les morts niés de la France

En excluant la mortalité à domicile de son unique base de données Covid19, contrairement aux autres pays (USA, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Belgique, etc…) la France ne rend compte que de 57% de sa surmortalité totale depuis le début de cette pandémie. Ce qui fausse gravement la comparaison internationale de nos performances sanitaires.

Les morts niés de la France

Depuis le début de la pandémie Covid19, Santé Publique France (SPF) exclue les décès à domicile de son décompte quotidien alors que plus de 23% de la mortalité totale annuelle française survenait à domicile en 2019. Pourtant, la plupart des démocraties comptabilisent, elles, leurs décès Covid à domicile : USA, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Belgique, etc…

Les derniers fichiers mis en ligne par l’INSEE dans le cadre de sa mission Covid de suivi hebdomadaire des décès quotidiens démarrée au printemps 2020 montrent qu’en excluant la mortalité à domicile de son unique base de données Covid19, la France ne rend compte que de 57% de sa surmortalité totale depuis le début de cette pandémie. Ce qui fausse gravement la comparaison de nos performances sanitaires avec celles des autres pays,

Le 24 mars 2020 le Directeur Général de la Santé (DGS) reconnaissait déjà que les décès à l’hôpital n’étaient qu’une petite partie des décès Covid. Fin avril 2020 la France comptabilisa ses morts en EHPAD. Le DGS demanda à l’INSEE d’effectuer un suivi transparent de l’impact démographique de la pandémie Covid et d’en publier un bilan hebdomadaire. Ces publications alertèrent très tôt sur l’importance des pics de mortalité à domicile concomitants des vagues de décès Covid : en mai 2020, l’INSEE chiffrait à 32% l’augmentation des décès à domicile de mars-avril. Puis, début 2021, à 29,5% celle du 1er septembre au 31 décembre 2020. Mais sans dénombrer les décès à domicile correspondants. Enfin, l’INSEE publia le 2 avril 2021 les fichiers, mis à jour depuis, des décès quotidiens par sexe, âge et lieux de décès des années 2019, 2020, et 2021 (du 1er janvier au 5 avril 2021).

En croisant ces publications, nous disposons à présent d’une image précise de la surmortalité à domicile des 12 premiers mois de la pandémie Covid en France. Le 16 avril 2021, l’INSEE enregistrait:

  • du 1er mars 2020 au 28 février 2021, un total de 683 726 décès[1] dont 176 142 décès à domicile
  • du 1er mars 2019 au 28 février 2020, un total de 604 229 décès, dont 142 228 décès à domicile
  • Ceci correspond à l’occurrence de 79 497 décès supplémentaires, dont 33 914 décès à domicile additionnels sur 12 mois.

Ainsi, du 1er mars 2020 au 28 février 2021 :

  • la mortalité générale a augmenté d’au moins 13,16% par rapport aux 12 mois précédents
  • la mortalité à domicile a augmenté d’au moins 23,84% en 1 an
  • elle représente à 25,76% de la mortalité totale sur 12 mois
  • 42,66% de la surmortalité générale des 12 premiers mois Covid 19 est survenue à domicile.

Bien que l’INSEE n’attribue pas cette surmortalité à domicile à une cause de mortalité, ses fichiers révèlent qu’elle s’est remarquablement concentrée sur les 3 vagues du Covid. Ils dénombrent :

- 9503 décès à domicile excédentaires du 1er mars au 31 mai 2020

-14789 décès à domicile excédentaires du 1er septembre au 31 décembre 2020

-  6942 décès à domicile excédentaires du 1er janvier au 28 février 2021

Soit un excédent cumulé de 31 234 décès à domicile sur ces 3 périodes, représentant plus de 92% de la surmortalité à domicile en France durant les 12 premiers mois de l’épidémie.

En l’absence d’autres causes de surmortalité à domicile sur ces périodes, il est probable que la très grande majorité des décès supplémentaires puissent être imputés au coronavirus. Il est même possible que le nombre de décès Covid survenus à domicile se situe bien au-dessus de ce chiffre de surmortalité, du fait de l’effet dit « de moisson », déjà bien établi pour les décès déclarés par SPF, dont le total est supérieur à celui de la surmortalité générale, bien qu’il n’intègre aucun décès à domicile.

Ces 33 914 décès excédentaires à domicile au 28 février 2021 sont à rapporter aux 86 454 décès Covid français officiels en hôpital et Ehpad à la même date (sur 12 mois). Par défaut, le Covid 19 semble la cause probable d’au moins 120 368 décès survenus en France du 1er mars 2020 au 28 février 2021, et non pas de 86 454 décès « seulement » !

Ce qui correspond à un champ de données inexplorées représentant potentiellement au moins 39,22% de décès Covid supplémentaires, passés sous silence, alors que la donnée existe à portée de main, et qu’il va bien falloir l’intégrer un jour aux chiffres officiels publiés par Santé Publique France. Car c‘est bien un engagement de transparence de l’Etat qu’annonçait la saisine médiatique de l’INSEE sur le Covid !

Aux plans humain et scientifique il n’y a pas d’alternative à, enfin, comptabiliser ces morts à domicile pour cesser de nier 43% des conséquences sociétales, sanitaires et démographiques de la pandémie en France.

Au plan politique, cette révélation sera d’autant plus risquée qu’elle apparaîtra tardive :

- nos gouvernants ne peuvent plus se réjouir d’avoir contenu à 9% l’augmentation de la mortalité annuelle imputable au Covid quand l’INSEE établit sans appel qu’elle est au moins de 13,16%

- c’est sans doute environ 140 000 personnes décédées du Covid et familles endeuillées que la France devrait honorer en cette mi-avril 2021. Pas 100 000 « seulement » !

- à plus de 2055 décès Covid par million d’habitants le 15 avril 2021, la mortalité Covid de la France passerait en tête du peloton mondial des pays à risque, devant le Brésil (1720), les USA (1700), le Mexique (1630), l’Argentine (1190) et la plupart des pays européens, dont la Suède (1347), la Grande-Bretagne (1870), l’Italie (1930), et même la Belgique (2027). Quand la moyenne européenne se situait en dessous de 1000 décès/million, la moyenne mondiale en dessous de 400 décès/million et celle de l’Asie en dessous de 65 !

On n’a jamais résolu un problème en maquillant son énoncé : on meurt 30 fois plus du Covid en France qu’en Asie et 5 fois plus qu’au Danemark ; ces données n’échappent à aucun de nos ex-visiteurs étrangers et pèsent lourd sur l’avenir de notre économie ! Traiter de barbares les pays pratiquant le dépistage systématique et la quarantaine ponctuelle nous a conduits à la paralysie et à la culpabilisation générales. Quand l’Espagne imposait dès septembre 2020 un QR code pour tous les voyageurs entrant sur son territoire, la France ignorait encore la quarantaine au 15 avril 2021, quel que soit le pays de provenance ! Plus d’un an d’état d’urgence totalement inopérant au plan sanitaire n’a rien enseigné à nos dirigeants ! Et nos médias n’y trouvent rien à redire ? Parce que le mot « quarantaine » n’est pas vendeur électoralement? Alors, rebaptisons-le : PRO-PHY-LAXIE !

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