"C'est la rue qui a abattu les nazis" Jean-Luc Mélenchon. Deuxième épisode.

Après la récupération d'armes, l'aide à l'évasion de prisonniers de guerre favorise la mise en place d'embryons de réseaux clandestins.

Sources identiques.

 

"L'aide à l'évasion des prisonniers de guerre, pendant cette période, répond aux mêmes objectifs : soustraire des hommes à l'ennemi pour pouvoir reprendre le combat. Dès leur reddition, la Croix-Rouge, mais aussi des comités d'aide aux prisonniers de guerre comme en Loire-Inférieure leur font parvenir des colis de vêtements, d'alimentation. C'est souvent par ces relais que se réalise cette aide à l'évasion : à ce moment de la guerre, il leur est relativement facile de s'évader dans une France en décomposition et alors qu'ils sont entre les mains de vainqueurs submergés par le nombre de prisonniers. La première aide efficace à leur fournir, ce sont des vêtements civils pour se fondre plus aisément dans la population; ensuite, s'ils désirent vivre dans la légalité, il leur faut être démobilisés et pour cela arriver en zone sud d'où ils peuvent renter chez eux sauf s'ils sont originaires de la "zone intermédiaire". A chaque étape, des hommes et des femmes sont intervenus pour les aider, créant un embryon d'organisation. Là encore, la mise en place est rapide et concomitante à la multiplication des redditions : elle a lieu dès le début du mois de juin, quand ce n'est pas plus tôt, mais toutes les phases ne sont pas mises en place en même temps, ne serait-ce que parce que la ligne de démarcation n'existe qu'après l'armistice.

Avec la signature de l'armistice et la multiplication des contrôles, il devient nécessaire de fournir aux prisonniers de guerre qui s'évadent une aide plus sophistiquée, dont la fourniture de faux papiers. Dès lors, on aboutit très vite à un autre type de structure. Les premières aides pour favoriser l'évasion des prisonniers sont très individuelles; comme pour la récupération d'armes, il s'agit de permettre la poursuite des combats. Acte réflexe, mais aussi patriotique et de solidarité; avec la signature de l'armistice, cette action fait entrer dans l'illégalité. On retrouve aussi la notion de désobéissance. Cette fois, cependant, on assiste à la mise en place de véritables filières d'évasion plus ou moins rodées qui se structurent : on passe de l'acte individuel, inorganisé, à une action organisée et clandestine, en somme à la formation des futurs réseaux clandestins d'évasion. Si les fondateurs de ces filières n'en sont pas à imaginer leur avenir, la législation de l'occupant et celle du gouvernement de Vichy se chargent peu après de forger des clandestins par force : les Juifs, les prisonniers de guerre évadés, les aviateurs alliés tombés en cours de mission, etc. ces aides aux prisonniers évadés sont plus porteuses d'avenir que les récupérations d'armes parce qu'elles nécessitent d'emblée un début d'organisation, destinée par nature à durer, même si son usage n'est pas encore défini. En ce sens elles appartiennent à une résistance pré-organisationnelle. On a là un mélange d'improvisation et de prévoyance qui caractérise bon nombre d'actions résistantes."  

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