Le personnage, mû par sa passion, s’écarte de son projet initial : parler politique, héritage, pouvoir. Phèdre est face à l’homme qu’elle aime et cet amour infernal dont elle est remplie envahit ses mots-oui, elle le voit partout, dans les yeux et le visage même de son père… « C’est Vénus toute entière à sa proie attachée ». Celui qui, face à elle, reste silencieux, interdit, devient « le cruel ». Elle le tutoie alors, débordée par l’amour et la haine de l’autre et de soi-même. Elle l’implore de la tuer : qu’il prenne son épée, qu’il la tue, qu’elle cesse de porter le monstre odieux qu’elle est et que cesse ainsi la malédiction qui a déjà accablé sa mère et sa sœur. « Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour / […] Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite. ». L’épure de la tragédie, la beauté d’une écriture ciselée, parfaite.
Le professeur entend des rires étouffés et des voix de jeunes filles et jeunes garçons de quinze ans qui murmurent : « Oh oui, punis-moi ! », « Frappe-moi ! », « Fouette-moi ! ».
Si un chef-d’œuvre se définit entre autres par sa plasticité, sa capacité à accueillir des interprétations multiples et donc à traverser les siècles, il semblerait là qu’une limite soit atteinte.
Voilà.