The Artist - ou les bienfaits du protectionnisme français

Oui, je sais, d'habitude, on emploie une autre expression. On parle de l'exception culturelle française - c'est un joli nom pour désigner tout simplement un protectionnisme : industrie soutenue par l'Etat, quotas de créations françaises, etc..

Oui, je sais, d'habitude, on emploie une autre expression. On parle de l'exception culturelle française - c'est un joli nom pour désigner tout simplement un protectionnisme : industrie soutenue par l'Etat, quotas de créations françaises, etc..

C'est ce qui nous permet d'avoir une économie culturelle assez florissante, et l'une des seules à résister face à l'Amérique. Et cette réussite autorise ensuite les producteurs à prendre, parfois, quelques risques - comme soutenir un film muet.

On ne peut qu'être frappé par toutes les victoires que The Artist a obtenues. Je l'ai vu, il y a quelques temps déjà, et j'ai moi aussi passé un bon moment, même si le scénario est, par certains bouts, cousu de fil blanc. Mais c'est une expérience très intéressante. J'attend d'ailleurs avec impatience la suite, parce que, tout de même, on aimerait bien savoir ce que vont devenir George Valentin et Peppie Miller! J'ai déjà une petite idée du scenario : un couple d'acteurs célèbres du noir et blanc, fort vieillissants (il faut être réaliste), refuse de passer à la couleur (les mauvaises caractères ont la vie dure) et rentre dans un hospice. Heureusement, ils vont rencontrer là Omar Sy qui anime le lieu et cherche à devenir acteur. Avec leur aide, il va explorer les différents aspects du métier, et, après une course poursuite sur les toits de New-York, finira par décrocher un rôle féminin, en hommage à Tootsie. (La fin, c'est surtout pour plaire aux Américains, il faut penser aux prochains oscars).

Bon, ce n'est qu'une proposition, et je sens bien que cela pourrait être amélioré. Ou alors, ce pourrait un film muet en couleurs. On innoverait encore.

Je plaisante. Mais, pour revenir sur le sujet central, cet exemple prouve que le protectionnisme peut être intelligent, culturellement bénéfique et économiquement cohérent.

Reste à savoir pourquoi les seuls métiers dont on juge qu'ils méritent d'être protégés sont les métiers artistiques, tandis que l'on laisse les autres totalement soumis à la concurrence et la prédation internationales (ou à la main mise de quelques oligopoles).

Sans doute parce que l'on estime que le domaine culturel est différent des autres. En un sens, cela est vrai : il faut défendre la culture pour qu'elle ne devienne pas seulement "une industrie", une "économie".

Seulement voilà... que découvre-t-on ? Que la culture protégée peut devenir rentable.

Alors il y a deux éventualités :

soit la culture est, par elle-même, rentable, et il ne faut pas la protéger de la prédation économique, elle se défendra tout seul;

soit c'est la protection même que l'on a mis en place, la forme que prend cette protection qui la rend rentable. 

La première éventualité ne peut pas être évoquée sérieusement. Il suffit de se souvenir des problèmes qui ont sucité notre protection ou de constater l'état de l'économie culturelle des pays qui ne se sont pas protégés.

La seconde éventualité permet de comprendre quelque chose : le fait de mettre en place des protections économiques n'est pas un non-sens, surtout dans une économie mondialisée. C'est dans une économie réduite à de petites régions qu'une protection serait inutile et absurde. Mais plus les échanges se sont mondialisés, plus la concurrence est rude et donne un avantage systématique à celui qui a déjà la position dominante. Et, en ce cas, un pays qui veut défendre son économie n'a pas d'autres choix que de se protéger : en tout domaine, c'est le plus fort qui, toujours, tire profit de l'absence de règles. 

L'économie de la culture, de ce point de vue, n'est pas différente des autres domaines de l'économie. C'est seulement la seule que l'on a décidé de protéger.

Et l'on voit combien le refus de mettre des protections nous a conduit à une économie florissante!

Il serait peut-être temps de méditer sur tout cela et d'étendre enfin "l'exception française" à d'autres domaines.

A ma connaissance, seul Nicolas Dupont-Aignan, parmi les candidats réalistes et sérieux, le propose.

 

Je sais bien que, par définition, les artistes, producteurs, réalisateurs, etc.. exercent une certaine influence médiatique, mais il n'est pas normal qu'il soit les seuls à profiter d'une politique volontaire - et il est encore plus étrange de voir certains d'entre eux, lorsque l'idée leur est suggérée d'avoir des opinions politiques, défendre le libre échange et s'élever contre le protectionnisme!

 

 

   

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