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A) Aux forums de trois jours de débats organisés annuellement par le journal Libération et décentralisés à Lyon :
hier samedi 25 septembre, André Chassaigne a réuni 12 personnes, Eva Joly pour les Verts-Europe Ecologie 500 personnes,
et l'année dernière Jean-Luc Mélenchon dans un débat avec A. Minc 400 personnes.
Ce comptage simple confirme ce que l'on peut trouver dans les écrits du PCF à différents niveaux, ainsi que par ailleurs sur internet, à propos de l'absence d'appui politique apporté et d'équipe chevronnée en soutien à André Chassaigne, qui semble pour l'instant un homme un peu seul.
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Cet aspect purement factuel illustre les rapports de force objectifs, ainsi que la réalité des appuis politique, humain et matériel dont bénéficient ou non, ces candidats à l'élection présidentielle,
sachant que dans quelques mois moins les fêtes de fin d'année, le candidat du Front de Gauche aura été quasiment choisi ; en effet, par exemple, le congrès du PCF de juin entérinera un choix qui (se) sera imposé quelques mois plus tôt.
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Pour mémoire figurent ci-après en rappel, les points forts politiques d'André Chassaigne et de Jean-Luc Mélenchon ( N.B.: ils incarnent deux avenirs différents du Front de Gauche sans possibilité de retour en arrière, que la dynamique de la campagne présidentielle va nécessairement impulser, en conjonction avec une situation économique et sociale très tendue) :
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* 1°) Nicolas Sarkozy a un intérêt évident à ce que le candidat du Front de Gauche soit le plus mordant possible vis-à-vis du candidat(e) socialiste, de façon à ce que l'écart entre lui et le candidat PS soit le plus grand à l'issue du 1er tour, afin d'aborder le 2nd tour en position favorable.
Aucun doute n'existe sur la différence de traitement à l'encontre du PS, entre Dédé plutôt consensuel, et Jean-Luc aux phrases intentionnellement assassines ; à ce propos on aura noté qu'à la récente convention de l'aile gauche du parti socialiste sont venus Olivier Besancenot du NPA, Jean-Vincent Placé l'homme qui compte parmi les Verts, Pierre Laurent du PCF, etc..., mais pas Jean-Luc Mélenchon.
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Celui-ci a comme allié objectif Nicolas Sarkozy, dont on connaît le pouvoir d'influence indéniable sur les médias ; Sarkozy utilisera la même tactique que François Mitterrand en 1986 avec la proportionnelle intégrale qui gêna sensiblement la droite avec le grand nombre de députés FN ; à l'instar d' O. Besancenot et de Ségolène Royal, JL. Mélenchon va comme par hasard devenir une coqueluche des médias-amis de Sarkozy, qui en plus aiment bien ses petites phrases malgré la rugosité occasionnelle de celles-ci à leur encontre.
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* 2°) Le PCF sait que la posture de Mélenchon plus à gauche que la moyenne du PCF et tactiquement avec une main tendue au NPA, plaît à un pourcentage non négligeable de militants actifs du parti.
De plus, dans un certains nombre d'endroits le Parti de Gauche est devenu localement une force qui compte ; la direction nationale du PCF d'une part, et les élus locaux PCF d'autre part, sont fortement enclins chacun de leur côté, à pousser à l'accord implicite et tacite avec Jean-Luc Mélenchon, qui consiste à laisser à celui-ci la candidature présidentielle, et à reconduire tous les sortants communistes aux cantonales et législatives.
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* 3°) Parmi les facteurs objectifs, il y a aussi les caractéristiques du Parti de Gauche, à savoir un parti organisé plutôt militairement et au service de son fondateur, ce qui donne discipline et cohésion, ainsi qu'une très grande souplesse tactique ; on peut faire à ce propos un certain parallèle avec N. Sarkozy.
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* 4°) André Chassaigne part en campagne avec deux ans de retard par rapport à JL. Mélenchon, qui lui de surcroît est entouré de différentes équipes maintenant bien rodées...
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* Mais dans l'autre sens,
A. Chassaigne a pour lui ses réseaux, par exemple auvergnat et ANECR Association Nationale des Elus Communistes et Républicains, les Identitaires du PCF qui peuvent éventuellement le préférer finalement à la candidature de témoignage d'Alain Bocquet, les Communistes du 21ème siècle qui ne portent pas Mélenchon dans leur coeur, un certain nombre d'adhérents de base du PCF qui pourront avoir un réflexe de patriotisme de parti quant à l'appartenance partidaire du candidat Front de Gauche pour la présidentielle, si tant est qu'on leur propose un choix entre plusieurs personnes, etc.
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* En dehors de ces facteurs objectifs, il n'y a pas lieu de personnaliser le débat.
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* Tout bien pesé sur la balance, le déséquilibre s'avère être significatif, en faveur de JL. Mélenchon.
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B) Ce qui semble important,
ce n'est pas en lui-même le match entre deux personnes pour être désignée/élue afin de représenter le Front de Gauche à l'élection imprimant hélas actuellement sa marque sur toute la vie électorale française,
mais bien le futur positionnement politique du Front de gauche, qui ne sera pas le même suivant que Mélenchon bénéficie, ou non, de la formidable tribune, de la grande dynamique que donne la candidature présidentielle, et de l'ascendant politique induit nécessairement quand en plus un certain nombre de facteurs sont réunis (voir plus haut), sans parler de la situation sociale que tout le monde connaît.
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On peut utilement se rappeler que JL. Mélenchon a été un membre actif de l'OCI lambertiste le parti trotskyste le plus compartimenté et le plus secret (voir Wikipedia, ce qu'il n'a jamais contesté comme le fit au contraire L. Jospin dans un premier temps), qu'il appelle affectueusement et avec respect François Mitterrand "le Vieux" pour ses qualités stratégiques et tactiques (voir Mediapart), que les réseaux franc-maçons de Mélenchon sont efficaces (voir les enquêtes successives réalisées par les journalistes d'investigation du "Point" et le livre de Sophie Coignard, auxquels il n'a jamais apporté de démentis), et qu'il a été sous-ministre sur la période 2000-2002 comme MG. Buffet.
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Or en l'état actuel des choix retenus par la direction du PCF, et au-delà des apparences et des discours, le temps joue en faveur de Mélenchon et de son choix stratégique, mais qui n'est pas celui du PCF tel qu'il est actuellement ;
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en effet l'objectif de JL. Mélenchon est d'assurer son leadership personnel sur tout ce qui est à gauche du parti actuel des Verts, à gauche du PS, incluant des trotskystes modérés en nombre croissant, ainsi que ce qui reste du PCF, et ceci en opposition réellement frontale à l'encontre du PS ;
en somme le symétrique de Marine Le Pen qui va prochainement instiller une posture et un zeste de culture de gouvernement au sein du nouveau FN, pour mettre fin à l'ostracisme électoral vis-à-vis de lui et pour pouvoir nouer des alliances avec la droite traditionnelle (comme l'avait fait au début de sa carrière politique l'ex-fasciste Gianfranco Fini en Italie, qui s'est tellement recentré qu'il est en passe de succéder à Berlusconi) ;
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tandis que le choix collectif du PCF est d'être relativement très critique vis-à-vis du PS, mais en animant la charnière entre les 2 gauches, pour que le Front de Gauche puisse peser face au futur ensemble {Verts + Europe Ecologie} et au PS.
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La priorité en ce moment est évidemment la lutte sociale et la bataille des retraites,
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mais cela n'empêche aucunement que le PCF accorde dès à présent un minimum d'appui politique et une équipe chevronnée en soutien à André Chassaigne, équipe technique et non mentor/oeil de la Direction.
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Si cela n'était pas le cas, l'issue serait connue d'avance,
et l'ensemble du processus politique en gestation et en liaison avec tous nos partenaires potentiels politiques et sociaux, ne serait qu'un faux-semblant en trompe l'oeil.
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Post-scriptum : Frédéric Dutoit, ancien député PCF de Marseille, vient d’écrire sur son site le 23 septembre, qu'André Chassaigne serait le candidat sous-marin de la direction du PCF.
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Si cela était le cas, au vu de ce nous voyons actuellement quant à l'appui du bout des lèvres concédé à A. Chassaigne et quant aux moyens ridicules dont dispose celui-ci, et surtout au vu du court laps de temps restant pour ré-équilibrer les chances entre les 2 hommes et les 2 stratégies,
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nous avons peut-être un peu de souci à nous faire sur la possibilité pour les dirigeants nationaux actuels du PCF de contrôler une évolution tactique dans un contexte de dynamique de groupe, entre autres sur les plans médiatique (avec une relative supériorité du PG sur le PCF) et idéologique (pour mémoire, c'est le Jean-Pierre Chevènement de l'aile gauche du tout nouveau petit PS qui a été en 1971 la cheville ouvrière de la rédaction effective du Programme Commun PCF-PS).
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Le PCF refuse officiellement du moins un processus de type "Die Linke" allemand (association des post-communistes réalistes des régions orientales avec des syndicalistes dissidents et des activistes des régions occidentales) et adapté/transposé au contexte français ;
mais la manière de gérer la situation en cette période de rentrée semblerait y aboutir à reculons et d'une manière défensive et masquée, dans la position la moins favorable.
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Donnons-nous MAINTENANT les moyens de défendre une stratégie et une personne qui la porte, et ensuite dans quelques mois discutons franchement ET positivement à l'allemande, au lieu de le faire à l'italienne
(ceci est un parallèle avec les deux contextes de nos voisins, et opposés quant à leur efficacité politique ; que mes amis d'origine italienne ne m'en tiennent pas rigueur).
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le dimanche 26 septembre 2010 22:17
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