Courir
La pluie glacée cingle mon visage à chacune de mes foulées.
Au travers du faisceau froid de ma lampe, compagne de mes soirées, j’entrevois des rideaux de gouttelettes argentées.
Autour tout est sombre.
La course et le halo diaphane renforcent cette impression d’une solitude bercée par la pénombre.
Il ne faut pas s’y tromper.
La course est une liberté, la nuit une alliée.
Courir ainsi dans la noirceur engourdie d’une soirée hivernale précoce,
Renvoie plus qu’à une passion, une pulsion, un sacerdoce.
Loin du cliché de la fuite effrénée de sa vie terne ou d’un quotidien usé,
Courir est la plus belle des retrouvailles, des rencontres amoureuses empreint de secret.
C’est n’attendre plus que soi, n’espérer que la solitude.
Pas celle teintée de tristesse, subie ou accompagnant le malheur ou l’hébétude.
Non, celle désirée, recherchée, qu’on cueille avec avidité et qu’on ne souhaite partager pour rien au monde.
Celle qui évade et ouvre l’esprit dont les idées sont enfin libres d’irradier comme une onde.
Les claquements de mes chaussures sur l’asphalte à chacun de mes pas,
Sont comme des métronomes asynchrones dont la cadence régulière entre en résonnance au plus profond de moi.
C’est seulement alors, c’est seulement lorsque mes pas, mon souffle et le battement de mon sang,
Lorsque tous ces signes convergent en ce point, que mon esprit se libère et s’étend.
Les kilomètres que je parcourent alors, enfin, me rapprochent inexorablement de moi.
Le Horla 12/06/2023