136 000 décès Covid en France à la mi-avril?

Par rapport aux 12 mois précédents (du 1er mars 2019 au 28 février 2020), 31159 personnes de plus sont décédées à leur domicile durant les 3 vagues des 12 premiers mois de l'épidémie (du 1er mars 2020 au 28 février 2021). Le total de nos décès Covid au 28 février 2021 serait de 36% supérieur au chiffre officiel de 86 454, et notre mortalité Covid serait supérieure de 14% à celle des USA.

Les 36 000 morts secrets du Covid

Le 24 mars 2020 le DGS reconnaissait déjà que les décès à l’hôpital n’étaient qu’une petite partie des décès Covid.

Il fallut attendre fin avril 2020 pour que la France comptabilise les morts en EHPAD. La DGS demanda alors à l’INSEE d’effectuer une comptabilisation fine de l’ensemble des décès Covid et d’en publier un bilan hebdomadaire. Ces publications alertèrent très tôt sur l’importance des pics de mortalité à domicile concomitants des vagues de décès Covid : dés fin avril 2020, l’INSEE chiffait à 32% l’augmentation des décès à domicile de mars-avril. Puis début 2021, à 29,5% celle du 1er septembre au 31 décembre 2020. Mais sans chiffrer les décès à domicile correspondants.

Parallèlement, l’INSEE publia le 16 octobre 2020 les chiffres de mortalité 2019 par lieu et jour de décès, mis à jour depuis : 144 810 personnes étaient décédées à leur domicile en 2019, soit 23,1% des décès recensés. Enfin, l’INSEE publia le 2 avril 2021 les fichiers des décès quotidiens par sexe, âge et lieux de décès des années 2019, 2020, et 2021 (du 1er janvier au 23 mars 2021).

En croisant ces publications et fichiers, nous disposons à présent d’une image particulièrement fine de la surmortalité à domicile des 12 premiers mois de la pandémie Covid en France : 31 159 décès à domicile de plus que les 12 mois précédents. Cette surmortalité à domicile est parfaitement calée sur les dates des 3 vagues du Covid :

- 9502 décès à domicile excédentaires du 1er mars au 31 mai 2020

-14780 décès à domicile excédentaires du 1er septembre au 31 décembre 2020

-  6877 décès à domicile excédentaires du 1er janvier au 28 février 2021

En l’absence d’autres cause de surmortalité à domicile sur ces périodes, il est probable que la très grande majorité des décès supplémentaires puissent être imputés au coronavirus.

Ces 31159 décès excédentaires à domicile au 28 février 2021 sont à rapporter aux 86 454 décès Covid français officiels en hôpital et Ehpad à la même date (sur 12 mois). Par défaut, il semble probable que le Covid ait tué 117 613 personnes en France en 1 an et non pas 86 454 « seulement » ! Ce qui correspond à 36% de décès Covid supplémentaires, passés sous silence, alors que la donnée existe à portée de main, et qu’il va bien falloir l’intégrer aux chiffres officiels publiés quotidiennement par Santé Publique France.

Car il est parfaitement clair que si le gouvernement l’avait souhaité, l’INSEE ou l’INSERM auraient pu être mandatées pour exploiter les causes de décès inscrites aux actes de décès et sortir ainsi d’une opacité embarrassante. C‘est bien ce qui avait été compris de l’engagement de transparence pris par l’Etat lors de la saisine médiatique de l’INSEE par le DGS en avril 2020 !

Au plan scientifique il n’y a pas d’alternative à, enfin, comptabiliser ces morts à domicile pour mettre en perspective l’ampleur de la pandémie en France avec celle des nombreuses démocraties qui comptabilisent, elles, leurs décès Covid à domicile, tels les USA, l’Allemagne, l’Italie, L’Espagne, la Belgique, etc…

Au plan politique, cette révélation sera d’autant plus risquée pour le pouvoir qu’elle apparaîtra tardive :

- ce n’est sans doute pas 100 000 mais bien plutôt 136 000 personnes décédées du Covid et familles endeuillées que la France devrait honorer à la fin de la semaine 15 de 2021.

- la mortalité Covid de la France passerait en tête du classement mondial loin devant les USA et la plupart des pays européens, quasiment au même niveau que la Grande-Bretagne et la Belgique, que nous pourrions même dépasser prochainement !

 

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