Rencontre avec Jean-Yves Ruaux

Du mercredi 21 au samedi 24 août à 16h, quatre moments de rencontres et d'échanges autour de la Corée à travers quatre approches différentes.

Du mercredi 21 au samedi 24 août à 16h, quatre moments de rencontres et d'échanges autour de la Corée à travers quatre approches différentes.

→ « Deux Corées, une culture, douze extravagances », rencontre avec Jean-Yves Ruaux.

Mercredi 21 août à 16h à l'Arbre vagabond (tente caïdale).

→ 7 euros, nombre de places limité.

Jean-Yves Ruaux est né en 1951 à Dinan. Universitaire et journaliste, il est l'auteur (ou le co-auteur) de trois guides relatifs à la Corée dont le plus récent Comprendre les Coréens – guide de voyage interculturel publié aux éditions Riveneuve en 2018. Jean-Yves Ruaux a également publié de nombreux récits de voyage pour des magazines comme GEO, Grands reportages, Croisière Magazine ou encore Les Cahiers de la Corée, ainsi que des articles universitaires d'anthropologie sur la culture Coréenne. Il est également l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages documentaires variés, notamment La Normandie d'Arsène Lupin, publiée aux éditions Ouest France en 1998.

Deux Corées, une culture, douze extravagances :

« La Corée du Nord range soigneusement les trains qu'on lui offre dans des musées vitrifiés. Séoul, rasé au sol par l'Occupation japonaise puis une guerre civile à dimension de conflit mondial, en compte aujourd'hui une centaine ! Et la ville frénétique fait musée de presque tout. Du sac à main à l'art contemporain en passant par les objets funéraires, l'art bouddhique et celui de la guerre. Où le regard se porte, le paradoxe surgit. Au Nord, l'ultime dictature stalinienne de la planète a érigé une pyramide pharaonique pour abriter les ossements de Tangun, le fondateur mythique (!) de l'épopée coréenne. Le Sud partage et révère les mêmes origines, une histoire partagée, empreinte de Confucius comprise, mais Séoul ne dort jamais et vibre de l'aube à la suivante. Il revient à l'observateur de tenter de saisir l'essence de la vie coréenne sous d'apparentes extravagances comme ses dizaines de milliers de chamanes. Superposer les religions, comme au Sud, plutôt que se dédier à une confession unique, n'aiderait-il pas à les considérer comme un atout social ? Pourquoi, comment, la brutalité (séparation des familles, exodes, adoption internationale...) des occupations étrangères a t-elle vivifié la résilience mélancolique des Coréens, leur nationalisme ardent, aiguillonné la créativité, la culture, une littérature construite sur les blessures intimes jamais refermées, un cinéma tissé de singularité et touchant à l'universel. Et pourquoi cette étrangeté qui frappe le voyageur lui devient-elle finalement si familière ? Est-ce parce que le Coréen ne colle pas avec le cliché de l'oriental aux humeurs impénétrables, malgré son souci de ne jamais perdre la face ? Parce qu'il n'est pas non plus le Méditerranéen expansif de l'Asie que les guides ont parfois dépeint ? Parce qu'il est un humain, non un cliché ? Parce que le Séoulien qui mise tant sur son activité professionnelle se brûle aussi aux plaisirs de la vie, de jour et de nuit, comme si demain n'existait pas ? La conscience permanente de la vulnérabilité du pays n'est-elle pas une autre composante de l'humanité parfois bouillante de ses habitants ? Comment pourrait-on oublier que l'agglomération-capitale compte la moitié de la population du pays, le double de celle de la région parisienne, vit et travaille à 50 km de la frontière. Au risque permanent du fragile armistice signé en 1953, des capacités nucléaires et des variations d'humeur de sa voisine septentrionale ? D'où l'urgence à jouir, à agir, à créer, à tenter d'assouvir une curiosité invétérée et une rare soif de culture. Y compris un étonnant appétit pour la poésie. Et les monnaies virtuelles ! »

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