"Sous un chapeau de Paille, j'siffle un jus de papaille, aïe, aïe, aïe"*

Le Président dans ses vœux pour 2019 entame une phrase par : "Certains..." La suite est un déroulé académique. Je m'attarde sur l'emploi de cet adjectif au nombre pluriel, m'attache à lui donner un sens linguistique, et ensuite à en imaginer une représentation dans le "Grand Corps Social". En complément je fais une petite remarque au gouvernement au sujet de la liberté de circulation.

Le Président dans ses vœux aux français pour 2019 nous dit que : "Certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple – mais lequel, d’où ? Comment ? Et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France !"

Tout a été dit sur ces quelques mots à mon sens bien malheureux. Ce qui m'interpelle le plus c'est l'emploi de l'adjectif "certains"
On a envie de répondre à la Jouvet : "Certains, vous avez-dit certains ? En êtes vous certain ?!" Car le nombre pluriel exclut de manière rédhibitoire la certitude pour nous plonger dans le monde magique de l'incertitude.
Nous sommes au moment des souhaits d'année à venir, des bénédictions et des charmes (demain l'épiphanie) et notre président, moi il me charme, pas vous ? Macron c'est un roi. Un roi "et en même temps" un mage. C'est un Roi-Mage. A peine il parle que tout est exhaussé, que tout est porté au dessus de soi. Macron nous élève vers un monde magique, immanent de sa parole et de ses visions, avec en visée une performance jupitérienne. Une performance dans laquelle le complexe sera dépassé, le bien et le mal réconciliés, aïe, aïe, aïe.

Le fait de désigner des éléments de l'Ensemble du Corps Social par cet élément de langage a deux conséquences éthiques** à remarquer :
Il y a de fait la ségrégation d'une partie du Corps : en biologie cela donne lieu à des maladies autrefois cachées car considérées comme "honteuses".
Il y a acte pernicieux de nébulisation d'un doute dont le but est d'induire dans les consciences individuelles soit une dissonance cognitive, soit une angoisse (une peur sans objet). Nébulisation non pas de sucre liquéfié pour produire de la Barbe à Papa mais du sentiment d'incertitude. Pour rester dans la métaphore cancéreuse, c'est comme s'il s'agissait de passer au stade d'envahissement métastatique. 

Deux autres remarques donnent lieu à deux contraintes à prendre également en compte :
remarque linguistique : il n'y a pas d'ambivalence, pas de "en même temps" quand on observe et qu'on constate le nombre affecté à l'adjectif. Le fait de dire "certains" entraine certainement l'incertitude. A contrario le fait de dire "certain" entraine parfois sinon toujours la certitude. Ici le nombre utilisé est le pluriel. Nous sommes donc dans l'incertitude à coup sur. Ne pas désigner l'ennemi c'est générer de l'angoisse dans la population, donc créer une psychose collective. Le risque d'avoir une société psychopathique est réel avec de tels arguments. Créer la psychose dans une population est une politique qui satisfait les candidats à la tyrannie, c'est certain.
remarque économicopolitique : Le nombre pluriel gène l'individualisme qui est le chemin éclairé par le libéralisme. Les regroupements, les manifestations sont contrôlées par les pouvoirs aspirants à l'immortalité (à sortir de la temporalité). Les regroupements sont qualifiés d'attroupements pour permettre de leur opposer une force militaire et non plus de police ou de milice, ou d'infiltration, ou de surveillance de masse ou individuelle. A quoi la police peut-elle bien servir d'autre ? Les forces de police sont par essence réactionnaires et luttent contre l'entropie au prix d'une énergie (d'argent) qui ne leur appartient pas. Leur raison d'être c'est le fait de contrôler leur raison d'être (le Corps Social) ce qui est comme vouloir tuer la poule aux oeufs d'or. Et tout cela sous le commandement de l'élu universel (comme le suffrage), notre Président. Le capitalisme doit résoudre une équation du second degré qui n'a pas de solutions car il est impossible de concilier liberté (absolue dans la doctrine du système néo-capitalisme) et conservatisme.
A contrario le nombre singulier, représentant ultime de l'individualisme, est le moteur de la liberté d'un système libéral. Or on observe sur le plan social que lorsqu'on intègre la fonction de l'individualisme dans son domaine de définition, on obtient (au niveau du groupe) un emprisonnement individuel de haute intensité, par le principe que ma petite liberté s'arrête là où commence celles de tous les autres.
C'est donc par le biais de l'individualisme que les privations de libertés collectives peuvent s'opérer. Et puisqu'il s'agit de gouverner un appareil d'État, la France et non les français, un groupe et non une somme d'individu, allons-y franchement, soyons Primitifs, intégrons. L'avantage d'une intégration c'est que vous avez une constante qui apparait et dont la valeur peut être librement choisie parmi l'ensemble des scalaires (un scalaire est une valeur non une fonction - un scalaire n'est pas une variable, ni une inconnue - sa dérivée est nulle).

Exemples d'exercice : Trouvez les fonctions les intégrales et déterminer les scalaires qui apparaissent avec les arguments développés dans le discours politique actuel :
a) "Restez chez vous car il y a des terroristes dans la rue". Résolu : la fonction c'est "isoler l'individu", son intégrale c'est "isoler tous les individus, chacun de manière individuelle, pour avoir le calme sur le territoire", et le scalaire qui apparait dans l'intégrale utilisée c'est "car il existe des terroristes dans la rue".
b) Ne manifestez pas car vous serez contrôlé, ciblé puis exfiltré un à un (dans les limites des capacités d'exfiltration bien évidemment).
c) Plus potache : "Français, françaises, vous qui avez de la merde jusqu'au coup et moi qui n'en ai que jusqu'aux genoux parce que je suis plus grand que vous, français, françaises, démerdez-vous". Un indice : "si vous sortez-de chez vous n'oubliez pas que le forfait actuellement est de 1 cent par décamètre rien que pour le gasoil". Ce forfait double sur les axes autoroutiers sous péages. Ajoutez la (mal)bouffe, le prix des semelles, le temps perdu, et le forfait monte dangereusement.

Cours élémentaire d'économie :
Nash lui-même ne peut nier le fait que dans la cours d'école élémentaire, le meilleur joueur de bille n'a pas intérêt à gagner toutes les billes, sinon il finit allégoriquement comme Midas avec son or, à constater la disparition de la monnaie d'échange (les billes) et donc des parties, et donc du jeu lui même.
S'il n'aime pas les billes et qu'il a fait tout cela pour en détruire le jeu, on peux remarquer la perversité du génie.
S'il aime les billes alors il est à plaindre plus que nous, vous ne trouvez pas ?

Les Gilets Jaunes font preuve de créativité et c'est le seul avenir possible. La manière de faire est artistique à le voir comme une intégrale. Cela donne du baume au cœur. La France existe, elle est territoriale c'est naturellement certain, ce n'est pas l'identité de chacun qui fait désordre mais bien l'intégration de la Dette aux parties de l'ensemble. En Neuve Langue cette intégration usurpe le terme de décentralisation (chère aux Girondins).
C'est dans l'incertitude que le charme artistique opère. Un comédien le sait bien. Le mystère est ce qui différencie la star de la vedette. La peopolisation ne peut donc pas être de la divinité. La peopolisation c'est le vedettariat, rien à voir avec le mythe de la star. Notre président n'est pas ambivalent (donc sans le mystère qui fait le charme), au contraire il apparait contradictoire. C'est pourquoi il fait peur aux gens. Sa contradiction est dans sa diction et son comportement, enfouie profondément dans sa propre inconscience qu'il ne peux nier d'avoir, sauf à rêver de moutons mécaniques bien sur.

Conclusion : Dans le nouveau Monde l'incertitude est nécessaire à la créativité. Il y a tout lieu de penser que le mouvement des Gilets Jaunes, très créateur, va profiter de la manière présidentielle de voir les choses en 2019.
Le Corps Social Français, c'est ça le peuple. Le problème c'est sa représentation. Est-ce la tête qui dirige le corps ou bien les jambes ? Est-ce le foie épurateur ou la pompe cardiaque ? Est-ce la pression sanguine ou la fonction rénale. A l'échelle intracellulaire est-ce le noyau ou le cytoplasme, l'ADN ou l'ARNm, Les histones où le REG (Réticulum endoplasmique granuleux) ? Sauf à risquer un handicap par amputation, la cellule est indivisible, le corps humain est indivisible, la société française est indivisible.

 

               Petit élément à mettre en exergue dans ce tableau :
De son côté Mr Benjamin Griveaux, portant la parole du gouvernement, déclare hier que « le mouvement dit des gilets jaunes est devenu le fait d'agitateurs qui veulent l'insurrection et, au fond, renverser le gouvernement », et souligne que « quiconque entravera la liberté de nos concitoyens (notamment la liberté de circuler) se mettra de facto en contravention avec la loi »
Lorsque je rentre cette déclaration dans mon logiciel celui-ci me répond que la liberté de circuler dans notre pays est entravée en premier par le droit d'octroi des péages, quel qu'en soit le motif : privatisation, entretient du réseau routier, interdiction écologique ou démographique. Cela ne contrevient-il pas à la libre circulation des biens et des personnes ? Il semble que l'espace européen soit voulu comme un espace sans douanes, sans barrières et sans péages aux frontières. Alors que justifie ces barrières à l'intérieur du territoire ?

 

FIN

* Extrait de la chanson "SS in Uruguay" - album "Rock Around The Bunker" - Serge Gainsbourg 1975
** "L'éthique est à la déontologie ce que la morale est à la religion" - Paroles du Sage Syncrétique

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