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Billet de blog 6 septembre 2017

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Giorgio Morandi

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Giorgio Morandi (1890-1964)

L’existence et la grâce

Une photographie de lui par Joel Meyerowitz offre un visage grave, vaguement triste, sérieux et pour tout dire beau. Les lunettes rondes relevées sur le front, il regarde, interrogateur et lointain, les objets posés tout près de lui : un vase, des pots fermés.

Ce sont ces objets très simples, du quotidien, qu’il a peints toute sa vie. Des bols, des boîtes en fer ou autre, des cafetières en métal émaillé, des lampes à huile, des vases avec ou sans bouquets, des verres. Il les a peints dans les mêmes couleurs qu’il broyait lui-même : des blancs, des marrons, des bleus, des gris.

Il peint donc des « natures mortes », mot malheureux de la langue française, bien plus juste en allemand- « stillleben »- ou en anglais-« still life »- car en peignant ces objets du quotidien, il nous les rend avec une présence et une beauté déconcertantes. La particularité de ses tableaux est à la fois dans leur sobriété, leur dénuement, leur humilité qui expriment et le dévouement humble et persévérant de leur auteur et la fragilité dérisoire et belle de nos vies.

On sait que Giorgio Morandi était un lecteur assidu de Blaise Pascal et de Giacomo Leopardi ; le premier était intéressé par la précarité humaine, le second par la prééminence du mal. Le poète Philippe Jaccottet lui a consacré un ouvrage, Le bol du pèlerin, dans lequel il écrit que Giorgio Morandi, comme Blaise Pascal et Giacomo Leopardi, a « la conscience aigüe de la détresse humaine, de la possible ruine de tout, sous l’apparence prodigieusement calme de son œuvre ».

S’aventurerait-on jusqu’à affirmer que sa vie fut à l’image de son œuvre- rare ? Il a peu quitté Bologne, a été professeur de gravure pendant vingt-six ans, a vécu célibataire avec ses trois sœurs dans le même appartement hérité de leurs parents dans sa chambre-atelier de 9 m2. Il a toujours regretté de n’avoir jamais vu un Vermeer en vrai.

Grâces lui soient rendues !

Quelques dates :

-1914, première exposition collective à Bologne et à Rome

-1934, Roberto Longhi le déclare « l’un des meilleurs peintres vivants d’Italie »

-Entre 1943 et 1944, arrêté, emprisonné et réfugié pour relation avec des résistants

-21 avril 1945, Roberto Longhi inaugure une exposition personnelle de 21 tableaux de Giorgio Morandi

-1948, premier prix de peinture de la Biennale de Venise

-2001, Philippe Jaccottet, Le Bol du pèlerin

-2001/2002, le Musée d’Art moderne de Paris expose Morandi

-Acquisition de deux natures mortes par le couple Obama pour ses appartements privés lors de sa présidence

-2016, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) expose Morandi, natures mortes et paysages

Quelques citations :

« Je crois que rien ne peut être plus abstrait, plus irréel, que ce que nous voyons réellement. Nous savons que tout ce que nous voyons du monde objectif, en tant qu’êtres humains, n’existe jamais réellement tel que nous le voyons et le comprenons »

« Tout ce que nous savons est qu’une tasse est une tasse, qu’un arbre est un arbre »

« cette petite dose de calme qui est nécessaire » à son travail

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