Sous le petit bouleau

" Mes étés, c'est un sur deux Le Chambon-sur-Lignon, 2003 je rate le premier coche pour cause de péritonite et c'est l'été de la mort de Pierre, ça donnera ce livre, Trois Meurtres, deux ans après.

Mes étés un sur deux depuis 10 ans c'est à Cheyne, on est au milieu du mois d'août et la première fois Mellinette me donne des chaussettes, j'ai des sandales très ouvertes et des chaussette rayées très hautes et des foulards pour lutter contre le froid inattendu sur le plateau Vivarais-Lignon.

Mes étés, un sur deux, c'est avec Lorenzo, le reste du temps seule et c'est le trac sous l'arbre, le grand, qui est tombé il y a peu. Tandis que sur les chaises il y a Monique, la dame qui souffre d'entendre trop, Jordane devenue si proche, ceux, nombreux, qu'on retrouve, les autres.

Il y a le lac de Devesset et le confiseur de Cheyne, Simon et Solène, Isabelle Damotte et Jean Pierre Fourié. Jordane, Marie et Maël.

Mes étés c'est, un sur deux, savoir que la solitude d'écrire parfois s'interrompt, que cette interruption a du sens, donne l'enthousiasme.

Partout autour de l'arbre, il y a la gentillesse et ce n'est pas un mot au rabais.

Il y a, permise par ce genre d'organisation qu'auteur invité ou participant on devine sans voir, une grande bienveillance. Quelque chose qui roule et se discute et pourtant tout le monde n'est pas d'accord et pourtant tout le monde n'est pas facile.

A quoi ça tient ?

Ça fait 10 ans que je me pose la question et 10 ans que ça me rend bien exigeante, partout ailleurs.

Ça tient au fait qu'ici on pense pour de bon ce que peut ou pourrait être l'économie lente de la lecture, son partage. Le rapport au livre. On le pense sans aucun entre-soi. On le pense en lien avec nos façons de vivre et l'environnement. On donne du soin aux actes du quotidien. Un soin égal à la musique, aux repas, à la poésie, aux auteurs, aux bénévoles qui permettent les journées, aux lecteurs.

Ça tient à Jean-François Manier et Martine Mellinette. À Florence Buti.

On est chez soi, dans la maison des auteurs et des lecteurs. On est sous un bon toit. Le toit que fait l'arbre pendant les lectures. C'est un nouvel arbre, maintenant, un petit bouleau. Il commence à bien pousser."

Marie Cosnay, écrivain

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