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Billet de blog 4 mars 2021

Continental a quitté le Sahara Occidental occupé

La compagnie allemande Continental n'a pas renouvelé son contrat d'approvisionnement avec la compagnie nationale marocaine de phosphate, qui exploite de façon controversée la mine de phosphate du Sahara Occidental.

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Le contrat entre la filiale ContiTech de Continental et l’OCP, la compagnie nationale marocaine de phosphate qui exploite illégalement les réserves de phosphate de Bou Craa au Sahara Occidental occupé, n'a pas été renouvelé. Cela a été clarifié par Continental dans une correspondance adressée cette semaine à Western Sahara Resource Watch (WSRW).

« Nous félicitons Continental de ne pas continuer à approvisionner la mine du Sahara Occidental. Le Maroc n'a pas le droit d'exploiter la mine de phosphate sur les terres occupées. Ces ressources appartiennent au peuple sahraoui opprimé », a déclaré Sara Eyckmans de WSRW.

L'entreprise a adressé un premier courrier à WSRW le 10 février 2021, et a clarifié aujourd'hui que l'entreprise « n'a donc pas de contrat ou d'accord existant » pour le territoire.

Continental est la deuxième entreprise en l'espace de quelques mois à annoncer la fin des activités de maintenance pour l’OCP au Sahara Occidental. En octobre 2020, la société suédoise d'équipements miniers Epiroc a annoncé qu'elle ne fournirait plus d'équipements de forage à la mine de phosphate controversée de Bou Craa au Sahara Occidental occupé. Une douzaine de clients d'OCP ont cessé d'acheter les minerais du conflit du fait de préoccupations quant au respect des droits de l'homme et de droit international. Cela est détaillé dans les rapports annuels de WSRW sur ce commerce.

Le contrat ContiTech, qui prévoyait la fourniture de pièces de rechange pour les installations de convoyage de l'OCP, avait expiré le 30 juin 2020.

Continental et OCP étaient en discussion depuis plus d'un an pour renouveler le contrat. Continental avait informé WSRW en janvier 2020 que les pourparlers étaient en cours et que la question du Sahara Occidental serait abordée dans les négociations.

En juin 2020, le contrat a expiré. « Le contrat de fourniture auquel vous faites référence n'a pas encore été prolongé. On ne peut dire à l'heure actuelle si un nouveau contrat sera conclu et, dans l'éventualité, quel en serait le contenu », a déclaré le Comité de direction de Continental lors de l’assemblée générale annuelle de la compagnie du 14 juillet 2020 en réponse aux questions de WSRW.

WSRW échange avec Continental depuis 2017. Avec le temps, d'autres groupes ont repris nos inquiétudes quant à l'implication de l'entreprise dans la dernière colonie d'Afrique. Plusieurs ONG allemandes ont en mars 2020 appelé la société à « respecter sa responsabilité d'entreprise et à ne pas apporter de soutien économique à l'occupation par le Maroc de certaines parties du Sahara Occidental en violation du droit international ». Continental a aussi dû aborder la question lors de son AG 2020 suite aux questions des actionnaires. Les opérations de la société ont été suivies en mai 2020 dans le quotidien allemand die tageszeitung.

À travers sa filiale ContiTech, Continental a joué un rôle clé dans la maintenance du tapis roulant de 100 km de long qui transporte le minerai de phosphate de la mine de Bou Craa vers la mer, d'où elle est expédiée vers des clients internationaux.

L'implication de Continental au Sahara Occidental a commencé en 1971, lorsque le territoire était encore colonisé par l'Espagne. Cette année-là, ContiTech avait livré une courroie de coveyor ST 2500 Stahlcord à un fabricant d'usine engagé par l'exploitant de la mine. Après l’invasion et l’annexion par le Maroc de parties du territoire, ContiTech a conclu un accord-cadre avec l’OCP pour assurer le remplacement du tapis roulant en cas de besoin. L'accord couvrait tous les sites d'OCP, y compris la mine de phosphate du Sahara Occidental occupé, illégalement exploitée par l’OCP via sa filiale Phosboucraa.

En 2015, ContiTech a commencé la construction d'une usine de production de bandes transporteuses à Jorf Lasfar, une ville du Maroc qui héberge les plus grandes activités du pays en rapport avec le phosphate. La production de l'usine a commencé en 2017.

Le fournisseur le plus central de la mine OCP au Sahara Occidental est aujourd'hui Siemens Gamesa, dont les éoliennes fournissent l'énergie nécessaire à l'exploitation. Siemens Gamesa a en janvier été exclu des portefeuilles du plus grand gestionnaire de fonds privés de Norvège pour sa collaboration à la violation du droit international par le Maroc.

« Nous appelons Siemens Gamesa à suivre les exemples de Continental et d'Epiroc. Soutenir l'exploitation de la mine OCP au Sahara Occidental constitue une grave violation des normes éthiques fondamentales », a déclaré Eyckmans.

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