Derniers propos sur le mariage entre homosexuels

1. PréambulePar définition, la tolérance ne peut s’exercer qu’à l’égard des idées contraires aux siennes. Et elle consiste à montrer non pas de la sympathie, certes, mais du moins une forme de respect qui conduit à ne pas condamner les hommes et à ne pas caricaturer les idées ; et ceci implique de ne pas s’emporter immédiatement contre ce qui nous semble faux, étrange ou irrationnel.Dans une société démocratique, la tolérance est considérée comme une vertu fondamentale, et notamment, dit-on, parmi les gens de progrès. Dans ces conditions, je suis certain qu’ils me remercieront de leur donner l’occasion de l’exercer en leur disant (ou rappelant) que je suis contre l’autorisation de marier des couples homosexuels.

1. Préambule

Par définition, la tolérance ne peut s’exercer qu’à l’égard des idées contraires aux siennes. Et elle consiste à montrer non pas de la sympathie, certes, mais du moins une forme de respect qui conduit à ne pas condamner les hommes et à ne pas caricaturer les idées ; et ceci implique de ne pas s’emporter immédiatement contre ce qui nous semble faux, étrange ou irrationnel.

Dans une société démocratique, la tolérance est considérée comme une vertu fondamentale, et notamment, dit-on, parmi les gens de progrès. Dans ces conditions, je suis certain qu’ils me remercieront de leur donner l’occasion de l’exercer en leur disant (ou rappelant) que je suis contre l’autorisation de marier des couples homosexuels.

Avant de présenter certains de mes arguments, je tiens tout de même à souligner les conditions qui rendent possible un dialogue sur ce sujet, conditions qui, hélas, ne sont pas souvent réunis, à tel point qu’il semble parfois tout à fait impossible qu’il y ait un véritable débat de fond sur la question dans les médias.

Cette impossibilité tient à une confusion qu’entretiennent de nombreux partisans de ce mariage, parfois à leur corps défendant. En effet, ceux-ci expliquent qu’ils sont pour le débat et l’écoute de tous les arguments. Et, de fait, comment oser le refuser ? Ils admettent donc, au moins verbalement, que l’on soit contre ce projet de loi. Mais, précisent-ils immédiatement, à condition que les arguments présentés ne soient pas emprunts d’homophobie. Et, là encore, cela est tout à fait raisonnable. A tel point que même ceux qui sont contre ce mariage (et sensés) s’accordent avec eux au départ pour refuser tout argument qui sera prouvé tel. Dialogue donc, mais pas homophobie. La difficulté vient de ce que, souvent, ce prétendu « droit d’être contre » est réduit à rien en pratique.

En effet, si l’on est contre ce mariage et rationnel, on va présenter ses arguments. Or tout argument devra nécessairement se fonder sur l’idée d’une différence, sous un aspect ou sous un autre, c’est-à-dire de l’existence d’une propriété différente entre couple homosexuel et couple hétérosexuel. Sans celle-ci, il n’y a pas de raison de préférer l’un à l’autre pour le mariage. Donc si cette possibilité d’argumentation n’est pas donnée, aucune possibilité de contestation ni donc de débat n’est réellement reconnue. Or si l’on affirme effectivement l’existence d’une telle différence, très souvent, on sera accusé de discrimination envers les homosexuels et donc d’homophobie. Dans ces conditions, toute ébauche de discussion pourra être systématiquement récusée. De la sorte, ces partisans du mariage homosexuel, en accordant qu’on peut être contre mais qu’il ne faut pas être homophobe, réussissent astucieusement à paraître ouverts au dialogue tout en l’interdisant en réalité.

Un dialogue ne peut donc exister qu’à partir du moment où les deux partis admettent que, pour être « homophobe », il ne suffit pas de trouver une différence entre le couple hétérosexuel et le couple homosexuel. Quiconque n’est pas prêt à admettre ce point ne tirera guère d’avantage à lire la suite, qu’il aura disqualifié par principe, mais surtout il ne faut pas qu’il prétende être prêt à dialoguer : au mieux, il est prêt à délivrer son savoir, voire à rééduquer le mal-pensant (au pire à exprimer son indignation).


2. Pour le respect du mariage.

Cette introduction étant faite, longue, certes, mais hélas nécessaire, je vais vous proposer quelques arguments qui me font penser contre ce mariage. Mais je veux préciser tout de suite (parce que décidément je crains une certaine « police » intellectuelle) que je ne m’opposerais pas à une union civile qui donnerait des assurances aux conjoints sur les questions d’héritage ou de reversement de la retraite, par exemple, mais sans implication sur la filiation, et qui n’aurait donc pas le nom de mariage. 

Car l’un des arguments les plus importants, à mon sens, pour rejeter ce projet de loi est qu’il nomme « mariage » une union qui ne peut pas en être un et n’en sera jamais un, même si on lui donne ce nom. En effet, le mariage est, certes, une institution, mais une institution par laquelle l’homme reconnait un ordre naturel, qui s’impose à lui, et qui établit une polarité dans l’espèce, selon la différence des sexes, et sans laquelle il ne peut naitre. C’est la raison pour laquelle à aucune époque antérieure, dans aucune autre civilisation, il n’a été autorisé de procéder à des mariages entre homosexuels. La polygamie a pu être autorisée, et l’est parfois encore, mais toujours à la condition que soit présente la différence des sexes. De ce point de vue, réclamer un vrai mariage, c’est-à-dire un mariage qui ne soit pas purement nominal, pour les homosexuels, revient à réclamer une impossibilité stricte, au même titre qu’on pourrait réclamer que désormais 2+2 fassent 5.

Ce qui précède doit permettre de comprendre également que le mariage n’est pas nécessairement corrélé à l’amour ; et que l’amour entre deux êtres ne saurait donc suffire à justifier un droit à se marier. Il est vrai que c’est précisément la raison pour laquelle le mariage est depuis longtemps une institution critiquée. Mais cela témoigne bien que son essence même ne tient pas au seul sentiment, comme on le voudrait actuellement.

Puisque le « mariage homosexuel » est une impossibilité logique, on doit comprendre qu’il peut, malheureusement, n’être qu’une sorte de parodie au sens propre du terme et les homosexuels devraient, dans leur grand majorité tout au moins, refuser de se laisser compromettre dans un tel déni de réalité (certains le font, heureusement). Mais face à l’attitude contraire, et au soutien même d’un grand nombre de personnes, de toutes orientations, en faveur d’une impossibilité, il convient de se poser une question : de quoi une telle revendication est-elle le nom ? De quoi témoigne-t-elle ?

Il me semble assez évident qu’elle trouve sa source dans le refus de se soumettre à un ordre naturel qui nous dépasse et dans la volonté de façonner l’univers à notre guise, fût-ce en niant ses lois les plus fondamentales comme celle de la polarité. Ce n’est, dès lors, en somme qu’une nouvelle manifestation de la démesure de l’homme, de cette « hubris » si décriée par les anciens et dont on peut trouver des exemples si nombreux au fil de l’histoire (tel le roi Perse Xerxès faisant fouetter l’Hellespont parce que la mer de ce détroit s’opposait à son désir de conquérir la Grèce).

Après avoir présenté ce que je considère comme l’argument central, parce qu’il se fonde sur l’essence même du mariage, il convient d’examiner la question sous un autre angle : celui des conséquences de l’adoption d’une telle loi à long terme.

Cette réflexion s’impose d’autant plus que les promoteurs de cette loi la présentent comme une nouvelle avancée, une nouvelle étape dans l’ordre de l’égalité et du progrès. On ne peut entendre ce type de présentation sans se poser la question de l’étape suivante. Et s’il y a bien une « crainte » qui est exprimée par les opposants, ce n’est pas une peur envers les homosexuels, mais bien une incertitude tout à fait rationnelle à propos du terme de ces avancées (car, après tout, « on n’arrête pas le progrès »).

Par exemple, l’on sait assez généralement qu’un des lobbies qui militent activement pour l’extension du mariage est l’organisation « Inter-LGBT », ce qui signifie « Interassociative Lesbienne, Gaie, Bisexuelle et Transsexuelle ». Ils revendiquent bien sûr pour des droits égaux pour tous. Mais, précisément, cela permet de mettre en évidence que le « mariage » ouvert aux couples homosexuels n’est pas encore le « mariage pour tous » que l’on prétend, puisqu’il exclut toujours les bisexuels. Certains s’étonneront peut-être de cet argument : après tout, diront-ils, si les bisexuels veulent se marier, ils le peuvent déjà ! Mais cette réponse est de même valeur que celle qui explique que les homosexuels peuvent également se marier déjà, à condition qu’ils le fassent avec une personne d’un sexe différent. Puisque la bisexualité est réellement une « identité sexuelle », au même titre que l’homosexualité, et nécessite donc, pour être vécu comme tel, d’avoir le « partenariat » adéquat. Il serait donc nécessaire de permettre le mariage à trois, au minimum, pour que l’on reconnaisse leur orientation et qu’on leur donne un « droit » égal aux autres. Et l’on peut estimer, avec quelque raison, que ce sera l’un des prochains combats de l’Inter-LGBT et de nombre de « progressistes ». D’ailleurs, ici ou , l’on parle avec beaucoup d’égards du « trouple » !

La question est donc posée de savoir quelle limite sera donnée à l’ouverture du « mariage », qui risque ainsi de n’être plus qu’un terme et un contrat incapables de signifier rien de bien précis, à part une vague promesse d’amour mutuel temporaire, d’autant plus que dans le même temps l’on réclame qu’il soit toujours plus facile de rompre le contrat. De sorte que les opposants au mariage traditionnel auront finalement abouti, l’air de rien, dans l’entreprise qu’ils mènent depuis longtemps, en expulsant de la société (et des consciences) la réalité du mariage pour n’en conserver que le terme, vidé de tout son sens, comme une coquille savamment évidée. Il y aura encore le nom, il n’y aura plus la chose.

  La question est donc de savoir quelle limite sera proposée et surtout quelle légitimité sera donnée à cette limite dès lors que l’on aura disqualifié tout renvoi à un ordre naturel. Car il est important de définir fermement et de fonder solidement les limites des « droits » que l’on serait tenté de reconnaitre aux uns et aux autres ; sinon, chacun peut revendiquer son droit privé particulier au nom du contexte particulier dans lequel la vie ou le destin l’a jeté créant ainsi une « inégalité » insupportable par rapport à ceux (tous les autres) qui n’ont pas eu cette vie ou ce destin.

Mais prenons un exemple plus parlant : celui des transhumanistes, qui ont l’avantage d’une certaine cohérence puisque s’ils refusent tout attachement à l’idée d’un ordre naturel intangible auquel il faudrait se soumettre, ils sont prêts pour cette raison à pratiquer et, éventuellement, à subir toutes les expériences et explorations technologiques de transformation du corps et de l’esprit en vue de dépasser les limites naturelle : manipulation génétique, cybernétique, on devrait avoir le droit de tout explorer sans se mettre de freins au nom d’une « nature » faussement normative. On peut vouloir aller dans ce sens, mais les implications sont telles (et souvent irréversibles) qu’il serait assurément bien peu raisonnable de s’orienter vers cela « par mégarde », faute d’avoir voulu se poser la question, parce qu’à chaque fois on se sera contenté « d’offrir un droit nouveau » en méprisant toujours un peu plus l’idée même d’un ordre naturel.

A ce propos d’ailleurs, il faut être naïf pour penser (ou manipulateur pour faire croire) qu’on peut donner de nouveaux droits à certains sans que cela n’ôte rien à d’autres. En réalité, reconnaitre à quelqu’un un droit implique toujours d’imposer aux autres, au minimum, le devoir de reconnaitre ce droit et donc lui ôter le droit de s’y opposer en acte, sinon en pensée. On peut trouver, selon les cas, que cette obligation est juste ; mais l’argument que cela n’enlève rien est toujours faux. Ainsi, sans parler des maires que certains veulent obliger à célébrer ce mariage, il devrait être assez évident qu’accorder un « droit au mariage » aux homosexuels revient de facto à ôter aux hétérosexuels leur droit à leur différence, de même qu’au nom de l’égalité, cela revient, comme nous l’avons dit, à ôter au mariage son sens véritable et ainsi enlever aux hétérosexuels le droit de voir ce sens véritable reconnu (il est même assez violemment nié). Incidemment, d’ailleurs, on voit certains nier aux personnes croyantes (surtout les chrétiens) le droit d’affirmer leur conviction, ce qui témoigne non seulement d’une étrange idée de la laïcité (« seuls les athées sont assez intelligents pour penser, puisqu’ils sont athées, et ont donc seuls le droit de s’exprimer valablement ») mais cela témoigne bien qu’il y a en effet une mise en conflit de droits différents. Et l’on devrait peut-être s’interroger sur ce que signifie le fait que le droit de certains semble disparaître même des consciences, au point que l’idée qu’ils puissent avoir un droit se perde ou semble ridicule dès qu’elle est énoncée.

C’est en effet à peine si l’on ose dire que les hétérosexuels ont un « droit à la différence », tant l’on entend dire que cette différence est insignifiante, au nom du « droit à l’égalité ». Il y a donc bien toujours la régression d’un droit, ridiculisé, marginalisé, oublié, pour qu’un autre puisse être offert. L’ennui, c’est lorsque cela se fait au gré d’un rapport de force idéologique, ou pour des raisons purement politiciennes, et non pas en considération de l’ordre supérieur des choses, qui est supposé par l’idée même de la justice. Celle-ci suppose en effet un ordre qui doit s’imposer à tous et qui ne dépend pas uniquement de notre bon plaisir. Et sa première condition est assurément de reconnaitre distinct ce qui est en effet différent. Mais je reviendrai sur ce point important, bien que complexe, à la fin de cet article.

La seule « reconnaissance » que devrait chercher à manifester une bonne politique, c’est ainsi la reconnaissance de cet ordre de justice et non pas celle, forcément subjective et presque « sentimentale » de groupes sociaux particuliers, reconnaissance qui ne peut dès lors être perçue par d’autres que comme une injustice, puisque tous méritent assurément la même « considération ».

D’autant plus que la « reconnaissance » ainsi offerte par la société serait loin d’être ce que désirent réellement la plupart des homosexuels, qui aspirent seulement à vivre tranquillement, sans être réduit à leur sexualité. Et certains se trompent assez lourdement sur les conséquences « psychologiques » de cette « avancée du droit » : en niant la différence hétérosexuelle, elle risque au contraire de crisper encore davantage les oppositions. Et l’on pourrait dire au fond à propos de cette question beaucoup de ce qui fut dit à propos de la lutte antiraciste et du débat sur l’identité nationale : le présent débat, en effet, divise aussi les français au lieu de les rassembler, et il sert surtout de diversion et de caution (« marqueur de gauche » dit-on à gauche même, ce qui est en réalité un aveu) pour une politique qui dans toutes les matières économiques va se coucher devant les marchés et sait donc à l’avance qu’elle ne va pas répondre aux attentes. Replacer le social par le sociétal est déjà une vieille recette. Mais c’est bien Hollande et la gauche qui, ainsi, instrumentalise la condition des homosexuels, se sert d’elle pour masquer ses propres carences. Et lorsque l’on constate que bon nombre d’entre eux se trouvent désolés d’être ainsi placés au centre des débats et se sentent de ce fait stigmatisés, la question (comme pour l’identité nationale) est de savoir qui a eu la bonne idée de les convoquer dans l’actualité et de provoquer ainsi une discussion nécessairement vive et que les opposants n’ont assurément pas initiée. Evidemment, il est toujours facile ensuite aux provocateurs (mais assez malhonnête) de s’indigner qu’ils aient suscité des réactions. Certain(e)s sont même, comme les Femens, des experts en la matière.


3. Pour le respect de la filiation

La question de la filiation est intimement liée à celle du mariage. Il est donc temps, après avoir parlé de l’un de dire quelques mots du second.

En effet, comme je l’expliquais, le mariage est une reconnaissance de la loi de polarité naturelle des sexes sans laquelle nous ne pourrions naitre. De ce point de vue, il faut donc souligner que le couple hétérosexuel possède une propriété supplémentaire par rapport au couple homosexuel. C’est la puissance d’engendrer. Il s’agit ici de la puissance en général : elle peut être empêchée ou non actualisée ; il n’en reste pas moins qu’un enfantement ne peut potentiellement avoir lieu que dans ce type de couple, c’est-à-dire que par la réunion du « mâle » et de la « femelle » (même si c’est in vitro).

Pour cette raison, à nouveau, il est absurde de vouloir égaliser sous tous les aspects union homosexuelle et union hétérosexuelle ; et le mariage proprement dit ne peut valoir que pour la seconde, comme je l’ai déjà suffisamment montré.

Admettre de situer une filiation pleine dans le cadre d’un couple homosexuel, c’est, encore une fois, une négation du réel. Un enfant peut être élevé dans ce cadre, il ne peut pas naître. Permettre une adoption plénière qui reviendrait à écrire sur le livret de famille que tel enfant est né de son père 1 et de son père 2 ou de sa mère 1 et de sa mère 2 revient à permettre d’inscrire une absurdité, qui ne pourra que soumettre ces enfants au ridicule de la situation, quel que soit l’amour que ces parents pourront lui témoigner.

L’adoption plénière par un couple hétérosexuel ne pose donc pas ce problème car les deux sexes sont également substitués et l’ordre naturel, qu’on le reconnaisse ou non, est respecté.

Les couples homosexuels qui réclament de se marier et d’avoir le droit à l’adoption, à la PMA voire à la gestation pour autrui (c’est-à-dire aux mères porteuses) sont en fait sur une position théorique contradictoire. En effet, ils veulent pouvoir satisfaire un désir d’enfant. Or un tel désir n’est rien moins que naturel. Mais au nom de ce désir naturel, ils réclament que l’on s’affranchisse de l’ordre naturel qui veut qu’un enfant provienne de la dualité sexuelle et que tout enfant ait donc droit à un père et une mère.  Ils demandent ainsi en même temps la satisfaction d’une exigence de la nature et l’affranchissement par rapport à cette nature.

Jusqu’ici, les homosexuels qui désiraient un enfant socialement reconnu avaient fait un autre choix : celui de se marier avec une personne de l’autre sexe. C’est, encore une fois, que le mariage est lié à l’idée de l’enfantement (et à la reconnaissance de ses conditions naturelles) et non pas à l’orientation sexuelle, qui peut continuer à s’exercer en dehors du mariage. Evidemment, l’enfant né dans ces conditions n’est pas l’enfant du couple homosexuel. Pour que ce couple ait un enfant « à lui » qui serait comme le témoin scellant son amour, il faut permettre l’adoption ou la procréation assistée. Mais avoir un enfant est-il un droit personnel que l’on puisse ainsi revendiquer ? Il faudrait plutôt considérer que c’est l’enfant qui a le droit d’avoir des parents et une famille, laquelle se trouve ensuite avoir des devoirs envers lui et lui envers eux. Mais le désir d’enfant ne saurait suffire. 

Reste à examiner si, entre un couple homosexuel et un couple hétérosexuel, l’une des deux configurations est préférable à l’autre.

Mais lorsque l’on compare les deux types de couple, il faut le faire toutes choses égales par ailleurs. On entend beaucoup dire : il vaut mieux un couple homosexuel aimant qu’un couple hétérosexuel qui se déchire ou qui élève mal son enfant. Mais c’est un argument fallacieux. Comme si les couples homosexuels ne pouvaient pas aussi être déchirés ou ne pas savoir éduquer ! Dès lors l’on pourrait aussi bien dire « mieux vaut un couple hétéro aimant qu’un couple homo violent » et l’on voit bien que l’on n’avance pas car ce que l’on compare ainsi c’est la violence et l’amour, et non pas l’homosexualité et l’hétérosexualité. On déplace donc la comparaison vers autre chose, au lieu de la faire.

Une question plus intéressante serait celle-ci : existe-t-il, par exemple, une psychologie féminine ? Existe-t-il une psychologie masculine ? Personnellement, je le pense. Et j’ai du mal à croire ceux qui expliquent le contraire, puisque, le plus souvent, ce sont aussi des féministes qui, par ailleurs, louent, entre autres choses, l’expression dans l’art du « regard féminin », du point de vue de la femme, ce qui suppose bien une différence de psychologie ! Il me semble qu’il y a là une contradiction assez importante : ou bien il n’y a pas de différence et il n’existe pas de « regard féminin » à louer dans ces entreprises, ou bien il y en a une. Mais s’il y en a bien une différence entre psychologie féminine et psychologie masculine (ce qui peut tout à fait s’argumenter d’une manière générale sur la différence sexuelle), on devra admettre – ce qui est certes embarrassant – qu’un couple hétérosexuel est, en un sens, plus « riche » qu’un couple homosexuel, « riche » de la présence de cette complémentarité psychologique, nécessairement absente dans l’autre cas. Et la présence de cette richesse me semble être un paramètre plus favorable à l’éducation d’un enfant que son absence,  toutes choses égales par ailleurs.

Ordinairement, arrivé à ce point de l’argumentation, l’on nous présente deux objections : il y a déjà de nombreuses familles monoparentales où la dualité est absente ; et dans ce cas comme dans le cas des couples homosexuels, une tierce personne peut remplir un rôle de substitution psychologique.

Soulignons d’abord que c’est une étrange manière de raisonner (mais devenue fort répandue en de nombreux domaines) que de prendre acte d’un problème pour en déduire qu’on peut l’accroitre. Ce n’est pas parce que des familles monoparentales existent qu’il faut en déduire que c’est bon pour les enfants et qu’il faut aller plus loin dans la destruction de la famille traditionnelle. Il resterait donc à démontrer (et je vous souhaite bonne chance) que, toutes choses égales par ailleurs, une famille monoparentale est un modèle aussi valable pour l’enfant qu’une famille complète.

Mais, même sans attendre cela, il n’est pas vrai qu’une famille monoparentale soit, de ce point de vue, similaire à une « famille homosexuelle » : car même si le père est parti ou s’il est mort, la famille elle-même n’est pas conçue sur le projet de nier le père (ou inversement s’il s’agit de la mère). De sorte que le parent absent demeure en un sens présent, au moins de manière symbolique. Dans le couple homosexuel, il est nié dans la liaison entre sa caractéristique sexuelle et parentale (« mère » ou « père »), un « autre », semblable au parent qui reste, lui est substitué.

Ainsi, le « tiers » qui peut être substitué dans le premier cas a le même sexe et une place équivalente à l’absent. Ce n’est pas le cas dans le second. Dès lors, d’un point de vue symbolique et psychologique, il n’est pas possible de dire que ce soit la même chose.

Dans ces conditions, là encore, on ne peut prétendre que l’ouverture d’une possibilité légale d’adopter ou de « procréer » pour les homosexuels ajouterait un nouveau droit sans rien enlever. Car il va de soi qu’en donnant ce droit aux « parents homosexuels », on nie aux enfants concernés ce qui peut être considéré comme un autre droit, celui d’avoir des parents de sexe distinct. On peut toujours dire que ce n’est pas bien grave, on ne peut pas dire que ce n’est pas le cas.

Mais allons plus loin. Et, après ces considérations générales, réfléchissons aux conséquences de la « filiation homosexuelle ». L’histoire nous a montré que modifier le modèle de la famille traditionnelle conduisait toujours à de lourdes transformations dans le fonctionnement même de la société. Il ne suffit que de voir les conséquences de la multiplication des divorces : difficultés dans la transmission, ballotage des enfants, difficultés économiques des mères célibataires, manque de logement… Il était bien difficile de prévoir tout cela à l’origine ! Mais tentons de tirer des leçons, au moins des leçons de prudence : les manifestations du « progrès » portent toujours des parts d’ombre que l’on ferait bien de considérer de près, pour les encadrer, les limiter, les éviter même, si possible, avant de s’y précipiter joyeusement.

Ainsi, pour continuer sur ce point, sauf à introduire une différence assez difficilement  justifiable entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels, ces derniers sont susceptibles de se séparer (et donc de divorcer) tout autant que les premiers. L’enfant sera balloté entre les deux parents, qui eux-mêmes pourront bien « refaire leur vie » et il pourra ainsi se retrouver, par exemple, avec ses deux papas d’origine et deux beaux papas, un de chaque côté. Même si certains trouveront cela tout à fait normal au nom de la sacro-sainte « égalité », j’ose prétendre que ce ne sera pas la meilleure situation pour lui.

Mais imaginons que le « progrès » continue et que l’on ouvre le mariage aux « trouples ». Au nom de l’égalité, il n’y a pas de raison de refuser. Il faudra donc également leur « reconnaitre » le droit d’avoir des enfants, puisque de toute façon, ils pourront en faire sans demander l’autorisation. Et lorsqu’ils se sépareront, faudra-t-il répartir la garde entre les trois parents ? C’est bien là la suite logique pourtant. Et je ne parle pas des conséquences des remariages pour l’enfant.

Examinons maintenant plus précisément les deux « droits » actuellement débattus : l’adoption plénière et la procréation médicalement assistée.

L’adoption peut concerner soit un enfant naturel de l’un des membres du couple, soit un enfant extérieur au couple. Quel que soit le cas, tout ce que nous avons dit précédemment s’applique. Mais dans le second cas, on peut souligner au moins une difficulté supplémentaire : il n’y a déjà moins d’enfants à adopter que de familles hétérosexuelles prêtes à adopter. On sait que l’adoption est une procédure difficile et qui risque de le devenir encore plus en l’ouvrant ainsi à d’autres couples. On peut attendre, lorsqu’on les connait bien, que les groupes de pression prétendant défendre les droits des homosexuels fassent des études pour nous montrer que ceux-ci bénéficient moins souvent du droit d’adopter et qu’il y a là une inégalité insupportable. Evidemment, il faudra alors imposer des quotas et ils le réclameront. Comme, dans le même temps, certains pays étrangers refuseront de confier leurs enfants à ces couples, tout cela risque fort de rendre toujours plus complexe le processus.

De son côté, le débat sur la procréation médicalement assistée est très intéressant, car il prouve, s’il le fallait, que l’égalité n’est qu’un prétexte et ne saurait, en aucun cas, être une valeur fondamentale (importante, certes, en son ordre et à sa place, mais non pas fondamentale), parce qu’elle est trop floue et porte en elle des contradictions, qui apparaissent plus ou moins clairement selon le point de vue que l’on adopte. Or, avec cette question, la contradiction apparaît assez clairement même aux « progressistes ». 

En effet, la différence naturelle entre les sexes, et la nécessité de leur association en vue de la procréation, surgit alors avec toute sa force contre tous les discours de déni : la procréation médicalement assistée ne peut permettre qu’à une femme d’engendrer un enfant. Dès lors, autoriser cette pratique aux couples homosexuels revient à favoriser les couples de femmes et à ne rien changer pour les couples d’hommes. Ce qui produit évidemment une inégalité. Dans la mesure où cette inégalité se fait aux dépends des hommes, elle peut paraître, il est vrai, moins importante aux yeux des féministes. Mais elle existe bel et bien. Voici donc une loi proposée au nom du principe d’égalité et qui créerait une discrimination nouvelle et évidente. Une belle avancée, qui témoigne donc que l’égalité n’est pas réellement ce qui compte en cette affaire.

D’autres, moins farouches et qui essaient d’être plus cohérents, militent alors pour la gestation pour autrui (qu’autrefois, quand on était moins progressiste, on appelait « mère porteuse »). La seule façon pour qu’un couple d’hommes ait un enfant « à lui » est en effet de demander à une femme de le porter pour eux. Tant que l’utérus artificiel n’existe pas, tout au moins. Après, les « progressistes » pourront encore militer pour un droit nouveau, celui de faire des enfants « sans mère ». Mais ceci n’est pas pour tout de suite, semble-t-il.

Evidemment, la gestation pour autrui pose problème, notamment pour certains féministes qui n’y voient pas la grande avancée du droit que ce devrait être mais une marchandisation du corps. Ce sont sans doute des réactionnaires qui s’ignorent, attachées sans le savoir au vieux modèle patriarcal. Plus sérieusement, là encore, on voit bien que l’ouverture d’un droit ne se fait jamais sans conséquence et qu’il est bien possible qu’au-delà du principe d’égalité doive se situer un autre principe, celui du respect d’un ordre qui s’impose à nous, quelle que soit notre volonté, même celle de vendre son ventre. Que cet ordre soit celui imposé par la dignité attachée à toute personne humaine ou qu’on l’appelle l’ordre issu de la nature humaine, la différence est purement nominale.

 Avant de revenir et de terminer sur ce point, il faut encore remarquer autre chose : à partir du moment où l’on admet au nom de l’égalité de tous les choix de vie personnelle la PMA, voire la GPA, il faudra bien, un jour ou l’autre, l’accepter pour les femmes ou hommes seuls ou pour les « trouples », voire au-delà. A nouveau, il serait bon de réfléchir aux conséquences sur le long terme.

Mais en réalité, au nom de l’égalité, puisque la GPA n’est pas acceptable, il faudrait interdire la GPA et la PMA pour tout le monde. Mais visiblement bien des « égalitaristes » manquent de la cohérence nécessaire pour accepter cette conséquence. Et c’est donc bien, encore une fois, qu’il ne s’agit que d’un prétexte : ce qui est réellement réclamé, ce n’est pas l’égalité, c’est le droit de satisfaire son désir d’enfant.


4. Derrière l’apparente exigence d’égalité, la logique du rapport de force

Il est nécessaire désormais d’aborder une question plus difficile, mais importante : c’est que derrière la revendication d’égalité se masque en réalité, consciemment ou non, un simple outil de pression social, une arme pour peser dans ce qu’est devenu la société moderne libérale : une jungle où les droits s’acquièrent selon la « loi du plus fort », c’est-à-dire selon un rapport de force idéologique.

Il faut comprendre combien ceci est anormal : le principe d’égalité est présenté comme un principe de justice, au fondement du droit. Or la « loi du plus fort » est la négation même de la justice : c’est lorsque l’on n’a plus d’égards envers elle, lorsque l’on a plus d’idée  même de ce qu’elle est, que la mesure du rapport de force des courants sociaux peut la remplacer, l’air de rien.

Mais en quoi la revendication du « mariage pour tous » témoigne-t-elle de cela ?

C’est que ses promoteurs, suivant une « coutume » devenue hélas bien ancienne, disent refuser toute référence à un ordre naturel et veulent au contraire se fonder sur la variabilité des institutions. Or, dans ces conditions, le principe d’égalité lui-même n’a plus aucune raison d’être imposé : il n’a en effet jamais été suivi avec régularité dans l’histoire et il a bel et bien été justifié par un renvoi à l’ordre naturel. C’est parce que la nature n’a pas voulu les différences et hiérarchies créées par la société que l’égalité doit nous soucier. On appelle cela le droit naturel, par opposition au droit positif. Si donc l’on veut s’abstraire de toute référence à cet ordre naturel, comment justifierons-nous l’exigence d’égalité ? On ne peut pas demander à la société elle-même de fonder ce qui devrait la juger et donc la transcender. « Le principe d’égalité » se réduirait à une revendication particulière, parmi d’autres, qui n’aurait que la force et la valeur du courant social qui le revendique, sans justification supérieure. C’est pourquoi je disais que tout est réduit à un rapport de force.

Ainsi, lorsque l’on récuse toute référence à un ordre naturel, il ne peut plus être question d’une véritable revendication de justice, laquelle est vidée de tout contenu objectif pour n’être plus qu’un slogan, fort utile, certes, dans la lutte sociale. Cette lutte porte d’ailleurs un nom : lutte pour la « reconnaissance » de l’identité sociale qui s’exprime ainsi (« fat is beautiful », « fat power » revendiquent certains, pour donner un exemple). Autrefois, on revendiquait une « noblesse » ; de nos jours, on revendique une « fierté ». La différence entre les termes réside peut-être dans la notion de devoir, définitivement absente dans le second, ce qui est également significatif.

Lorsque la lutte contre les discriminations se porte jusqu’à lutter contre l’ordre naturel, elle finit ainsi par se contredire elle-même en sapant tout critère de référence et dès lors tout peut être perçu indistinctement comme discriminant et il faudrait tout égaliser, tout rendre indistinct, au moins dans les discours et les lois, puisque, dans la réalité, cela sera toujours impossible, heureusement.

Pour éviter cette extrémité de confusion intellectuelle et sociale, il devrait donc revenir à l’Etat, plus qu’à tout autre, d’affirmer le respect de l’ordre naturel, pour faire primer le principe de justice qu’il sous-tend. Et le fait qu’il soit prêt désormais à en abandonner l’idée jusque dans la conception du mariage témoigne combien nous ne sommes plus réellement soumis à ce principe. Cela fait déjà quelque temps que notre droit n’est plus défini par la recherche de la justice mais suite à une simple logique du rapport de force.

Et c’est l’évolution de ce rapport de force qui conduit à la constante modification du droit, à laquelle on assiste et que l’on recouvre d’un discours de justification, évidemment, car on ne pourrait se contenter d’admettre la prégnance de la loi du plus fort, mais ce discours n’en est bel et bien rien de plus qu’un masque idéologique, puisqu’il dénonce désormais lui-même ce qui était son fondement : l’existence d’un ordre transcendant aux simples désirs individuels ou sociaux.


Conclusion

C’est donc pour toutes ces raisons, dont on ne pourra pas dire qu’elles ne sont pas pesées et réfléchies, que je suis opposé à la loi du mariage pour tous : je la trouve incohérente et inadaptée et je crains par ailleurs qu’elle ne soit qu’une étape, parmi d’autres, dans l’affirmation de l’esprit de démesure des hommes dont on ne sait jamais jusqu’où il peut nous conduire.

De ce point de vue, je serai curieux de savoir quelle « utopie » nouvelle pourraient nous décrire les « progressistes » d’aujourd’hui qui ne tournerait pas à un « meilleur des mondes »…

Evidemment, on me dira que j’ai bien peu de sollicitude envers le désir des personnes homosexuelles. Ce qui ne contredira assurément pas mes explications : la justice, si elle mérite son nom, ne saurait varier avec les désirs des uns ou des autres. Et mes sentiments personnels, comme les sentiments en général, toujours subjectifs, variables et manipulables, n’ont pas grand-chose de commun avec l’exigence d’un droit rationnel.

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