NOS RACISTES SONT-ILS MEILLEURS ?

A l'heure où les discriminations et injustices sont mondialement pointées du doigt, tous domaines confondus, notre patrie des droits de l'homme prend-elle trop de hauteur vis à vis du racisme ?

Cette semaine, devait avoir lieu la projection du classique hollywoodien  Autant en emporte le vent au Grand Rex. Emportée par  la vague de protestations contre le racisme, la projection du film a été annulée à la demande des studios hollywoodiens. En cause : une présentation très romantique de l'Amérique sudiste des années 30.

Le long métrage jugé raciste, pour le visage angélique donné aux maîtres blancs et la satisfaction des employés de maison noirs quant à leur sort, a été temporairement retiré des salles et des plateformes le temps de le resituer dans son contexte esclavagiste pré-sécessionniste. Pour faire court : une nouvelle fois, l'Amérique s'est amendée là où la France a pêché. Et pourtant elle continue de pérorer.

UN RACISME FRANCAIS "A QUI MIEUX MIEUX"

Alors que depuis plusieurs semaines notre pays s'enflamme au rythme des manifestations et autres dénonciations suite à la mort de George Floyd; on ne compte plus les contradicteurs se défendant, que dis-je ?, se gargarisant d'un racisme plus supportable qu'aux Etats-Unis .  Une étude du Centre d'observation de la société a en effet rapporté que les français se disent de moins en moins racistes.

Mon point de vue à ce sujet est quant à lui tout autre. Et à la question soulevée par de nombreux médias nationaux titrant quotidiennement leurs débats d'un condescendant : "La France a-t-elle atteint le niveau de discrimination des Etats-Unis ?"... Ma réponse est : " Depuis fort fort longtemps : oui et bien au delà !

Je me souviens m'être tournée dès mon plus jeune âge  vers les séries et films US pour voire des personnages issus de cette minorité  sortir des sentiers battus. Il me fallait m'évader du côté Cosby Show, ou du Prince de Bel Air pour voir des noirs être médecins, avocats ou professeurs quant ici ils s'élevaient au mieux au rang de policier ou d'amuseur public (RIP Mouss Diouf et Giant Coocoo). Je devais regarder la série Fame pour pouvoir apprécier nos talents artistiques apparemment méconnus de nos séries AB et autres Classe Mannequin nationales.

Nos écrans ont certes pris un peu de couleur mais soyons clairs : on est très loin du compte. Les principaux visages afro en haut de l'affiche tiennent en deux noms : Omar Sy et Aissa Maga. Lassée de cette industrie frappée par un manque de diversité de visages et de rôles, l'actrice a publié en 2018 avec une dizaine de consoeurs l'essai Noire n'est pas mon métier dans lequel elles détaillent les clichés véhiculés par leur couleur. Bien que saisissants, ses paroles comme ses actes (on se souvient encore de son grand moment de solitude à la dernière cérémonie des Césars) n'auront suffi à changer les mentalités quand les acteurs blancs boycottaient quatre ans plus tôt les Oscars jugés "So white". Les discriminations font donc autant rage et même plus ici qu'ailleurs et ça ne date pas d'hier.

Il y a plus d'un demi siècle, l'écrivain James Baldwin démontait déjà l'idée d'un racisme hexagonal modéré dans son ouvrage ironiquement intitulé Equal in Paris*1. Noir, homosexuel et dégoûté du traitement sévère réservé à ces deux minorités par son Amérique natale, il décide de s'exiler en France pensant se fondre enfin dans le décor. Il y découvre que les regards portés sur sa couleur y sont bien plus critiques et universels que dans son pays après avoir été injustement jeté en prison pour un simple vol de drap. De quoi clouer le bec aux prétentieux Cocoricos.

Mais plus que toute réflexion la vraie question demeure celle que posent les anglo-saxons depuis les premiers jours de protestations : "Why racism should be debate instead of eradicate ?" *2

*1 Egal à Paris

*2 "Pourquoi le racisme doit il être débattu au lieu d'être éradiqué ?"

 

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