Dans les branches de l'arbre

"Il y eut les chaises de jardin alignées, et chacune des voix.
Une qui se serait échappée sans qu'on puisse la retenir et que j'entends encore, amie.
L'autre si proche, comme les doigts enfoncés dans la chair du bras.
Celle qui toujours me fait penser à un livre L'homme Bonsaï, mais il ne le sait pas...

Je suis assise, je porte la polaire achetée le matin au marché, l'homme aimé à mes côtés.

Une année, Jean-François, j'oublie mes tickets, presque toujours. Quand je pars les silhouettes sur la terrasse agitent leurs mains. Ne trouve pas le mot minuscule qui dirait à la fois le bonheur et le vide.

Une année, il y a le livre, là, et la voix de Marie Thomas. Une petite fille jamais plus ne sera dans le rang mains derrière le dos.

Une année, de l'autre côté de la petite table au plateau de marbre, Estelle et Florence. Les regards de Danielle, de Jean-Marie, de Moussia me tiennent. S'ouvre plus grande que moi la voile de mauvais coton, rèche dans les mains. On dirait que ce serait un voilier. Dans les branches de l'arbre.

Marie à l'heure du thé, Daniel, Antoine remontant le chemin, venant à moi qui n'aurait su aller à lui, Mellinette riant quand nous échangeons nos chaussures... et le talus.

Là, j'aime m'asseoir, pour rire, pour de rien, une rencontre, la parole attentive d'un lecteur... le dernier soir, sans doute au buffet je boirai un verre ou deux de vin, Véronique viendra se moquer un peu, et ce sera joyeux."

Isabelle Damotte

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