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Billet de blog 11 janv. 2022

Entretien exclusif avec Françoise Pétrovitch, une globale immersion dans l'art

« La peinture se rêve, la peinture se souvient, on se souvient de la peinture. C'est très aventureux. » Françoise Pétrovitch, artiste plasticienne nous conte la manière dont son art se mature, se prolonge et se réalise. Elle nous donne des clés pour comprendre la spontanéité, la grandeur et l'intention de ses oeuvres marquantes d'un point de vue visuel et spirituel, témoignant de son univers.

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Françoise Pétrovitch est une artiste plasticienne dont certaines oeuvres sont actuellement exposées aux Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture à Landerneau. Ses réalisations, très immersives, plongent le spectateur dans un univers mêlé de personnages rêvés et de chimères. L'expérience est à la fois visuelle et sonore. Est racontée une vraie histoire qui interpelle et marque l'esprit. 

L'originalité de son art semble alors provenir de sa spontanéité et de la multitude de formes qu'il revêt (céramique, dessins, peintures à huile, aquarelles, vidéos...). 

Pourquoi dessiner, qu'est ce que le dessin vous procure? 

Je dessine depuis enfant, je n’ai jamais arrêté. À 6 ans l’institutrice nous avait demandé à tous « qu’est-ce que vous voulez faire comme métier ? » j’avais dit dessinatrice et n’ai jamais changé de désir. Le dessin tient une place particulière pour moi. J’explore différents médiums : dessin, peinture, sculpture , vidéo., etc... Il y a toujours un dessin en premier, il est moteur. 

Parmi les nombreuses techniques auxquelles j’ai recours, celle du dessin est révélatrice d’une économie plastique marquée par la justesse, par le refus du commentaire. Saisir les choses, c’est avoir envie de les garder, c’est avoir envie de tracer, c’est une action aussi. Le dessin est l’art du saisissement, on peut rendre permanent quelque chose qui ne l’est pas.

Comment avez-vous découvert cette façon personnelle de créer et faire de l’art ?

Au fil de la création, naturellement. Tout part d’un croquis. D’une intention. Il n’y a parfois que quelques traits, cela suffit. J’aime laisser le moment surgir. Je me situe plutôt dans une maturation mentale qui aboutit à la réalisation rapide du geste.

Pourquoi utiliser l'encre comme matériau qu’un autre? Quels effets produits par ce dernier vous intéressent et vous plaisent ?

Lorsque je réalise un dessin je ne fais pas de croquis préparatoire à l’échelle, je ne sais pas ce qui va advenir. J’aime l’encre pour sa fluidité, la capillarité de l’encre et de l’eau. L’eau se diffuse, se repend, je laisse advenir.

La taille de vos oeuvres est parfois impressionnante, certaines sont immenses. Est-ce une volonté d’illustrer la possibilité de faire de l’art n’importe où, sur n’importe quel format ou y a-t-il un effet recherché dans cette grandeur ?

A l’époque, je travaillais toujours à partir de supports existants, et sur de petits formats (cahiers d’écriture, etc). Peu à peu je m’en suis détachée et les formats se sont élargis, il y a eu les dessins muraux, les grandes toiles. Certains de mes lavis d’encre visibles à Landerneau font jusqu’à 320 cm de large. C’est un prolongement naturel de mon travail. Pouvoir passer du très petit au très grand.

La question du geste aussi.

Je suis à l’intérieur du dessin, tous mes déplacements sont guidés par les figures dessinées. Je marche sur le décor. Je suis immergée dans la couleur, c’est une expérience forte.

En plus des peintures réalisées à l’aquarelle, on peut aussi découvrir des sculptures en céramique que vous avez façonnées. Sur quel matériau est-ce le plus facile de vous exprimer ?

Ma démarche artistique n’a pas tellement à voir avec une question de techniques. Les choses viennent les unes après les autres, s’engendrent, s’augmentent. Au bout d’un certain temps, je ne pense plus aux médiums, je passe de l’un à l’autre : tout est lié, superposé, c’est fluide. Je trouve nécessaire de pouvoir m’autoriser ces allées et venues incessantes. Les différents matériaux entrent en dialogue : les volumes répondent aux dessins qui se prolongent dans l’animation et le son... Ou l’inverse.

Mais s’il fallait mettre une technique en avant je dirais la peinture. Non pas parce que cela est facile, au contraire, mais parce que la peinture est autonome, qu’elle a sa puissance propre. C’est un état mental, et la peinture se rêve, la peinture se souvient, on se souvient de la peinture. Plus je peins plus j’ai l’impression que je ne sais rien et que tout est à faire, que tout est à essayer. Et que tout d’un coup c’est très ouvert… c’est très aventureux, la peinture.

La représentation de la jeunesse semble être un élément clé de votre exposition. Que cherchez-vous à retranscrire en peignant des enfants ? De quels messages sont-ils porteurs ?

Les figures de pouvoir ne m’intéressent pas.

L’adolescence, l’entre-deux, mes figures sont souvent des corps fragiles et vulnérables mais possédant une faculté de résistance, c’est ce qui me touche.

Ma démarche révèle un monde ambigu, silencieux et souvent inquiétant, se jouant des frontières conventionnelles. L’intime et le collectif, le quotidien et l’universel, animaux et êtres humains, enfance et adolescence se mêlent, explorant l’absence, le fragment, la disparition.

Est-ce qu’être une femme a pu être un obstacle pour vous durant votre carrière ?

Je crois en l’action de faire. Je ne me suis jamais posé la question de « je ne vais pas le faire » ou « je vais arrêter ».

On peut aussi constater dans vos oeuvres tout un univers fantastique où sont représentés mythes et chimères.  D’où vient-il ? De quoi est-il inspiré ?

La figure animale est importante dans mon travail, on la retrouve dans tous les médiums que je pratique. « sentinelle », « chimères », ..  Ils accompagnent certaines de mes figures humaines (« étendus », …) ou bien les composent (« hybrides », …).

J’ai lu que pour vous, « dessiner c’est prolonger ce que l’on pense ». Ainsi, qu’est ce qui guide votre pinceau? Et est-ce qu’il vous arrive justement, de manquer d’inspiration ?

Effectivement, j’aime la spontanéité du dessin. C’est mental puis se prolonger,  s’augmente, se diversifie.

Je n’ai pas cette peur de la page blanche.

Je me lève le matin et je travaille.

Quels sont vos futurs projets ?

Plusieurs expositions sont  à venir dont :

En 2022, mon exposition Derrière les paupières, à la Bibliothèque nationale de France où sera présentée mon œuvre gravée puis en 2023, une exposition au Musée de la Vie Romantique

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