Violences : des conseils policiers justifiés juridiquement en ordres exécutoires

Dans la rubrique "Chroniques du Nouveau Monde", il y a lieu d'envisager un nouveau paradigme concernant les violences conjugales. A l'instar de "Les Inconnus", les femmes violentées doivent se justifier de leur viol et accepter comme un ordre les conseils des agents de la force publique. Cet élément s'additionne à la fonction policière recherchée en ces temps sombres.

Après le surréalisme, voilà la réalité augmentée comme vous ne l'avez jamais vue.
"Shakez des Pokes et des Monts" à tire larigot et comme vous en aurez le désir. A force de chercher des singularités on arrive à la suprême fourberie, de celle que vous avez envie de voir sur grand écran pour le prix d'une place de cinéma.
"Entrez dans le Freaks, la Monstrueuse Parade des clowns". Chacun en aura pour son argent, même si on n'a pas payé sa place. Si, si, c'est comme cela dans le "nouveau monde". Car nous ne sommes pas au cinéma. Ou plutôt le Nouveau Monde c'est une matrice cinématographique.

             Aujourd'hui c'est l'histoire d'une violentée conjugale qui se fait défenestrer par son conjoint violent. Elle restera paraplégique et en fauteuil pour le restant de sa vie, laquelle sera plus longue qu'elle n'a été jusqu'à présent, c'est à dire qu'elle va passer plus de 50 % de sa vie dans ces nouvelles conditions.
Cette histoire pourrait rester dans la rubrique "faits divers" et "chiens écrasés" si on n'apprenait pas aujourd'hui que la victime s'est vue amputée d'une bonne partie de ses dommages pécuniaires au motif qu'elle était plus que partie prenante dans sa défenestration. En effet elle n'a pas tenu compte des conseils de la police qui lui donnait comme solution simple à sa situation conjugopathique de déménager.
Cette affaire est relatée ce jour par la chaine radio France-Info.

Il ne s'agit pas de faire de l'imaginaire dans cette occurrence, c'est à dire d'élaborer une fantasmagorie par exemple du genre : "Elle l'a bien cherché, Elle n'avait qu'à partir". Après tout, qu'en savons-nous ? Et quand bien même, nous avons Me Schiappa qui j'espère ne manquera pas de se saisir de cette affaire.
Non, nul imaginaire n'est requis pour constater l'invraisemblance de la situation : car il s'agit d'acter, de faire passer dans les faits ainsi relatés par France Info, qu'à l'évidence la victime a fait exprès de rester à son domicile malgré la présence de son conjoint (qui y habite aussi et est aussi chez lui semble-t-il) violent et signalé comme tel aux instances tutélaires décisionnaires (la Justice) par l'intermédiaire des représentants de l'ordre public (la Police). Si je me trompe sur les prérogatives de chacun qu'on m'en informe aussitôt.
Pour que dans cette situation l'affaire soit cohérente il suffirait je pense que la victime soit psychopathe. Dans cette condition il y a lieu "bien évidemment" qu'on la, qu'elle se, allez-savoir avec les fous, défenestre parce qu'elle ne veut pas passer par la porte. La cohérence est possible pour une IA déviante avec de tels arguments et un sérieux module !
D'ailleurs, la victime n'est pas une victime et est sans doute "folle" pour plusieurs raisons :
Elle continue d'habiter chez elle !
Elle doit passer par la fenêtre pour en sortir !
Elle n'écoute pas les conseils avisés et finaux des policiers !

Au final la victime n'est pas présentée comme folle. D'abord parce qu'elle ne l'est pas, j'en suis sur. Et personne ne semble dire le contraire.
Elle n'est donc pas folle.
"Alors donc ?...
- Que voulez-vous dire ?
- Comment faire pour lui diminuer ses indemnités de victime ?
- Une seule solution : elle doit être responsable de ses actes.
- Comment faire pour la rendre responsable de ses actes ?
- La police lui a conseillé de déménager, l'a t-elle fait ?
- Non.
- C'est parfait ! Alertez les assureurs qu'ils peuvent alléger les versements". Il est pas beau le Nouveau Monde ?

              Plus sérieusement, d'un point de vue épidémiologique et avec les contraintes éthiques soulevées par cette "remarquable aventure" on peut faire une analyse artistique de notre modèle situationniste :
En prévention primaire : diminution de l'incidence des victimes de défenestration par violence d'un tiers. Dans notre monde, ancien ou nouveau, cet objectif en abscisse se heurte à un coefficient directeur de l'ordre de l'infini. C'est à dire que ce cas de figure ne se voit pas dans notre société, sauf quand il y a le feu, confère par exemple une fameuse Tour Infernale...
En prévention secondaire : diminution de la prévalence des victimes de défenestration par violence d'un tiers. En dégradant le statut de la victime vers une hauteur plus basse, aux alentours de la complicité...
En prévention tertiaire : ici c'est catastrophique et intenable. Car en plus de la dégradation physique (fauteuil roulant à vie), les dégradations psychologiques et psychiques seront elles aussi séquelles et couteront à la société. Il faut entendre ici que c'est comme si on l'avait défenestrée une deuxième fois. Mais ce n'est "qu'une" défenestration virtuelle, psychologique, vous savez, de celles dont on ne peut se débarrasser même pendant le sommeil.

Critique personnelle : il parait légitime d'accorder à cette malheureuse le bénéfice du doute quant à la nature du contrat qu'elle aurait implicitement passé avec son agresseur et sur lequel la police a été désignée par la justice comme ayant capacité à faire d'un conseil une exécution.
Critique de mon voisin le Sage Syncrétique : si encore le monde tournait carré on pourrait espérer un changement tous les PI/2 radians, mais en l'état tout est fait pour arrêter la marche du Monde sur la "bonne" arête, celle où le SMIC sera négatif. Le Monde où les travailleurs devront payer l'équivalent du double de leur salaire à leur patrons. Dans ce Monde le chômage aura disparu et tout le Monde voudra enfin être patron. Le libéralisme aura produit ses effets et nous on aura un oeil au milieu du front.

Bonne année à tous les lecteurs.

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