L’écologie bien ancrée en banlieue et en Ile-de-France

Un article pointait que les « écolos » étaient « hors sol » loin des centres des grandes villes. L’écologie en banlieue ne peut se résumer à ce constat. Nous souhaitons vous raconter d’autres histoires et affirmer la nécessité de faire un pas supplémentaire, pour mettre en oeuvre un véritable tournant social et écologique, à une échelle nouvelle, en Ile-de-France.

Un article paru dans Libération le 9 février 2020* citant EELV, pointait que les « écolos » étaient « hors sol » en banlieue et que les militants manquaient loin des centres des grandes villes. Pour autant, l’écologie en banlieue, proche et lointaine, ne peut se résumer à ce constat. Nos villes et territoires d’Ile-de-France fourmillent d’initiatives et d’acteurs de terrain qui se battent pour donner un peu d’air et un peu de vert aux habitants de nos territoires, carencés en la matière. Nous sommes des écologistes enracinés dans les territoires populaires et nous souhaitons vous raconter de toutes autres histoires …

Nous vous racontons l’histoire de la défense de la forêt de Romainville menacée par un projet régional d’ « Ile de loisirs ». La mobilisation est lancée dès 2011, elle fait l’objet de recherches, puis d’un appel d’éminents paysagistes et urbanistes paru dans Libération en juillet 2018 pour préserver cette forêt unique à 2 km de Paris. Elle se poursuit par une pétition qui recueille aujourd’hui 32 000 signatures**. Elle occupe pendant deux mois, le terrain face aux bulldozers et aux tronçonneuses pour tenter d’empêcher l’abattage de plus de 700 arbres. Elle rejoint l’une des grandes marches pour le climat. Elle investit le débat du Schéma de Cohérence Territorial du Grand Paris et du Plan local d’urbanisme intercommunal d’Est Ensemble. Elle fait l’objet de vote de soutien des conseils municipaux des villes limitrophes. Elle se déploie dans une procédure inédite de médiation juridictionnelle, toujours en cours, pour aboutir à la protection des 20 hectares de forêt restants. Dans cette histoire, se croisent des associations, des citoyens, des élus, des artistes, des chercheurs chevronnés, des avocats engagés et de jeunes activistes. Voici donc une démonstration, si ce n’est de force, en tout cas de présence et de vivacité, pour défendre la biodiversité, au cœur d’un des départements les plus urbanisés de notre pays.

Nous vous racontons aussi l’histoire de la reconquête publique de l’eau, entamée il y a dix ans à Est Ensemble par une mobilisation d’associations, de citoyens et d’élus, multipliant les initiatives, sous une dizaine de formes différentes, politiques comme artistiques, qui s’était conclue à l’époque par un retour dans le giron du Syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF) et de Véolia. Une histoire réouverte en 2017 avec le refus cette fois du territoire Est Ensemble de rejoindre le SEDIF et accélérée en 2019 par le succès d’une votation citoyenne dans plusieurs villes. Une mission de préfiguration de la gestion publique a été créée, un ingénieur en chef recruté en ce début d’année. Au-delà des étiquettes partisanes, l’écologie s’inscrit dans la durée et devient prescriptrice de politiques publiques inattendues. Elle nécessite de l’expertise citoyenne pour convaincre sur le fond, elle passe par la recherche constante de leviers politiques pour peser sur les décisions, elle relie de nombreux acteurs, bref c’est l’histoire d’un renouveau culturel et politique en construction.

Il y a également cette histoire, de type David contre Goliath, dont des cinéastes documentaristes veulent s’emparer : celle du groupe AUCHAN et de sa filiale immobilière IMMOCHAN, allié au consortium WANDA, qui veulent faire de 80 hectares de terres agricoles de très bonne qualité, sur le Triangle de Gonesse, un complexe touristique EuropaCity avec, à la clé, des promesses d'emplois et de fréquentation pharaoniques. Face à cette mystification, des associations locales se regroupent pour former le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG). Leur mobilisation est de tous les instants ; lors des réunions publiques, sur la communication, sur le terrain juridique, sur la mobilisation de forces vives de l’économie sociale et solidaire, et sur la mise au point de contrepropositions répondant aux besoins du territoire, sur le long terme. C’est le projet CARMA (Coopération pour une Ambition agricole, Régionale et Métropolitaine d’Avenir), projet liant agroécologie, alimentation durable et santé pour tous. En novembre 2019, la nouvelle tombe; le Président Macron annonce l’abandon du projet. Même si la bataille n’est pas encore gagnée. Rien n’est acquis définitivement concernant l’arrêt de l’immense ZAC de bureaux prévue (alors que de nombreux bureaux sont vides en région parisienne !). Néanmoins, la dynamique en marche est du côté de CARMA. Les forces vives économiques et sociales se libèrent peu à peu des doctrines du passé et sont de plus en plus sensibles aux exigences de la transition écologique. Ce combat est exemplaire à plus d’un titre, en particulier parce qu’il traite de l’aménagement des espaces métropolitains péri-urbains, des équilibres à trouver entre les territoires et des relations villes-campagnes, dans l’optique d’une autonomie alimentaire indispensable, à conquérir.

Ces exemples très différents et mille autres encore - pour des cuisines scolaires de qualité; pour gérer les déchets de façon vertueuse ; pour préserver les arbres, les sols et les espaces publics face à l’urbanisme spéculatif ; pour chercher des solutions à la pollution de l'air et des sols, pour implanter une bergerie au pied d'immeubles, (etc.) - montrent que l’écologie est bien ancrée dans nos villes et territoires, et que de nombreux combats en sont issus.

C’est une histoire longue qui ne se laisse pas enfermer dans le temps électoral. Elle pèse déjà sur les politiques publiques et infléchit les décisions. Elle compte de nombreux acteurs, souvent issus de la société civile et souvent anonymes, qui oeuvrent sur le temps long. Elle produit des résultats concrets pour le quotidien de tous et montre qu’une autre société plus durable et plus équitable, peut se construire. Aussi l’ordre du jour des municipales n’est pas de constituer des listes de témoignages en faveur de l’écologie, ce train est déjà passé. Il est de faire un pas supplémentaire en rassemblant les compétences pour mettre en oeuvre rapidement un véritable tournant social et écologique, à une échelle nouvelle, en Ile-de-France.

 

 

Un texte de Jean-Claude Oliva, Directeur de la Coordination Eau Île-de-France, candidat sur la liste Bagnolet écologique et solidaire & de Julie Lefebvre, Collectif citoyen et associatif pour la Forêt de Romainville, candidate sur la liste citoyenne Autrement à Romainville

 

*https://www.liberation.fr/france/2020/02/09/quartiers-populaires-les-ecolos-hors-sol_1777806

**https://www.change.org/p/sauvons-la-for%C3%AAt-de-la-corniche-des-forts-%C3%A0-romainville

 

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