2075 : Wanted Hasard : Reward Immortality

Du hasard comme bouc émissaire des échecs de la paranoïa compensée, comparé à la nécessité comme conséquence du "principe de moindre réalité", il n'y a plus de pas à faire ! Plus la réalité est conforme moins on en supporte ses imperfections. Nous sortons de "la vallée de l'étrange". Le point de "cristallisation quantique" est atteint.

       En 2075 une pancarte Wanted était affichée sur toutes les portes des saloons et autres lieux de commotions collectives*. On recherchait un fuyard du nom de Hasard, et on promettait l'immortalité à tous les chasseurs de primes qui dès lors se multiplièrent avec la bénédiction de leur autorité de tutelle. Hasard avait disparu 5 ans auparavant avec la résolution du nombre Pi. En disparaissant Hasard avait laissé sa compagne Espérance dans une mélancolie infinie. La zombi-fi-cation par l'IA qui suivit avait atteint l'IA elle même, et ce fut là la dernière manifestation de Hasard. La suite a donc été la fixation des Choses. L'horlogerie cosmique s'était arrêtée, il n'y avait plus de saisons bien que la Terre continua de tourner, jour et nuit.
Les nouveaux philosophes du moment, qu'ils eut été opportunistes ou appelés, expliquèrent que cette disparition n'avait rien de hasardeux mais qu'elle était en programmation dès le début des machines de Turing et du boulier en général, et trouvait ses origines dans le partage du territoire. Des théories complotistes mettaient en complicité la face cachée de la Lune et la "Révolte du Proton", c'est vous dire le désarroi de la planète Mère. Mais l'histoire a retenu que l'Histoire s'est achevée avec la résolution du nombre Pi.

En 2075, cela fait 5 ans que Pi a été résolu et trouvé fini. La singularité originelle ayant été découverte on a pu la rendre entière et ainsi la normalisation universelle fut réalisée. Hasard intervint une dernière fois en donnant la possibilité algorithmique de démultiplier cet horizon. Cette possibilité émergente de réaliser des multivers un peu partout dans nos machines sensorielles fut la dernière chose qui n'avait pas été prévue. La conséquence fut la disparition du Hasard et la fixation des choses dans l'instant qui devint éternel. La zombi-fi-cation de masse ayant achevé son processus millénariste, Hasard s'était alors enfuit laissant sa complice Nécessité en état de catatonie. Là où il y avait de l'or on voyait du plomb et dans les écoles de commerces on enseignait la non commutativité du Réel par des opérations matricielles.

Le hasard ayant disparu, l'immobilité s'était installée pour toujours et ce fut l'effondrement du système, sans aucun collapsus, juste son arrêt immédiat. Les choses étaient désormais fixées à jamais. C'est comme si une Minerve galactique avait pétrifié le Monde d'un seul regard.

        Du hasard comme bouc émissaire des échecs de la paranoïa compensée, comparé à la nécessité comme conséquence du principe de moindre réalité**, il n'y a plus de pas à faire. Nous sortons de la vallée de l'étrange. Le point de cristallisation est atteint mais comme il est virtuel et quantique il n'est pas encore monté à la conscience humaine, trop lente à l'échelle de la nanotechnologie.
Plus rien n'est laissé au hasard, l'IA s'accapare tout. Elle s'est élevée au carré, c'est à dire qu'elle s'est accaparer elle même.
Lorsqu'on est capable de prévoir les accidents c'est que ceux-ci n'existent plus. Le terme "accident" est devenu vintage et a finit par disparaitre du dictionnaire. Tout est prévisible et le risque zéro est revendiqué comme droit hominoïde primordial. 
S'il n'y a plus d'accidents, il n'y a plus de hasard et non plus de futur, juste le destin. Avec l'avantage de le connaître d'avance. Une aubaine pour les tyrans.
Le philosophe et le scientifique se demandent à ce stade si ce futur promis est Réel ou une construction.

La vallée dérangeante qu'est-ce que c'est ?
Qui n'a pas imaginé que son "petit nounours", son objet transitionnel favori, élu, ne puisse pas parler et se mouvoir librement. Alors en 2025 il devient un adulte fortuné et s'acheta un robot androïde. Au début l'excitation et la curiosité projetaient sur cet objet une affection telle qu'il en était familier. Puis un jour un sentiment étrange monta à la conscience du propriétaire. Ce robot est "trop" humain se dit l'humain qui dès lors entre dans la "vallée de l'étrange". Ce n'est que lorsqu'il en sortira (de préférence vainqueur nous lui souhaitons) qu'il arrivera au transhumanisme.
Cette vallée est dérangeante. Elle est une zone bornée du graphe (en abscisses ou numérateur : curiosité ou intérêt ou plaisir ou bonheur ou plénitude / en ordonnées ou dénominateur : similitude ou mimétisme ou ressemblance ou imitation) dans laquelle les valeurs au numérateur s'effondrent pour devenir négatives. Dans le cas des Hubots ces robots humains, cette vallée de l'étrange est l'écume d'un océan de schèmes et d'archétypes collectifs puissants (au sens jungien) nous renvoyant aux époques où les rêves étaient si réalistes qu'ils généraient des dynasties d'oracles. L'humanité aura vécu telle qu'on la connait avec ses hystéries et ses paranoïaques lorsque l'homme aura défoulé ses instincts dits primaires (ses pulsions moches et tristes).

Cette vallée de l'étrange est un état émotionnel inconfortable résultant d'une dissonance cognitive archaïque dans laquelle le désir de fusion avec l'étrange nous submerge au point que le refoulement est le recours le plus sociable possible. C'est le désir de puissance lequel se dérive en pouvoir, en possessions, en numéraire, en recherche de la fontaine de jouvence ou de l'éternité.
Statues de paille, de bois, de terre, de pierre, d'os, de bronze ou de fer, d'argent ou d'or, plus la machine ressemble à l'humain et moins on tolère ses imperfections. Au sens large cette maxime se formule ainsi : plus on est confronté à une réalité et moins et on en supporte les imperfections. Le rôle de la tyrannie est au minimum d'arrondir les angles avec l'étrange Réel, au pire le détruire (pour "rebâtir" une nouvelle réalité bien sûr).

Nous sommes collectivement dans la vallée de l'étrange avec cette réalité augmentée qui nous submerge. Il ne faudra pas longtemps pour en sortir et que l'humanité 2.0 advienne.

à suivre...


Références :
Idéation : projection (artistique, artisanale, ouvrière) dans les lobes frontaux de la construction d'un futur consonant
Les différents types de production : Ouvrière ; artisanale ; artistique. Le sens chronologique est inversé dans l'histoire de l'humanité.
Internet comme  retour dans la Babylonie mythique : dans l'enceinte de la Babylone mythique chaque étranger parlait la même langue, et quand l'un parlait tous l'entendaient. Le roi, prit d'orgueil, se mit dans l'idée (projection ouvrière dans les lobes frontaux de la construction d'un futur consonant) de bâtir une fameuse tour et chacun pour son propre désir se vantait d'être à l’œuvre pour son accomplissement, si bien que l'orgueil s'empara de tous et les langues mères réapparurent. Plus personne ne se comprenait plus ni se s'entendait. Si bien que les pierres furent insensiblement mais certainement mal taillées, les côtes mal servies, et les ouvrages allaient de petits échecs en grandes catastrophes. Les colères se manifestèrent et l'incompréhension s'installait. Jusqu'à la colère du "Tout Puissant" à qui l'on délégua la responsabilité de la tour lorsqu'elle s'écroula. Ce fut la débandade, et après la stupéfaction chacun retourna à ses foyers, et les peuples à leurs nations. La crise n'était plus comme jadis naturelle mais sociale. Le mythe de Babel c'est la naissance des langues et des nations fratricides.
Nous sommes en ce jour de rédaction, un 25 décembre : "Joyeux Noël à tous les lecteurs".

Renvois des astérisques :
* psychodômes officiellement appelés "lieux de commotions collectives" sont des établissements qui à partir de 2025 remplacèrent les théâtres et autres troquets, et dans lequel on vient assister aux performances d'artistes aux rêveries spectaculaires.

** le principe de moindre réalité est un concept qui a été développé par le think tank PAPANE au tout début du 21ème siècle pour décrire la psyché en terme d'économie thermodynamique sans avoir besoin des concepts de neurosciences. Il dérive du principe de moindre action et de celui de moindre temps. (confère : "Comprendre la Physique Quantique en 2005" - CD Rom pour médiathèques, aux éditions PAPANE, distribution COLACO - épuisé)

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.