.

 Quid des gens qui ne se renseignent pas dans les super médias alternatifs sans défauts puisque sans critiques ? Tous des cons ? Vous croyez franchement que les paysans que vous aidez se renseignent avec Article 11 ou Z magazine ?

 Les mécanismes de propagande des médias dominants restent très peu connus et mal analysés par la majorité de la population. Ils sont l'objet d'un ressentiment général confus qui a la fâcheuse habitude de se rappeler à notre bon souvenir lorsque l'on se retrouve confronté à une information susceptible de nous faire changer d'avis. La prise de conscience, si elle ne va pas plus loin que le bout de son nez, ne mène qu'à une haine sans discernement. Du journaliste à l’immigré, libre ensuite à nous de choisir parmi l’étendard de boucs émissaires disponible sur le marché.

 Cette posture est d'autant plus dangereuse lorsqu'elle est défendue avec la même ardeur bornée qu'une règle d'or budgétaire par les gouvernements complices d'Europe. Ne sont alors acceptées que les personnes qui ont montré patte blanche, soit certains média reconnus comme complices d'une lutte qui n'est pourtant pas la leur. Ainsi, on en arrive à la célèbre phrase de Chomsky, selon lequel même Hitler et Staline étaient d'accord avec la liberté de la presse, pour peu qu'elle-même soit d'accord avec eux*.

 

Que ceux qui considèrent que la fin justifie les moyens lèvent la main !

 

Bien évidemment, les montages montrant des jeunes anarchistes vivant dans la boue et incapables d'aligner trois mots* rendent difficile le premier contact avec le journaliste. Il y a une certaine « rancœur » à dépasser au premier abord . Il faut aussi rappeler ce journaliste de France Culture venant d'immerger trois jours pour ensuite arriver à ne pas parler de Vinci durant l'heure qu'il consacra au sujet pendant l'émission. Une performance qui rappelle la qualification du Honduras au mondial 82.

 D'autant que la ZAD est sans doute l'un des endroits en France où l'on peut actuellement rencontrer le plus de pensée politique aboutie et cohérente (quoique chez Vinci aussi, ils sont balèzes question cohérence de la privatisation de tout espace).

 Mieux que cela, on y trouve l'alliance de la pensée et de l'action, denrée si rare aujourd'hui que l'on se demande si Monsento n'en aurait pas récemment acquis les droits.

Ce qui est terrible avec une certaine gauche, c'est l'oubli de beaucoup de fondamentaux, la déclaration universelle des droits de l'homme par exemple*. Il faut dire que les classes dirigeantes ont tout fait afin décrédibiliser à peu près toutes les grandes idées. Ce n'est pas la remise en cause de ce socle qui est à blâmer, c'est l'impression de prétention qu'elle donne. Comme si 2000 ans de pensée révolutionnaire pouvait être mises au placard, comme si nous étions les premiers à lutter. Alors quoi ? On oublie tout sous prétexte que ces belles idées n'auraient après tout pas suffit ?

La dernière erreur consiste à considérer tous les journalistes comme des suppôts de Satan, ayant choisis en toute connaissance de cause leur situation actuelle. Autant reprocher à un maçon sans papiers d'enrichir son patron. Messieurs, mesdames, je crois important de rappeler que les journalistes sont des êtres humains avant tout, qu'il y a des Situationnistes de droite, des débutants plutôt gaucho qui travaillent à BFM et qui considèrent cela comme une opportunité d'avoir un emploi. Il y a même des gens qui ont eu un gosse et qui considèrent que le RSA n'est pas suffisant pour leur progéniture ! Bref, des situations complexes et des gens à qui cela ne fait pas plus plaisir d'être traité de connard que vous de terroristes.



ZAD Vaincra !



*« Si l’on ne croit pas à la liberté d’expression pour les gens qu’on méprise, on y croit pas du tout. » Noam CHOMSKY.

*BFM TV, le 24/11/12

*Article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »



 

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