Faute de penser le monde, l'organisation n'est rien

D'anciens militants de LO parlent de leur passé militant, de l'ordre hiérarchique, de la soumission, de la domination, bref de l'organisation, de ses limites sectaires dont ils se demandent encore maintenant si la transmission du militantisme révolutionnaire en valait la peine. Critique d'une génération qui a mené ses militants sinon à la mort au moins à la désespérance.

En guise de réponse à cette entreprise là

https://blogs.mediapart.fr/etapegrand-angle-libertaires/blog/230617/sur-la-domination-dans-les-organisations-emancipatrices-le-cas-de-lutte-ouvriere

dont la source est ici

 http://www.grand-angle-libertaire.net/lutte-ouvriere-emancipation-et-domination-dans-une-organisation-politique-elements-dauto-analyse-cooperative-et-critique/

L'angoisse de ne plus être parmi les vivants amène à ce regroupement d'anciens combattants discutant à l'infini de ce qu'ils n'ont pas fait assez bien ou assez résolument pour que la génération suivante hérite d'un espoir qui lui serait dû.

Le plus tragique de cette petite histoire dans la grande consiste, pour des militants qui se réclament de Marx et de Trotski, à réduire le questionnement à l'organisation et de refuser d'accepter que les conditions de lutte ne se prêtaient à rien sauf à ces luttes d'entretien de la classe ouvrière comme telle par le biais d'une solidarité remettant de l'humanité dans des conditions d'exploitation le permettant encore.

Incapables de penser que le partage du monde en deux blocs avait pour conséquence directe l'impossibilité de tout changement en amérique du sud, les dirigeants de la lcr ont mené à une mort tous ses militants locaux.

Incapable de penser le mouvement du monde lo excluait tous ceux qui rationnellement envisageaient la chute de l'urss et donc ses conséquences et donc notre monde qui à partir de 1978-1979 se réorganisait autour du libéralisme auto défaiseur des protections sociales, (j'entends encore ce "ils n'oseront jamais" d'une du CC,) 

Si les intellectuels éclairant l'état et le devenir du monde capitaliste ont été virés c'est justement parce qu'ils fondaient objectivement pour la première fois dans l'histoire de la lutte de classes l'inanité d'agir alors que la démonstration était faite qu'hors les erreurs et les errements le militantisme révolutionnaire permettait de renverser le pouvoir. De ce refus de partir des conditions objectives de lutte, il en est résulté pour ces organisations soit un volontarisme à contre courant soit l'idée qu'une révolution était en germe à chaque réorganisation de pouvoir, comme lors de la mort de franco, voyant dans tout événement local les prémisses d'un bouleversement plus général de l'ordre capitaliste. A force de se heurter à une réalité contrariante à l'est comme à l'ouest au nord comme au sud restait, faute de savoir penser, restait la transmission mythologique d'une pratique révolutionnaire qui ne pouvait pas avoir échoué.

Une génération engagée et solidaire des plus exploités ne peut survivre sans espoir et parce qu'elle prétend être la tête éclairante du mouvement ouvrier ne peut désespérer Billancourt.

Plutôt que de reconnaître que personne n'y pouvait mais, au moment de disparaître, cette génération se demande quelles erreurs elle a pu commettre, foulant aux pieds et passant par dessus bord tous ceux qui plutôt que de penser l'immédiateté ont cherché à identifier par comparaison historique au travers de l'histoire longue quels étaient les invariants et les constantes des forces de ce puissant et nouveau système qu'ils voyaient naître sous leurs yeux quels en étaient les moteurs du moment et quelles représentations politiques exprimaient ses tendances. Bref les conditions du possible et du système et de son renversment.

Une rencontre récente m'a éclairé sur les militant Lo actuels, ce qui est nouveau c'est leur liberté et leur capacité de penser le monde au moins à l'extérieur, ce qui est invariant c'est que fins analystes de l'interfaçage homme-système ils se prétendent révolutionnaires mais ne sont pas dans l'interaction, attendant que les choses arrivent et se déroulent pour intervenir.

Les élections à ce titre ont été un bel exemple, un seul candidat de gauche pouvait susciter la manifestation claire et nette du mur de l'argent et plutôt que d'appeler à voter pour ce puissant révélateur du conflit entre capital et travail dont l'impuissance réformiste de gauche pouvait ouvrir une période d'agitation conflictuelle mais fructueuse contre le totalitarisme anti ouvrier du système, Lo et d'autres ont préféré appeler à un vote témoignage, renonçant à créer les conditions d'un combat unificateur des forces sociales de notre pays.

Spectateur contemplatif de notre existence, le discours radical de ces organisations a pour fonction de se donner bonne conscience et ne prétend pas ou plus à l'engagement révolutionnaire. S'engager à Lo c'est comme s'engager dans une organisation humanitaire, il s'agit de panser les plaies de l'impérialisme financiaro-industriel mondialisé et non de créer des périodes d' instabilité en jouant de ses contradictions pour le renverser.

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