Tous les russes sont frères...

"Tous les russes sont frères"... Un classique de l'esprit français à travers une boutade comme périhélie linguistique. Explication de texte pour curieux affranchis.

Au pays du Grand Mashmalow, le petit Fabien et son père sont assis sur un banc. Ils mangent leur barbe à Papa et ont le regard fixé de l'autre côté du jardin, car la scène est sympa...

Deux crochus, l'un sophiste l'autre linguiste se tiennent par la barbe, ensuite ils en viennent aux mots.
Le sophiste dégaine le premier : "tous les russes sont frères, pourquoi ?"
La réponse du linguiste se tord dans les arguments : "... le russe slave..., et s'il s'lave... c'est qu'il s'nettoie, et s'il ce n'est toi c'est donc son frère !"
Croyez-vous qu'il y a là de quoi clouer le bec à un sophiste ?.. Pas du tout ! Voici que ce dernier renchérit dans l'ironie :
"Ça marche aussi avec les américains ton tour de passe-passe ?
- Oui bien sur, écoutez : certains américains sont slaves, pas tous, mais ceux qui s'lavent pas sont quand même américains"

Voilà le sophiste qui sent sa barbe lui faire mal. Il est à court d'argument. Il agite les phonèmes et invoque une tricherie. Voilà bien un oxymore. Mais le linguiste poursuit sa démonstration : 
"Histoire de phonèmes dites vous ? Pas sûr, je réexplique : tous les russes sont slaves, certains se lavent, d'autres non. Parmi ces derniers il y en a quelques uns qui sont en Amérique, pour travail ou tourisme peu importe. Certains sont naturalisés. Ceux là sont d'origine russes et sont des américains propres parce qu'ils se lavent...
- Ça suffit, lâchez-moi la barbe !"

Laissons de côté les archétypes de type jungien et oublions la fable, mais un moment seulement car nous serons obligé d'y revenir. 
Pour l'instant attardons nous sur l'épure qui nous préoccupe. Dépouillons la phrase de "ce qui plait à la paresse de nos yeux" pour nous plonger dans le phonème, le vrai, et redessinons la phrase : 
Toulérus sonslav, és sonslav sék isnétoi, és isnétoi cédonkton frère
Ce processus est dit de compression* (laquelle se fait avec un compilateur dans nos PC)

1° Donc voici le premier principe : la linguistique n'est pas un code mais une compression du langage

2° Deuxième principe (à démontrer) :
la linguistique s'appuie sur des archétypes jungiens pour asséner la manière de dire, donc de voir, les choses.

3° La linguistique utilise la mélodie et le rythme pour le phrasé. C'est la Lyre d'Orphée, pardon pour ce nouvel archétype. La ponctuation sert au rythme de la phrase. Ici entre en scène le troisième paramètre de définition de la linguistique. 

Les romanciers, en particuliers les auteurs de polars et autres anthropo-socio-psycho-logues sont des linguistes bon gré, mal gré.
Les poètes sont autre chose. Les poètes comme les argotistes, ces pirates du mot, appellent des futuro-types audacieux et féeriques autant que les gueux peuvent en faire, grossiers et vulgaires.

Conclusion : la linguistique sert au sein d'une collectivité entropique, sans champ de force, à réaliser les concepts symboliques dans l'unique but de les partager. 

 

* La compression n'est pas un codage. Voici la même phrase codée :
var A = "sonslav" 
var B = "és" 
var C = "isnétoi" 
print  "Toulérus"+A+", "+B+" "+A+" sék "+C+", "+B+C+" cédonkton frère"

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