Glyphosate - Mésentente dans le camp allemand après le vote favorable

En votant unilatéralement en faveur de la prolongation du glyphosate, le ministre de l'Agriculture allemand a provoqué une crise ouverte, réduisant par là même les espoirs d'Angela Merkel de former une coalition avec les sociaux-démocrates du SPD

Lundi 27 novembre, la Commission Européenne a voté en faveur de la prolongation de l'autorisation du glyphosate pour cinq années de plus.

Bruxelles a obtenu la majorité qualifiée nécessaire pour valider cette décision de justesse, les pays ayant voté pour rassemblant 65.7% de la population européenne, contre un minimum requis de 65%.

Cela fut rendu possible en grande partie grâce au poids du vote favorable de l'Allemagne, qui représente 16.1% de la population européenne, et qui s’était abstenue lors du vote au Parlement Européen en octobre dernier. 

Ce revirement a entraîné une crise ouverte en Allemagne entre Christian Schmidt, ministre de l'Agriculture et membre de l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU), le parti conservateur allié de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) d'Angela Merkel, et plusieurs figures du Parti social-démocrate (SPD).

Barbara Hendricks, ministre SPD de l'Environnement, ainsi que d'autres parlementaires de son parti, ont dénoncé la décision unilatérale du ministre de l’Agriculture. La ministre a ainsi déclaré avoir rappelé à Christian Schmidt son opposition à la prolongation du glyphosate, en raison des risques posés par l'herbicide sur la santé humaine, deux heures avant le vote, et que celui-ci lui avait confirmé, par SMS, qu'il s'abstiendrait.

Pour Hendricks, "aucune personne souhaitant bâtir une relation de confiance ne devrait agir comme ça". Andrea Nahles, leader parlementaire SPD, a quant à elle qualifié ce revirement du CSU de "faille de confiance massive" et a dénoncé le manque de contrôle d'Angela Merkel sur ses alliés conservateurs bavarois.

Schmidt a déclaré à la télévision allemande qu'il avait pris seul cette décision et en assumait la "responsabilité totale". 

La question de savoir si Angela Merkel était au courant ou pas de ce revirement reste posée. Le Parti libéral-démocrate (FDP) appelle la chancellerie à clarifier rapidement la situation et en particulier les sanctions, si sanctions il y a, qui seront appliquées. Les Verts allemands demandent quant à eux la destitution du ministre de l'Agriculture.

Alors que la chancelière allemande espérait le lancement d'un processus de discussions avec les sociaux-démocrates cette semaine, dans l'espoir de former une nouvelle coalition après l’échec, entériné la semaine dernière, de sa tentative de triple alliance avec les Verts et le FDP, cet épisode a considérablement amoindri ses chances d'aboutir à une entente. 

 

 

 

 

 

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