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Billet de blog 29 nov. 2011

Le point sur l’économie française, le modèle social et sa soutenabilité dans le cadre de la zone Euro

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Le rapport complet (46 pages, 51 tableaux et graphiques) et d’autres analyses a : economiesimplement.blogspot.com

(SYNTHESE DE L'ETUDE DISPONIBLE SUR LE SITE)

Depuis trente ans on joue la défense. Ce rapport montre que la désindustrialisation, puis la mondialisation, ont incité à la construction d’un modèle social très complet destine à en compenser les effets, mais il n’est plus possible de le payer. Il est délicat d’expliquer que la crise a peut-être été déclenchée par des excès du libéralisme, mais que la seule voie de sortie pour le pays est l’offensive, pas le repli sur soi.

La France a largement mange son pain blanc. La situation est d’autant plus délicate politiquement qu’elle ne s’en rend pas bien compte. Si tout le monde est conscient des difficultés actuelles, du chômage, des déficits, de l’impact de la crise, le diagnostic populaire est plutôt que trop peu a été fait pour l’emploi, pour relancer l’économie, pour protéger les plus faibles. Le déclenchement de la récession mondiale par quelques excès patents du système financier américain a accrédité l’idée que le Monde, France incluse, s’était fourvoyé dans un libéralisme exagéré, cause de tous les problèmes. Au moins, se dit-on, le modèle social français, parfois critiqué pour sa lourdeur, a pris sa revanche en amortissant le choc. Mais voilà qu’on s’inquiète de la dette publique et qu’on parle rigueur. La croissance n’est plus ce qu’elle était, le pouvoir d’achat du salaire stagne depuis des années, le chômage reste haut, le commerce extérieur plonge, et pourtant l’Etat n’a plus de moyens. Où est donc passé l’argent ? Le débat glisse vers l’examen des inégalités et se réfère à la justice sociale. On s’indigne, on monte des tentes, on se tourne vers l’Etat pour protester contre la rigueur, le démantèlement de services publics, dénoncer des inégalités, demander plus de protection pour diverses catégories défavorisées qui s’entrecroisent : les bas revenus, les chômeurs, les travailleurs pauvres, les immigres, les clandestins, les jeunes, les personnes âgées, les malades, les dépendants et les handicapes. Plus la crise pèse, plus on souffre. Plus il y a de souffrances, plus il y a d’injustices, et bientôt c’est l’injustice qui est citée comme la cause même de la crise.

Si le problème en France était de renverser une politique de l’offre qui aurait échoué, une politique qui aurait favorisé les marges des entreprises et l’enrichissement de leurs propriétaires en alignant les mesures antisociales, il serait politiquement simple de renverser la vapeur et de relancer une économie qui aurait été depuis des années enserrée par la rigueur dans le bas, par la ploutocratie dans le haut. Une alternance politique à gauche aiderait ce changement radical. Mais la situation est très compliquée, car c’est justement le contraire : depuis 30 ans, et par-delà la division partisane, la France a joué le jeu de la demande et de la protection, et dangereusement négligé de soigner l’offre de son économie. Au moment où les déficits approchent du taquet, où les prêteurs s’affolent, où on annonce une nouvelle récession, comment expliquer qu’on a déjà fait tout ce qu’on a pu pour soutenir le « système » ? Non pas le système capitaliste accusé de tous les maux (c’est ailleurs que celui-là s’est épanoui) mais le système social français, qui finit bien par toucher ses limites.

Ce rapport montre que depuis trois décennies, le consensus national a donné la priorité à la construction de ce modèle social dont on est fier, mais qui est maintenant remis en cause par l’émergence de nouveaux pays, par la monnaie unique, par le vieillissement démographique de l’Europe, par des évolutions qui étaient connues mais qu’on a ignorées pour se tourner vers la facilité de préserver à court terme la consommation et la protection des risques.

Il n’est pas utile de revenir longuement sur la période de forte croissance que la France a connu après la guerre, une période prospère où on vivait mieux de génération en génération, ou les inégalités augmentaient, mais comme tout le monde progressait fortement en pouvoir d’achat, c’était secondaire. A cette époque le progrès social n’avait pas besoin d’être exigé par principe, car il découlait de la prospérité. A la fin des années 70, l’énergie plus chère, la montée naturelle des activités de services, la concurrence de nouveaux pays industriels- ont radicalement modifié le contexte. Une rupture s’est alors faite en1981- 1982, sur laquelle on n’est pas jamais revenu: alors que la croissance connaissait un ralentissement structurel, l’équilibre financier du secteur privé-entreprises et ménages-a été largement facilité par les politiques fiscales et sociales, au détriment des finances publiques. Et pourtant cet effort à longue portée de la politique économique débouche aujourd’hui sur une situation de chômage élevé, de déficits et de frustration grandissante de la population. Or, la politique de la France d’avant crise n’a pas brimé les ménages et la consommation. Elle a préféré assurer une progression du pouvoir d’achat des ménages, alors même que la croissance moyenne ne cessait de ralentir et que le commerce extérieur se détériorait : les couts salariaux se sont alourdis par rapport à la concurrence européenne.

Comme ses voisins européens (sauf l’Allemagne) la France a perdu beaucoup d’emplois industriels. La tertiarisation limite les possibilités de gains de productivité, donc de croissance. Les emplois créés en remplacement-et au-delà-des emplois industriels sont dans l’ensemble moins bien rémunérés, dégagent moins de gains de productivité -même en comparaison des services des années 1960/1970-diminuent la capacité de négociation des salaries et facilitent la précarité des emplois. Les délocalisations sont justifiées comptablement et économiquement, mais le pays compte un nombre croissant d’ex-ouvriers de l’industrie en difficulté d’emploi et de « petits » salariés des services, tandis qu’une part de la population est de plus en plus intéressée aux revenus du capital. Comme on le verra, ces évolutions ont contribué à focaliser l’attention sur la construction du modèle social, les politiques de redistribution et l’étude des inégalités.

Dans un contexte de gains de productivité faibles, de croissance ralentie et de dégradation de la performance extérieure de l’économie, le pays a acquis et maintenu un niveau de protection sociale égal aux meilleurs d’Europe. Mais au contraire des pays nordiques avec lesquels son modèle social rivalise, la France finance son excellence sur tous les fronts du social (prise en charge de pensionnés de plus en plus nombreux et mieux traités, très haut niveau de dépenses médicales, très bonne prise en charge du chômage, des précarités et exclusions) par des déficits croissants qui ont consommé les marges de manœuvre budgétaires et fiscales dont elle disposait dans les années 70. Le perfectionnement du modèle social a pris le pas sur le souci de compétitivité, mais la population ne s’en rend pas compte, compte tenu des évolutions du mode de vie et des difficultés de la vie quotidienne. La correction de trajectoire n’en est que plus difficile politiquement.

Le pouvoir d’achat et la dépense sont effectivement préservés, mais les français actifs trouvent pourtant la vie de plus en plus difficile. Les raisons tiennent à la nature des emploi proposés, au fait que la petite progression globale du pouvoir d’achat repose plus qu’avant sur l’assistance, sur des baisses de prix mal perçues, et aussi à l’élévation générale du niveau d’études, qui ne trouve pas sa récompense. La perception est d’autant plus négative qu’elle compare avec les périodes précédentes plus faciles, encore présentes à l’esprit directement ou par l’intermédiaire des deux générations qui précèdent. En témoignent les appels courants à l’ « ascenseur social » et les références de plus en plus fréquentes aux inégalités sociales et à la notion de justice sociale.

Le sentiment d’inégalité croissante qui semble s’être répandu de manière presque consensuelle peut être justifie par un phénomène concentré sur les très hauts revenus, et non par l’évolution d’ensemble des salaires et des niveaux de vie. Reste à savoir à partir de quelle tranche de « riches »: 5%, 1%, 0.1%, ou 0.01%...l’anomalie commence: chacun a son jugement. Du coup, le débat national mélange des préoccupations de protection légitimes, mais qui devraient être traitées de manière strictement sociale, avec des problématiques économiques structurelles. La priorité est donnée au traitement social des difficultés causées par le manque de croissance, plutôt qu’à la croissance. Mais la redistribution en France n’est déjà pas modeste, elle prélève significativement et de manière progressive aux 60% les plus riches, pour donner aux 20% les plus pauvres. Les prestations sociales ont eu un rôle croissant pour soutenir les plus bas revenus et diminuent aujourd’hui de moitié le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté relative. Au total l’état des lieux de la redistribution n’est pas si mauvais qu’il faille en faire une priorité nationale, en dehors de cas text-indent: -0.5in">I- Les balances sectorielles

II- Le soutien à l’économie depuis 1982

III- Désindustrialisation

IV- Préservation de la consommation et amélioration du modèle social

V- Impact des évolutions de la structure de la consommation et autres aspects psychologiques

VI- Pauvreté, richesse et inégalités sociales

VII- Une position qui n’est pas durable

VIII- Quelles voies pour s’en sortir ?

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