Estelle Aguelon, artiste invitée des Lectures sous l'arbre 2014

On pourrait imaginer une histoire de l’art qui serait une histoire du trait. De l’inscription rupestre aux griffures de Fautrier, du trait qui identifie au trait qui défait la forme de sa convention, le dessin, depuis toujours et cela n’aura pas de fin, prend tous les paris possibles dans la représentation du réel.

On pourrait imaginer une histoire de l’art qui serait une histoire du trait. De l’inscription rupestre aux griffures de Fautrier, du trait qui identifie au trait qui défait la forme de sa convention, le dessin, depuis toujours et cela n’aura pas de fin, prend tous les paris possibles dans la représentation du réel. Voilà pourquoi je me passionne volontiers pour le travail d’Estelle Aguelon qui ajoute à cette longue tradition son geste singulier, sa manière propre – c’est-à-dire qui ne ressemble pas. Ce qui les caractérise s’éclairerait du sens originel et oublié du mot trait, qui désigne par exemple la flèche, et nomme aussi bien le mouvement vif que la tension qu’il induit. Ou encore ce qui est saillant (de saillir, encore un mouvement, d’irruption celui-ci). Le trait d’Aguelon dit que toute forme est d’abord un mouvement dans l’espace, et même s’il s’agit de l’objet immobile (le rocher peut bien être immobile, qui pourrait croire que sa forme le soit, elle qui bouge selon la lumière et l‘ombre, selon l’avancée ou le recul du regard ?). Aussi bien le trait chez elle semble n’avoir ni commencement ni fin, il montre l’intensité d’une apparition et son nécessaire effacement. Il ne clôt pas, il ouvre, il est l’ouvert en acte. C’est pourquoi son dessin dépasse l’anecdote d’une représentation rassurante, qui satisferait notre appétit de reconnaissance. Il fait mieux, mille fois mieux, et plus rare : il donne à éprouver sous le motif ou la figure ce qui en est la vie même : un mouvement qui tranche sur la neutralité du rien, son surgissement flagrant dont la fugacité même fait le prix. Toute l’aventure fragile de la vie dans un trait, avouez que ce n’est pas banal…

 

 

Jean-Pierre Siméon

 

 

Exposition d'Estelle Aguelon à l'Arbre vagabond

Du 14 août au 30 octobre

 

 Vernissage de l'exposition d'Estelle Aguelon et inauguration des XXIIIes Lectures sous l'arbre

Mardi 19 août à 17h - L'Arbre vagabond

 

 Sous l'arbuste

Lundi 18 août - de 14h à 17h - Devesset, nouvel atelier de Cheyne éditeur

Atelier d'écriture et de typographie animé par Pierre Sève et Estelle Aguelon.

 

L'atelier ouvert

Mardi 19 août à 14h00 - Devesset, nouvel atelier de Cheyne éditeur

Démonstration de typographie au plomb par Estelle Aguelon.

 

Les matins de la création

Mercredi 20 août à 10h - L'Arbre vagabond

Rencontre et échanges avec Estelle Aguelon autour de son exposition et de son travail.

 

 

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