La lecture en sursis

Pallier au désintérêt global des Français pour la lecture ? Ces prochaines années seront critiques car face à la montée en puissance des GAFAM surnommés les Géants du Web, la concurrence est rude. Les Français semblent avoir troqués leurs bouquins au profit de leurs smartphones. Un pari qui reste donc à relever, et qui déterminera l'avenir de tous ces livres, qui n'attendent qu'à être lus !

Peut-être connaissez-vous ce livre de science-fiction écrit par Christian Grenier et paru en 1998 :

Virus L.I.V3 ou la mort des livres ?

Les virus semblent être en vogue en ce moment, mais c'est d'un tout autre virus dont nous allons parler aujourd'hui. En effet, depuis ces dernières années, nous avons pu le remarquer, les livres et la lecture ne semblent plus être la tendance actuelle. 

Et les chiffres parlent d'eux même : l'étude IPSOS menée pour le CNL (le Centre National du Livre) publie tous les deux ans une étude barométrique sur un échantillon de mille Françaises et Français vis-à-vis de leurs pratiques et de leur perception globale qu'ils ont des livres et de la lecture. Cette étude vise également à comprendre leur motivation ou leurs freins à lire des livres. 

Et celle-ci révèle et confirme une opinion déjà répandue sur tout le territoire : on observe une baisse significative (de moins 10 points sur le baromètre) de la lecture particulièrement chez les jeunes (de 15 à 24 ans). En effet, d'après les résultats de l'étude, "les Français sont nettement moins nombreux que les années précédentes à avoir envie de lire plus. Cette baisse d'envie de lire davantage concerne tous les Français, mais plus fortement les moins de 35 ans."

Christian Grenier semblait déjà à l'époque, être visionnaire. Les écrans et le numérique semblent avoir remplacé de loin les activités telles que la lecture, jugée parfois "désuète", "dépassée" ou encore "démodée".  Aujourd'hui, 34% des Français surfent plus sur internet qu'avant, 28% regardent plus de vidéos et enfin 26% de la population vont plus qu'avant sur les réseaux sociaux. Fait incontestable, depuis ces dernières années, les Français accordent de moins en moins de temps dans leur emploi du temps à la lecture. 

Et pourtant, dans un article publié en juin 2021 sur le site internet du ministère de la culture, on peut y lire que "la lecture jouit aujourd'hui, à la faveur d'un élan sans précédent pendant la crise sanitaire, d'une cote de popularité inégalée dans le cœur des Français." Or, ironiquement, le titre de l'article n'est autre que : "Remettre la lecture au cœur de la vie de tous les Français." Ainsi, le ministère de la culture semble se féliciter de voir que ses "concitoyens associent des valeurs très positives à la lecture."

Et pourtant ! Les chiffres sont majoritairement en baisse. Selon l'étude citée, depuis le début de la pandémie et particulièrement pendant le confinement, 50% des salariés déclarent passer plus de temps pour les tâches domestiques, 40% des personnes ressentent un effacement de la frontière entre vie professionnelle et vie privée qui provoque inévitablement un impact sur leur temps personnel. Et enfin, 41% des personnes interrogées déclarent avoir moins de temps à se consacrer. 

Une des premières mesure prise par le gouvernement pour palier à cette léthargie littéraire qui frappe les citoyens Français est d'accorder un plan de relance afin de moderniser les bibliothèques. Il s'inscrit également sur trois axes principaux : "ouvrir plus", "offrir plus" et "former mieux". L'Etat va ainsi mobiliser 40M euros supplémentaire en 2021/2022 afin d'accélérer l'extension des horaires d'ouverture, la gratuité des services mais aussi la rénovation ou la construction de bibliothèques. Une initiative à souligner. 

Seulement, rendre les bibliothèques attractives est un point qui semble pourtant primordial afin de rendre les lieux davantage attrayants, conviviaux et chaleureux dans l'esprit des Français, et qui n'est pourtant indiqué à aucun moment dans le "plan de relance des bibliothèques" mis en place par le ministère. Car ce ne sont que, d'après les statistiques, moins de 30% des lecteurs, qui se rendent en bibliothèques. 

De plus, un dernier point qui n'est pas à négliger et qui relève de l'éducation nationale : pourquoi les enfants, pour 20% d'entre eux, à la sortie de l'école primaire, ne savent-ils pas (ou pas bien), lire, écrire et compter ? Source de grandes inégalités dans la poursuite de leur cursus scolaire, il s'agit là d'un sujet tabou qui fait froid aux yeux. Parce que au lieu de leur donner un réel accompagnement et de réelles chances de réussite, on leur fait simplement redoubler une classe... en espérant que l'année d'après, ils s'en sortent mieux ?

Enfin, contraint et forcé, les jeunes sont obligés dans leur cursus scolaire, de lire des livres qui ne les intéressent pas, mais surtout, qui ne leur transmettent pas le goût de la lecture ! Or, c'est un enjeu primordial chez l'enfant et l'adolescent, de lui donner l'envie de lire, peut importe le livre, ou le sujet choisi. Pour l'anthropologue au CNRS Michèle Petit, auteure de l'éloge de la lecture : la construction de soi ; "il est fréquent qu'on ne soit pas lecteur parce qu'on a l'impression d'avoir été forcé à lire. Ici, il y a une pression de la part d'une institution" que certains jugent beaucoup trop austère sur la question. 

Pour remédier à cela, certains enseignants usent d'ingéniosité et proposent des initiatives audacieuses et originales pour aider les adolescents à renouer avec la lecture. Ainsi, un enseignant qui faisait face à une classe de lycéens réticente à lire du Zola, leur a demandé d'imaginer l'univers de la bête humaine en jeu vidéo et de créer le profil des personnages sur les réseaux sociaux. De quoi inspirer les jeunes et permettre une alliance moderne entre lecture et numérique.

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