Espagne 2019: la "fédération populaire" modèle Iglesias remet en selle le PSOE

En abandonnant les références radicales de Podemos au profit d'une alliance avec la social démocratie du PSOE, la stratégie Iglesias de recentrage pour Podemos vient de confirmer sa faillite en perdant 40% de ses électeurs: un avertissement pour celles et ceux qui pourraient croire aux vertus de la "fédération populaire" de la France Insoumise.

Iglesias se réjouit des résultats de Podemos qui permettront, selon lui, de confirmer une alliance avec le PSOE. Quoi de mieux pour achever de désespérer les dizaines de milliers d'espagnols qui, depuis le mouvement des "indignés", espéraient un changement radical de sytème (1). Faut-il rappeler le rôle clé des socio-démocrates espagnols dans le maintien de la monarchie, puis dans la mise en place d'un système de corruption généralisé. C'est contre tout cela, pour dégager ce système, que s'était créé Podemos.

Personne ne peut se réjouir d'un tel échec dont les nationalités et le peuple espagnol tout entier vont payer le prix. Reste qu'il faut bien désigner les responsabilités; une politique autocratique à la direction du mouvement, allant de pair avec un abandon des perspectives radicales de Podemos. Chacun voit déjà se dessiner la suite, un "bloc démocratique progressiste" une "fédération populaire" à l'espagnole justifiée notamment par l'entrée au parlement de l'épouvantail VOX.

La constitution, pour le première fois depuis la mort de Franco, d'un groupe parlementaire ouvertement d'extrême-droite ne peut laisser indifférent. Relevons néanmoins que la droite éclatée de 2019 ne fait pas plus de voix que le PP et Ciudamos en 2016. Les nostalgiques du franquisme n'ont fait que réussir leurs scission du PP où ils se tenaient au chaud.

La dérive de Podemos et la trahison des idéaux qui avaient présidé à sa fondation doivent être une leçon pour la "gauche radicale" et tout le mouvement populaire. Faute d'un mouvement massif à même de contrôler ses porte paroles, ceux-ci se font happer par le système. A leur manière, les Gilets Jaunes l'ont bien compris en mettant la démocratie au centre de leurs revendications.

"aucun leader ne peut se substituer à un programme, dans lequel la majorité sociale se reconnaît et qui partagera diversité des revendications (...) qui rendent possible la constitution d'un camp social antagoniste face au pouvoir établi.Un camp social qui, dans l'Etat espagnol, (...) doit s'articuler de manière égalitaire entre les réalités nationales diverses". (2).

 (1) Janvier 2014: "changer de braquet: transformer l'indignation en changement politique"revue inprecor N°605-606

 (2) Miguel Romero, revue Viento Sur, 2013

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.