Pour adapter nos territoires, inversons les logiques décisionnaires

Les collectifs, professionnels et scientifiques engagés pour l’environnement alertent chaque jour sur les mesures nécessaires pour préparer l'avenir, exiger plus de sobriété et de respect des écosystèmes. Nous avons des ressources qu’il faut mutualiser pour adapter ensemble, nos territoires, mais il faut faire évoluer les logiques et permettre l’adaptabilité des projets sur le long terme.

Les collectifs citoyens et associatifs, engagés dans la défense des arbres et de l’environnement alertent chaque jour, sur les mesures urgentes et indispensables qui s'imposent pour enrayer l'artificialisation des sols, ralentir la chute des espèces et préparer l'avenir de tous, en garantissant la préservation indispensable des sols, des nappes phréatiques, de la faune et de la flore.

Des disparités et de la complexité, mais aussi des ressources !

À Gonesse, Strasbourg, Roybon, pour ne citer que ces exemples, des sols précieux sont artificialisés pour des projets, dont l’utilité sociale et le modèle économiques sont contestés avant le début des travaux. Le Parc Naturel du Vexin est menacé par une nouvelle cimenterie alors que la construction de logements dépasse l'évolution démographique, que de nombreux mètres carrés de bureaux sont vides et que d’autres solutions existent. L'impact global et les incidences à long terme de ces projets sont éludés. De plus, beaucoup impliquent l'abattage irréversible d’arbres matures, dont les apports écologiques, sanitaires, esthétiques (etc.) sont avérés.

Au sein de nos associations, nous recevons des alertes de Condom, Romainville, Marseille, Orly, Eaubonne, Gien, Gagny, Taverny, Gap, Gagny, etc. Pourtant, les arbres d'alignement sont protégés par l'article L 350 – 3 du Code de l’Environnement et la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages indique qu'il faut en priorité Éviter, ensuite Réduire, en dernier recours Compenser. Dans les faits, certains responsables et aménageurs ignorent ces dispositifs, suivis par les services de l’Etat, et les mécanismes de la compensation dysfonctionnent1.

Pour les citoyens, il est insoutenable d'assister au ballet des bulldozers et des tronçonneuses qui, en quelques heures, abattent un patrimoine végétal irremplaçable, alors que les jeunes arbres replantés sont fragiles et que les toits végétalisés ne compenseront jamais cette perte. Les villes résilientes seront arborées et créatives. Certaines avancent depuis de nombreuses années dans cette direction et chérissent leurs arbres, surtout dans les pays anglo-saxons. La France est en retard même si plusieurs collectivités et grandes villes montrent l'exemple. De nombreux professionnels et scientifiques se mobilisent pour exiger plus de sobriété dans l'utilisation des ressources et plus de respect des écosystèmes. Ils ont des solutions qu’il faut mettre en œuvre et mutualiser, avec la même exigence, partout. Nous avons des ressources !

Travailler ensemble pour préserver les biens communs

Au sein de nos collectifs et associations, nous ne défendons pas nos intérêts privés mais des intérêts communs. Nous passons des jours et des nuits pour mobiliser, partager nos connaissances et respecter les multiples procédures administratives et juridiques, parfois contradictoires. Le découpage des autorisations, les dérogations pour la destruction d’espèces, les conditions inégales de la concertation et l'absence de contrôles vraiment indépendants permettent souvent de passer outre la voix des citoyens et empêchent d'avoir une vision globale des enjeux.Cette complexité encourage l’opacité et la prédation sur ce que nous aimons et sur ce qui nous permet juste de respirer, de manger, de boire et de nous adapter. Pourtant, le financier Jeremy Grantham3 – qui sera peut-être plus écouté que les simples citoyens - est clair. Sans mesures fortes, l'Europe sera vulnérable au dérèglement climatique car ne disposant pas des ressources en eau et en terre suffisantes.

Malgré les déclarations, les possibilités de recours, les contrôles externes et l'« intérêt à agir » des associations sont réduits en France, affaiblissant ainsi l'émergence de solutions partagées pour parer aux injustices sociales et environnementales qui vont de pair. Il est alarmant que, dans la majorité des mobilisations, la seule réponse soit la judiciarisation et l’érection de barrières de protection des chantiers toujours plus hautes, alors que certains pays européens mettent en place des médiateurs pour les accompagner. Il est préoccupant que la négociation ne soit possible, qu’exceptionnellement, après des années de recours et de lutte, à l'issue parfois dramatique.

Nous avons besoin, tels les arbres, de nous relier, de mettre nos forces en commun et de travailler tous ensemble, pour affronter pacifiquement les changements en cours.

 

Des mesures concrètes, à portée de main

Aujourd'hui, il est demandé aux décideurs, à tous les échelons et quelle que soit leur orientation politique, de prendre la mesure de l’urgence, de mettre en place la cartographie des écosystèmes et le classement effectif des arbres d'alignement dans tous les documents d’urbanisme. Un moratoire sur leur abattage et sur l'artificialisation des espaces naturels, agricoles et publics est essentiel. ll est également nécessaire de changer les cadres contractuels et législatifs pour permettre la réversibilité, l’adaptabilité et le suivi des projets sur le long terme. Ces mesures sont gratuites et à portée de main. À l'exemple des arrêtés anti pesticides, les citoyens attendent ces décisions concrètes. A plus long terme, il faut renforcer les dispositifs de protection et l’instauration de droits à la Nature au niveau européen.

Enfin, il est essentiel que tous les citoyens, dont les professionnels, s’organisent dès maintenant – ce qui est en train d'émerger - pour agir et prendre la relève dans les associations, pour soutenir ceux qui alertent, pour imaginer des solutions et des financements civils4 afin de préserver les biens communs. Chacun peut agir à son niveau et à sa manière, pour prendre soin de la Terre et des arbres.

 

  1. « Biodiversity offsetting : Certainty of the net loss but uncertainty of the net gain »/« Biodiversité : certitude de la perte nette mais incertitude du gain net » citée par Reporterre – 6 septembre 2019
  2. Manifeste pour une frugalité heureuse & créative 2018
  3. Les Échos 23 août 2019
  4. sur le modèle des trusts anglo-saxons

  

Oeuvre d'un street artiste qui laisse ses empreintes poétiques sur le sol romainvillois Oeuvre d'un street artiste qui laisse ses empreintes poétiques sur le sol romainvillois

 

 

 

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