Cette semaine, la musique contemporaine s’encanaille au Triton

Dès sa création, le Triton a cherché à ancrer sa programmation autour du concept de « musiques présentes » qui englobe l’ensemble des musiques destinées à être jouées en live.

 © David Nolan © David Nolan
Dès sa création, le Triton a cherché à ancrer sa programmation autour du concept de « musiques présentes » qui englobe l’ensemble des musiques destinées à être jouées en live. L’idée est de s’ouvrir à d’autres univers, pratiques et esthétiques musicales, ne pas être qu’un club de jazz, une salle de rock, ou même une Scène de musiques actuelles (SMAC) ; être tout ça à la fois et être davantage encore ! Le Triton a l’ambition d’incarner une alternative à l’éternelle dichotomie musiques savantes / musiques populaires, à cette guerre des genres incessante, dans laquelle s’affrontent le snobisme des uns et l’appréhension des autres. En 2008, en initiant les rencontres « Intersessions » main dans la main avec l’Ensemble Intercontemporain, le Triton a enclenché un processus d’ouverture à la musique contemporaine. Après douze concerts et six années d’expériences, l’heure est au bilan, d’autant qu’une nouvelle ère s’ouvre cette semaine avec la première coopération entre le Triton et la Muse en Circuit, Centre national de création musicale (CNCM).

 

Vendredi 14 mars à 20h : « Improtech #1 » avec Olivier Benoît, Sophie Agnel, Hugues Mayot et Eric Echampard

Samedi 15 mars à 21h : « Intersessions #13 » avec Frédérique Cambreling, Grégoire Simon, Lionel Garcin et Sylvain Lemetre


Interview de Wilfried Wendling, Directeur de la Muse en Circuit, Centre national de création musicale

 

Jimmy Vivante : Vous initiez cette semaine le dispositif « Improtech » en partenariat avec le Triton et le département recherche de l’IRCAM. Qu’attendez-vous de cette coopération naissante avec un lieu comme le Triton ?

 

Wilfried Wendling : Le problème, c’est que le terme de musique contemporaine renferme trop la création musicale dans un héritage classique qui n’est pas le seul que l’on devrait revendiquer aujourd’hui. Il n’y a pas d’héritage unique. Evidemment, il y a le classique, mais il y a aussi le jazz, le rock, les musiques du monde et également la musique amplifiée et les musiques improvisées. Le partenariat avec le Triton incarne ce souhait-là que nous avons d’ouvrir le champ de la musique contemporaine et il est d’autant plus important, que le Triton a initié depuis quelques années déjà, les rencontres « Intersessions » avec l’Ensemble Intercontemporain. Pour moi, ces rencontres sont un véritable modèle d’ouverture, de décloisonnement des pratiques, de croisements stylistiques, entre deux institutions très différentes  qui plus est : un Ensemble mythique de la musique contemporaine qui travaille avec une SMAC, c’est passionnant ! Mon projet pour la Muse s’inscrit complètement dans cette dynamique de faire se rencontrer les univers, les expériences et les différentes histoires des uns et des autres. On a été voir l’IRCAM, on leur a présenté notre projet de travailler autour de l’improvisation, de confronter des musiciens de jazz, des improvisateurs avec de l’électronique live, c’est-à-dire les technologies électroniques développées par le département recherche de l’IRCAM, qui sont utilisées sinon comme un instrument, du moins de manière instrumentale. On a ensuite pensé à l’Orchestre National de Jazz (ONJ) d’Olivier Benoît, qui souhaite, lui aussi de son côté, ouvrir son institution en se rapprochant notamment des musiques dites « savantes », d’une écriture plus proche des musiques contemporaines que des musiques « actuelles ». Au final, on aura réussi à réunir l’IRCAM, la Muse, l’ONJ et le Triton. C’est une grande première, très fortement symbolique dans le contexte actuel !

 

 

Interview d’Hervé Boutry, Directeur général de l’Ensemble Intercontemporain et Sylvie Cohen, en charge des actions éducatives

 

Jimmy Vivante : Cette semaine aura lieu la 13ème édition des rencontres « Intersessions », initiées en 2008 par le Triton et l’Ensemble Intercontemporain. Qu’est-ce que cette expérience a apporté à l’Ensemble et aux musiciens eux-mêmes ?

Hervé Boutry et Sylvie Cohen : Pour les solistes de l'Ensemble intercontemporain, le Triton est devenu au fil des années le lieu privilégié où ceux d'entre eux qui le souhaitent peuvent se livrer à l'improvisation en public. Ces rencontres entre excellents musiciens de tous horizons sont venues nourrir notre volonté de croiser les répertoires et d'aller vers un autre public.

L'histoire de ces rencontres s'est tissée par la relation entre les musiciens, le questionnement face à des pratiques non habituelles du côté de l'Ensemble. Mais les solistes ont une longue et riche expérience au contact des compositeurs et de la création. Cela leur a permis de "visiter" des langages et des constructions musicales inédites, de développer des approches instrumentales hors des sentiers battus, de s'immerger dans des univers où l'organisation du temps et la relation au silence ont un caractère tout à fait spécifique. Autant d'éléments de riche dialogue musical avec des improvisateurs. 

Au regard des douze concerts et de façon cohérente avec l'esprit-même de la démarche, chacune de ces rencontres se construit bien sûr de façon autonome. Au fond, chaque projet est singulier, à l'image des personnalités en présence. 

 

 

 

Improvisation au Triton : Magic Malik, Fabrizio Cassol, Eric-Maria Couturier, Didier Pateau © Ensemble Intercontemporain

 

 

 

Le Triton

11 bis rue du Coq Français - 93260 Les Lilas

Métro Mairie des Lilas - 01 49 72 83 13 - www.letriton.com

 

Site de la Muse en Circuit : www.alamuse.com

Site de l’Ensemble Intercontemporain : www.ensembleinter.com

 

 

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