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Le Club de Mediapart mer. 10 févr. 2016 10/2/2016 Édition du matin

Vive les souverainistes!

Ben oui : les souverainistes, comme leur nom l'indique, défendent la souveraineté du peuple.Et la démocratie doit faire en sorte que la volonté du peuple soit et demeure souveraine.Au fond, les souverainistes sont les forces vives de la démocratie.

Ben oui : les souverainistes, comme leur nom l'indique, défendent la souveraineté du peuple.

Et la démocratie doit faire en sorte que la volonté du peuple soit et demeure souveraine.

Au fond, les souverainistes sont les forces vives de la démocratie.

Je le sais bien, on me dira que, de nos jours, les souverainistes forment un groupuscule qui rassemble avec peine quelques soutiens médiatiques et électoraux. Et qu'en plus ce sont des ronchons jamais contents et qui n'ont cessé de prévoir une crise économique et politique que l'on attend toujours!(?)

Mais c'est là qu'est l'ennui : lorsqu'on y réfléchit, il n'est pas normal que si peu de gens se soient faits les défenseurs de la souveraineté du peuple.

Plus précisément, que certains aient accepté ce nom de "souverainistes", c'est compréhensible pour les raisons précédentes; mais que les autres, tous les autres, le refusent, préférent n'être pas souverainiste et considère même ce terme comme une marque de ringardise et de ridicule, voilà qui est particulièrement inquiétant.

Et voilà qui établissait, de fait, un clivage, que dis-je un clivage? un gouffre, entre les uns et les autres.

 

Ce gouffre, nous avons pu l'observer concrètement après le réferundum de 2005. Et nous pouvons encore le constater à la réaction de l'Elysée (et de bien d'autres à gauche comme à droite, soyons-en sûrs) à la décision du gouvernement grec de soumettre à la décision du peuple le nouveau plan de sauvetage - c'est-à-dire essentiellement l'installation à demeure de la troïka pour mettre sous tutelle plus étroite la politique suivie ("pillule" qui devra être avalée, sous pretexte de pouvoir baisser ses obligations de 50%).

 

Nous mettons longtemps à nous en rendre compte, tant cela semble inoui.

Mais il faut se rendre à l'évidence : beaucoup d'entre nos élites ne sont pas ou ne sont plus réellement démocrates. Ils ne font plus confiance au peuple, ils ne croient plus en la possibilité du peuple de prendre de bonnes décisions (pour le capital mondialisé, notamment) et l'Europe a été et est toujours pour eux un moyen de le déssaisir du pouvoir peu à peu.

 

L'opposition n'est donc plus entre la gauche et la droite depuis longtemps; mais entre les démocrates et ceux qui sont pour une sorte d'oligarchie technicienne libérale et "progressiste", qui prendra les bonnes directives en consultant l'opinion du peuple, éventuellement, sur les sujets secondaires et "pas trop complexes", sans toutefois faire de cet avis une décision définitive.

L'opposition n'est plus entre gauche et droite. Ou plus exactement, nous sommes revenus à une opposition ancienne entre démocrates et anti-démocrates, entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires, qui s'imaginent sans doute être plus modernes en se pensant "post-démocrates".

S'il faut utiliser à nouveau ces termes de gauche et de droite, en leur redonnant un sens véritable et radical, ce doit être alors pour désigner cette alternative rendue invisible à cause du jargon politique ordinaire : la vraie gauche est celle des démocrates (ce petit nombre qui acceptera d'être dénommé souverainiste) et la vraie droite, celle des post-démocrates, qui préfère les réglements de Bruxelles au vote du peuple.

 

Il est difficile et même pénible d'avoir à l'admettre. C'est difficile, car l'Idéologie est là, qui masque par ses mots la réalité des forces en présence. Mais surtout, cela est pénible : comment peut-on penser avoir été et s'être soi-même si longtemps trompé? Et comment penser que tant de monde put (s')être trompés?

Malheureusement, l'histoire nous a montré d'autres époques, pas si lointaines, où des sociétés entières, possédées par un Idéal, marchèrent en réalité vers l'abime.

 

Je sais bien que l'on pensera que je suis excessif. Après tout, la mise en place progressive d'une dictature soft, est-ce encore une dictature?

Oui.

 

Evidemment, tout n'est pas encore effectif. La transformation est progressive - mais assurée : "on n'arrète pas le progrès!"

Et l'on peut tout à fait ne rien changer les discours, il suffit que les mots aient changé de sens.

Le territoire de l'Empire de Rome était encore désigné comme territoire de la République. Il y avait toujours des consuls. S'était "seulement" ajouté au dessus un autre citoyen, le premier d'entre tous, réel possesseur du pouvoir (Princeps, Imperator).

De même, il y aura toujours, sans doute (ce serait idiot de faire autrement) un président de la république et des députés nationaux. Se seront "seulement" ajoutés au-dessus quelques autres "citoyens", premiers d'entre tous, réels possesseurs du pouvoir.

 

Aujourd'hui, les peuples ont encore des moyens d'agir relativement pacifiques.

Alors peut-être est-il encore temps d'arrêter "la marche", qui conduit déjà d'impasses en impasses, avant que d'autres solutions deviennent les seules disponibles.

 

 

 

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"Ils ne veulent pas reconnaitre qu'ils se sont (ont été) trompés".

Peut-être savent-ils qu'ils se sont trompés. Mais comment reconnaître que leurs idéaux, leurs moyens de subsistance, reposent, malgré eux, sur les nouvelles générations.

Ô combien je suis d'accord sur les entités identifiées. Si l'on pouvait seulement repenser le temps. Les europhiles de maintenant enterrent l'entente des peuples au nom d'un modèle qui permet aux prétendants des plus hautes fonctions de s'affranchir de la lenteur de la démocratie, du peuple à choisir, y compris ses "intellectuels" dans le sens le plus noble du terme, à réfléchir à un modèle de solidarité, comme les économistes attérés, de la détresse des jeunes Espagnols, Portugais, Grecs, Irlandais.

La fracture, cette divine ligne entre le mal-être et le bien-être peut advenir très tôt, une fois pompée l'absence de revenu d'une classe de petits possédants. Les pensions divisées par trois, les salaires, sur lesquels sont encore appuyés la solidarité européenne divisée par deux, comme en Grèce... Pourquoi croire que nous y échapperons... L'aveuglement de l'élite des masses... et l'envie d'en faire partie. Intérêts toujours bien pesés, d'un toujours plus de pouvoir et d'argent. Pour ceux qui se croient encore de la classe dirigeante, les privilégiés des salariés, les pensionnés d'un autre temps, d'être simplement au-dessus de la mêlée.

Finalement, cette crise, nous lie plus sûrement aux Grecs, que tous les discours sur une Europe unie.

 

 

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L'auteur

Lefrere Marc

Professeur de Philosophie
PERIGUEUX

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