La crise en zone euro, en UNE lecon

La Commision vient d'alleger les contraintes de la France pour la reduction de son deficit budgetaire mais la rappelle a l'ordre pour les reformes structurelles. Y a t'il une logique dans tout cela?

Petit "crash course"  (lecon eclair) en quelsques "bullet points":

-divisez le systeme economique d'un pays en deux ensembles, le Public (Etat, col loc, regimes sociaux) et le Prive (menages et entreprises)

-supposez que le pays ait un deficit du Commerce Exterieur de 3% du PIB et que le secteur Public soit en equilibre. Ca veut dire que tous les ans le  secteur prive menages+entreprises degrade sa position financiere (s'endette) a hauteur de 3% du PIB par exemple

-si ce deficit est durable vient un moment ou le secteur prive (menages, ou entreprises, ou les deux) devient exangue et soit la consommation, soit l'investissement, s'effondre, et c'est le marasme economique grave

-avec une monnaie unique comme l'euro, il n'y a pas de depreciation monetaire qui vient pour equilibrer les echanges donc le deficit exterieur, toutes choses egales par aileurs, a tendance a se renforcer

-dans la realite, le deficit qui est subi par le secteur Prive entraine un deficit du secteur Public qui vient le compenser: le desequilibre exterieur traduit des revenus internes plus faibles, donc moins d'impots et plus de prestations, relance budgetaire etc...le deficit Public est donc un reflet du deficit exterieur (ca marche aussi dans le sens deficit public--->deficit exterieur car alimenter la consommation alimente les imports) donc les deux deficits se nourrissent mutuellement. Avec un deficit exterieur de 3%, le secteur prive s'en sort parfaitement tant que le deficit budgetaire est >= a 3%..mais c'est alors le secteur public qui s'endette sans limite au lieu du secteur prive

-avec une monnaie exterieure comme l'euro, la seule maniere d'arreter le cycle cumulatif des deux deficits est  de reduire le deficit exterieur soit par reduction drastique de la consommation (rigueur! cas de la Grece, Espagne...) soit par amelioration de la competitivite (France??) soit par les deux moyens (pays du Sud, mais la Grece a du mal avec les reformes structurelles car son economie part de tres loin). Mais bien entendu, seul le deuxieme moyen (les reforms structurelles) soignent les veritables causes du probleme. La rigueur budgetaire concourt a la resolution des problemes de fond dans la seule mesure ou elle permet de reduire les prelevements qui pesent sur la production sans augmenter les deficits oublics (c'est a dire qu'elle augmente les marges de manoeuvres en vue de retablir la competitivite). La rigueur budgetaire en elle-meme n'est pas une solution, elle n'a de sens qu'accompagnee de reformes qui favorisent la production.

-la Commission vient de dire a la France: OK, allez moins vite sur le premier moyen (rigueur) mais activez sur le deuxieme moyen (competitivite, c'est a dire reformes structurelles)

-Que se passe-t'il si on ne fait pas? Dans ce cas, le secteur public puis les agents prives voient leur situation financiere se degrader jusqu'a ce que les capitaux ne reviennent plus financer les deficits, et la c'est le drame qui s'est amorce en 2009 (illustration parfaite en Grece, mais aussi menaces passees en Italie, Espagne, Portugal...)

-alternatives?

              1) sortir de l'euro, ce qui permet de remplacer les reformes structurelles par l'appauvrissement du a la depreciation reguliere de la monnaie, mais les consequences a court terme sont incalculables,

ou

               2) persuader le reste de la zone Euro de faire le choix du maintien/reforcement du modele social contre celui de la performance economique, ce qui rendrait la zone deficitaire et sous certaines conditions supplementaires (politique monetaire coordonnee a ce choix+acceptation de transferts de richesses a l'interieur de la zone) pourrait faire rentrer la zone euro dans une logique de pays avance a monnaie faible, c'est a dire la transformer en une sorte de grande...France!

Conclusion: c'est une question politique au plein sens du terme, et aussi geostrategique. Qui impose son modele en Europe: la France ou l'Allemagne? L"Europe doit-elle ressembler a la France ou a l'Allemagne? Sachant qu'il ne s'agit pas de copier un modele, mais de decider de l'orientation. 

On retrouve toujours, quoi qu'on fasse, le conflit latent entre les deux poids lourds de l'Europe.

 Et...oui, il y a toujours une alternative, il n'y a pas de TINA. Seulement, elle a sa contrepartie en termes de richesse nationale et de niveau de vie. On ne peut jamais tout avoir. There is some alternative, but no free lunch.

 

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