"Le ver à soie marqué d'un point noir" par l'auteur coréenne Ra Hee-duk

Les poèmes de Ra Hee-duk invitent le lecteur à saisir l’étrangeté du quotidien. Dans "Le ver à soie marqué d’un point noir", un arbre avale un oiseau, un serpent pleure, un passant revêt un habit de cendres blanches. La puissance de cette poésie tient dans cette reconnaissance incertaine du monde, dans ce vacillement des impressions.

이따금 봄이 찾아와


내 말이 네게로 흐르지 못한 지 오래 되었다


말은
입에서 나오는 순간 공중에서 얼어붙는다
허공에 닿자 굳어버리는 거미줄처럼


침묵의 소문만이 무성할 뿐
말의 얼음조각들이 여기저기 흩어져 있다
이따금 봄이 찾아와


새로 햇빛을 받은 말들이
따뜻한 물 속에 녹기 시작한 말들이
들려오기 시작한다, 아지랑이처럼
물 오른 말이 다른 말을 부르고 있다


부디,
이 소란스러움을 용서하시라

 

Parfois le printemps me rend visite


Depuis longtemps mes mots ont cessé de couler vers toi


Les mots
à peine sortis de ma bouche gèlent aussitôt dans les airs
comme une toile d’araignée qui se pétrifie dans le vide


Seule la rumeur du silence se répand
et les débris glacés des mots se trouvent éparpillés


Parfois le printemps me rend visite
Les mots exposés aux rayons nouveaux du soleil
les mots qui fondent et ruissellent, je les entends de nouveau
Dans une brume de chaleur
les mots remplis de sève en appellent d’autres


De grâce,
pardonnez-leur ces turbulences

 

*

 

버려진 화분


길가에 버려진 화분이여


한줌 흙 대신 차라리
우글거리는 이 가슴을 받아라


네 속에서
벌레들이 싹틀 것이다

 

Un pot de fleurs jeté


Ô pot de fleurs jeté au bord de la route


Reçois mon coeur grouillant
plutôt qu’une poignée de terre


Dans ton ventre
les vers vont germer

 

*

 

새를 삼킨 나무


가슴 붉은 새 한마리가
휙, 내 앞을 지나 숲으로 들어간다
저녁 하늘에 선명하게 남은
붉은 빛, 그 빛을 따라
방금 그 새가 앉은 나무에게로 걸어간다
분명히 날아오른 기척이 없었는데
조심스레 다가가 올려다보니
새가 사라졌다


아, 검은 입으로 새를 삼킨 나무


새의 눈동자만 같은
붉고 마른 열매
부리로 제 옆구리를 콕콕 쪼는 소리
낮게 우는 나뭇가지들


그 새―나무 그늘에 아무리 앉아 있어도
끝내 나를 삼켜주지는 않고
어둠만 어둠만 밀려와
닫혀진 문 앞에서 나 오래도록 서성거리고

 

L’arbre qui a avalé un oiseau


Un oiseau à la gorge rouge
file comme un trait devant moi et entre dans la forêt
Vive lueur rouge
dans le ciel du soir, en suivant ce feu
j’avance vers l’arbre où vient de se poser l’oiseau
Il n’a pas repris son envol, j’en suis sûre
Pourtant, m’approchant doucement, quand je lève les yeux
l’oiseau n’est plus là


Ah, de sa bouche noire l’arbre l’a englouti !


Baies rouges et sèches
comme les prunelles de l’oiseau
Et bruit de picotage dans le bois
Branches d’arbre qui sanglotent tout bas


J’ai beau rester assise longtemps à l’ombre de l’arbre-oiseau
il ne daigne toujours pas m’avaler
Seule l’obscurité, cette obscurité m’envahit
et je fais les cent pas longuement devant sa porte fermée

 

le-ver-a-soie

 

RA HEE-DUK

Ra Hee-duk est née en 1966 à Nonsan, en Corée du Sud. Elle a publié sept recueils de poèmes et quatre essais. Plusieurs distinctions parmi les plus prestigieuses lui ont été décernées dans son pays. Elle enseigne actuellement la littérature coréenne et l’art d’écrire à l’université de Chosun à Gwangju (Corée du Sud).

 

KIM HYUN-JA

Kim Hyun-ja est née à Séoul. Elle a collaboré à l’édition de la Pléiade des œuvres complètes de Jules Supervielle. Elle a traduit de nombreux poètes coréens et contribue à présenter la poésie coréenne dans diverses revues telles que Po&sie, Europe, Résonance générale et meet.

 

 

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