Ma petite série de cristal du samedi

Mes samedis de novembre et de décembre sont chaleureux ces derniers temps. Oubliées les relations internationales, les guerres dévastatrices qui font découvrir des charniers de femmes, d’hommes et d’enfants, oubliés les murs au Mexique où les migrants qui coulent.

Non, mes samedis c’est ma série, c’est gilet jaune, mes samedis c’est mon reporting en direct de tous ces petits jeunes journalistes de presse qui courent derrière les lacrymogènes et les vilénies des soi disant casseurs (qui ne sont jamais nos amis gilets jaunes) petits journalistes pechus  abreuvés de BFM, CNews et autres LCI, nos amis couvreurs d’événements croustillants 24h sur 24 avec un seul bel objectif la politique business et les petites phrases pour dégrader toujours plus nos politiques et les soumettre à la lame de fond de l’immédiateté forcenée. Après tout ils ont choisi ils ont été élus ! 

Oui tous les samedis c’est ma petite série de cristal jaune, on ne casse plus les juifs on casse tout ce qui a du pouvoir, de l’argent, représente une position sociale, une posture de décision. Ça interpelle bien sur, qu’est ce que l’on a pas réussi, est ce que je vais me faire bruler ma voiture par ce qu’elle est trop grosse, suis je moi aussi le juif actuel que les fascistes avaient brisé en  38 parce que mon traitement de fonctionnaire me permet de vivre et de payer mes impôts ?  nos politiques vont ils être victimes de ce degagisme, parce qu’ils gagnent trop ? Parce qu’ils décident ou arbitrent ? Comme les juifs allons nous les empêcher d’exercer dans la fonction publique parce qu’ils se sont salis à percevoir de l’argent public du fait de leur mandat ? Nos préfectures vont elles brûler comme les synagogues ?

Ah ma petite série du samedi moi le citoyen qui la regarde sur BFM, hésitant entre reconnaissance pour nos amis les poulets, fantasme face aux porche qui brûlent, peur pour mon petit espace à moi et anticipant que dans ce qui se passe que plus rien ne nous appartient, tout peut nous être volé pillé, qu’est ce que je suis méprisable dans mon canapé en train de maugréer et d’esperer qu’ils ne viennent pas me chercher. Qu’est ce que je suis peteux lorsque je sors mon gilet jaune pour éviter qu’ils s’assoient sur mon capot, m’interdiant D’avancer. La liberté, on mesure combien elle est fragile, combien les valeurs peuvent nous protéger, combien elles peuvent contribuer au quotidien à quelque chose que l’on ne mesure plus car nous y sommes trop habitués : être libre.

Mais si ils viennent toujours nous chercher, les petits politiques bruns de gauche à droite se réveillent et ne voient même pas qu’ils entérinent par leur réaction anti démocratique sous couvert de révolution citoyenne la fin de notre démocratie, nos lycéennes et lycéens ne comprennent pas qu’ils se mobilisent contre ce qui les protège, contre l’ecole pour tous, la presse cautionne de manière aberrante en faisant un soi disant distinguo entre des vilains vilains et des gilets jaunes qui sont toujours de simples citoyens qui manifestent, on a l’impression qu’ils ont trop passé de temps à faire des articles diplomatiquement corrects et qu’ils n’ont plus l’analyse de terrain et se refusent même quant ils appellent au coup d’etat À qualifier ces personnes de terroristes. 

Mais surtout on se demande comment on tient la semaine, on fait notre petit train train, on fait des sourires aux soûlards qui s’assoient sur notre capot et qui sont tout sauf rassurants, on regarde ces politiques diplômés ne pas savoir quoi répondre à des citoyens dont la seule réflexion est de casser notre système démocratique, de casser du politique. Tout argent public perçu est du vol du peuple, les policiers sont nos amis, on attend tous le moment terrifiant ou ils vont jeter le gant, ça fait après tout très longtemps qu’ils crachent sur les juges. Mais assez bizarrement ma petite série de cristal montre que les derniers remparts de la république c’est la police et l’armée...

On va aller ou ? Même l’appel de la dinde aux marrons dans deux semaines ne suffit plus, c’est pour dire ! Oh après tout allons y, bientôt les européennes version FN. Merci à notre société pour ma petite série de cristal du samedi avec ces petits morceaux de relents fascistes, du croustillant à là top chef de parti brun, on vit une belle nuit de cristal chaque samedi maintenant. À l’epoque Ils ne se sont pas arrêtés là ... terrifiant.

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