"C'est la rue qui a abattu les nazis" Jean-Luc Mélenchon. Dixième épisode.

La résistance s'organise aussi dans les camps de prisonniers.

Résistance dans les camps de prisonniers de guerre : article d'Yves Durand.

"1,6 millions de prisonniers de guerre français vivent enfermés dans des camps ou des kommandos de travail en pays ennemi. Privation de liberté et surveillance constante limitent les moyens d'action de ceux qu'anime l'hostilité à leur détenteur allemand et au régime de Vichy. La précocité d'actions organisées de résistance est cependant attestée. Une telle organisation est signalée par un rapatrié dès le 23 juillet 1941 au stalag XIB (Fallingbostel). Une officine de faux papiers permet le rapatriement de faux malades, faux pères de famille nombreuse ou anciens de 1914-1918; une filière d'évasion permettrait  aux évadés de gagner la France, à condition de s'engager à rejoindre les troupes gaullistes (témoignage du 24 mars 1942). Du matériel de propagande reçu dans des colis dissimulés au contrôle allemand est distribué dans les kommandos. Les animateurs du groupe (Ulmann, Bonnet, Le Moign', Delarue, Caillau) sont installés aux points clés de l'administration du camp. Leurs opinions vont des communistes aux démocrates chrétiens. Seul classé à droite, Michel Caillau est un neveu de De Gaulle.

Autre activité de propagande signalée dès 1941, celle des communistes du stalag VB (Villigen), avec Raymond Bossus, ex-conseiller municipal de Paris. Les officiers communistes de l'oflag IVD luttent contre le pétainisme ambiant autour du biologiste Marcel Prenant (nommé chef d'état-major Francs-tireurs et partisans après son rapatriement comme ancien de 1914-1918); à partir de 1943, avec Rémy Boutavant, futur député de Saône-et-Loire, ils fabriquent  - sur maquette en linoléum - et diffusent un organs résistant, Espoir.

Lutte contre la collaboration et le pétainisme ainsi que diffusion de nouvelles captées sur des postes radio clandestins sont organisées à partir de 1943 dans la plupart des camps. Inquiets de voir grandir cet esprit résistant, les Allemands regroupent au camp de représailles de Lübeck les officiers considérés comme deutschfeindlich ("ennemis de l'Allemagne"). Autres victimes de l'internement en camps de représailles : les sous-officiers réfractaires au travail, internés à Kobierzyn.

Les officiers résistants de l'oflag XVIIA utilisent "les  méthodes contondantes" (rapport du capitaine Bouchoud, chef de ce groupe résistant) contre leurs codétenus volontaires pour le travail et contre les mouchards et "collaborationnistes". Ils organisent des "manifestations type Front populaire" (rapport à Scapini d'un officier pétainiste) et établissent des liaisons avec des résistants autrichiens et des médecins français à Vienne. La répression s'bat sur les uns et les autres en septembre-octobre 1944. Condamné pour espionnage le 2 décembre 1944, par exemple, le lieutenant Petchot-Bacquet du stalag XVIIIA est mort à Mauthausen. 

A la Libération, en avril 1945, des groupes de résistants constitués sur le modèle "Front populaire" peuvent prendre en main l'administration de la plupart des camps."

   

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