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Billet de blog 2 février 2015

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Le Mur

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bien que ce titre soit inspiré du recueil de nouvelles de Jean Paul Sartre il n'est en rien lié à celui-ci, ni à la première nouvelle de cet ouvrage. Pourtant on peut voir dans la substance de la nouvelle de Jean Paul Sartre un des  développements de ce travail, à savoir que le mur peut représenter à bien des égards l'oppression et l'intolérance. La première nouvelle de cet ouvrage met en scène un combattant espagnol qui sera fusillé par l'armée franquiste et nous relate la nuit d'attente et les pensées de cet homme.

 C'est une vision bien sanglante du mur mais suffisamment connue pour représenter un symbole fort dans l'inconscient collectif.  Le mur des fusillés. Cela n'a bien entendu rien à voir avec le mur des lamentations, lieu de prière connu de Jérusalem.

 Le Mur comme toute chose issue de l'homme peut adopter plusieurs facettes dans son utilisation. Il peut protéger ou détruire, séparer, contrôler les hommes.

 Protéger l'homme bien sûr, ou un groupe plus largement. Il est construction de l'homme assurant sa protection face aux éléments. Il est symbole de son installation, de son appropriation d'un territoire donné à des fins personnelles. Il est ainsi le reflet de la propriété de chacun, de l'intimité, un élément de soutien des toitures et une défense contre l'intrusion dans sa sphère privée. C'est un des cotés positif du mur, assurer la protection de celui qui le construit et par là même devenir élément essentiel de la finalité de l'ouvrage qu'il constitue. C'est aussi un des symboles du progrès, de l'expansion, d'une forme d'appropriation de l'espace et  du temps par son existence matérielle totalement liée à celui qui le construit et par la volonté de son constructeur de durer et de persévérer.

 Pour entrer dans l'ouvrage formé de murs fermés, constituant ainsi une pièce close,  il faudra une porte, qui n'est finalement rien de plus qu'un trou pratiqué dans le mur. En substance la porte  n'est rien, basse ou haute, si rien n'est clos, si aucune pièce n'est constituée. Bien que la porte ne nécessite pas de murs pour exister car elle peut se suffire d'un pont ou d'un défilé entre deux montagnes, le mur doit nécessairement adopter une porte  pour satisfaire à l'accès de l'espace qu'il ceint ou qu'il délimite. Les prisonniers ou les opprimés ont résolu le problème en brisant les portes, en faisant le mur ou en creusant sous le mur. Car n'oublions jamais que le mur n'est pas le sol. Quelque soient ses fondations, leur profondeur, l'ancrage, le mortier utilisé, le mur ne pourra jamais faire partie de la terre. Il est simplement posé dessus. Bien sûr certains murs sont très profondément ancrés. Certains sont même posés sur des roches ou des montagnes mais le mur ne sera jamais naturel. Il ne sera qu'un élément humain posé à   terre et destiné ainsi à n'être qu'un artifice au sens de ce qui est crée par l'art.

 Art humain donc que le mur, trop fortement humain peut être car ses finalités dépendent de ce que font les hommes. Opprimer des peuples, enfermer des hommes, séparer et empêcher le regroupement, l'échange. A l'heure ou nous commémorons les murs tombés d'autres se créent et adoptent les mêmes finalités inhumaines et sclérosantes. Mais il est aussi protection et intimité. Ainsi  le faire tomber peut signifier conquête et immiscions chez l'autre, tout autant que lutte,  dépassement de soi, destruction des inégalités ou courage d'un peuple.

 Les outils seront les mêmes pour les construire, suivant un plan bien établi de symétrie de niveau, de solidité mais le but sera très différent.

 Le mur est homme car la construction est affaire d'hommes. La finalité de celle ci sera donc toujours humaine et elle portera l'empreinte de ceux qui l'auront crée.

 Aujourd'hui si certains murs sont tombés comme celui de Berlin, symbolisant la chute avec lui du rideau de fer, d''autres se construisent, notamment en Israël, et d'autres se renforcent ou perdurent comme celui de Melilla qui empêche l'immigrant d'atteindre l'Europe orgueilleuse. Alors où est l'enseignement que nous avons tiré de l'histoire ? des murs de Jéricho, de la muraille de chine prétentieuse et majestueuse ou des murs de  Troie ? Souvenons nous d'Epicure : A l'égard de toutes les autres choses, il est possible de se procurer la sécurité ; mais, à cause de la mort, nous, les hommes, nous habitons tous une cité sans murailles.

 Si nous choisissons de construire pour progresser et avancer ensemble nous construirons des murs soutenant des écoles, des universités, des maisons d'habitation, des villes et des villages. A l'inverse il ne dépend que de nous de construire des murs et des murailles  comme celle de Chine, pour être mieux séparés de l'autre, pour l'enfermer ou nous refermer sur nous mêmes. Montrant par ces ouvrages que si nous sommes des maçons habiles nous ne sommes pas des hommes... mûrs.

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