Camps de réfugiés et droit d'asile.

Un article du Diplo. intitulé "Quand le droit d'asile mobilisait au nom de la République" (Anne Mathieu) dénonce le sort réservé aux étrangers, indésirables, proscrits avant la seconde guerre mondiale. En parallèle, un article d'un hebdomadaire du Pas-de-Calais retraçant la démolition à la pelleteuse d'un camp de réfugiés, durant les vacances de Noël ...

Dans un très bel article du Diplo du mois, intitulé « Quand le droit d'asile mobilisait au nom de la République », Anne Mathieu cite  Magdelaine Paz qui « vilipende en mai 1936 le « sentiment de xénophobie répandu par la grande presse empoisonneuse ».

Par la suite un des articles d'une série de décrets-lois (ordonnances) de mai 1938 dispose : « Tout individu qui par aide directe ou indirecte aura facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d'un étranger sera puni ... ». La peine prévue est d'une amende de 100 à 1000 francs, et d'un emprisonnement d'un mois à un an.

Tiens, tiens …

En réaction, Magdelaine écrit donc une lettre ouverte au ministre de l'Intérieur de l'époque, A . Sarraut, radical-socialiste (qui votera la remise des pleins pouvoirs à Pétain) :

« C'est à vous que je parlerai, monsieur le ministre de l'intérieur, puisque votre signature figure au bas de l'acte réglementaire qui, pour une multitude d'hommes, représente l'arrêt du destin. »Elle conclut : « Je fais partie de ces individus que rien au monde n'empêchera de porter une « aide directe ou indirecte » aux réfugiés et aux proscrits. Je suis de vieille souche française, monsieur le ministre, j'obéis à une tradition que j'ai reçus en naissant : si c'est être rebelle que d'offrir au proscrit une place au foyer d'asile, comptez-moi parmi les rebelles ».

 

On connaît le sort réservé – actuellement – à Cédric Herrou, l'agriculteur de la vallée de la Roya et à ses amis. Nos gouvernants savent quelles traces ils suivent.

 

« L'indépendant du Pas-de-Calais », un hebdomadaire local de « Hauts de France », titre à la une cette semaine : « La fin du camp de Tatinghem » « Mercredi, une pelleteuse a rasé les installation de fortune ». Depuis près de 10 ans, ce camp hébergeait des réfugiés, essentiellement afghans. « Mercredi, il n'en restait plus rien ». Ce sont des élus locaux qui ont demandé à l'Etat d'agir, en premier lieu Bertrand Petit, élu local du parti socialiste, qui a agi ainsi « avant tout parce que les conditions de vie dans ce camp n'étaient pas bonnes, pas dignes d'êtres humains ».

Faut-il le remercier ?

Une grande partie des réfugiés a été conduite dans un centre d’accueil pour examen de situation. L'autre qui s'était réfugiée dans les bois alentour durant la nuit, a été recherchée par les gendarmes. « Ils seront placés en garde à vue. Si rien ne leur est reproché, ils seront relâchés » explique le sous-préfet dans l'article de Frédéric Berteloot.

Au delà du juridisme farfelu (ils n'ont peut-être rien fait, mais sont mis en garde à vue, dit un sous-préfet, et non un procureur ; domiciles démolis à la pelleteuse à Noël), c'est la gravité de tels actes accomplis sous couvert de la loi, à la demande d'élus socialistes, qui est à dénoncer.

Magdelaine n'est plus là, mais sa lettre pourrait resservir.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.