Etre ou Personne, se tromper de cible peut être catastrophique

Une armée d'avocat le 25/10/18 vient faire le point juridique de la situation de Mr le député J.L. Mélenchon. L'agression d'une personne incorruptible étant impossible, il s'agit donc de créer une non-humanité (dans le sens non-normalité) au "personnage". Voilà bien la difficulté, car quelque puissance que ce soit est incapable d'infléchir l'Etre.

Bon le chapô parait évasif et hors sujet, mais c'est que dans cette médiatisation de ce qui va devenir "l'affaire des perquisitions au siège de la France Insoumise" nous explorons des dimensions qui dépassent l'entendement commun. Seul un syncrétisme puissant peut nous empêcher de devenir fou devant la cascade de doubles-paradoxes, dont les effets sinon le but, à terme, sont de vous rendre schizophrènes (ou, si contrat bien négocié, paranoïaque).

En ce qui concerne l'Etre de cet individu je ne peux rien dire sinon que cet homme porte le nom de la considération pour la misère d'autrui et qu'il est béni de chance à chaque fois qu'on le prononce.

Pour ses détracteurs en revanche il y a beaucoup à dire tant il n'y a rien de plus inhumain que d'attaquer l'Etre plutôt que la personne. Voilà une armée d'avocat qui en conférence de presse le 25 courant vient faire le point juridique de la situation à l'occasion de l'agression du candidat à la dernière présidentielle. L'agression sur la personne n'est plus à démontrer. Ce qui importe c'est de montrer le caractère inhumain du "personnage". Or lorsque la personne est incorruptible il faut s'en prendre à l'Etre. Voilà bien la difficulté, car quelque puissance que ce soit est incapable d'infléchir l'Etre. La personne certes, mais l'Etre est quant à lui inaliénable et incontrolable, même par toutes les personnes que l'on peut développer dans sa vie. Les problèmes sociaux et sociétaux viennent des personnes, pas des individus.
En une phrase comme en cent, L'Etre n'est qu'un gout et/ou qu'une couleur. Toujours le même quelque soit la longévité de sa vie. Les gens qui pensent avoir eu plusieurs vies en une ont eu enfait plusieurs personnalités dans la même vie, mais à chaque personnalité, surtout si elle est placée dans des situations extrêmes, l'Etre ressurgit. Et tout ceux qui cherchent à révéler l'Etre pour justifier une personnalité sont des représentants de la cause inhumaine.
La personne par contre est criticable car la personne est une représentation de l'Etre. La personne ou les personnalités sont a contrario de l'Etre des nécessités sociales (dont le but est en premier de protéger et de sécuriser l'Etre). La personne renvoit au personnage, c'est à dire au masque de l'individu. Par cet artifice la personne est criticable mais pas l'Etre qui est derrière. Ceux qui voient ici un éloge à la fourberie devraient changer de masque, en mettre un avec des lunettes grossissantes pour bien voir les détails de cette affirmation. Pour les aider l'exemple du naufragé solitaire (et non celui de l'enfant sauvage) est éloquent.
A quoi servent toutes les personnalités du naufragé solitaire qui se retrouve de fait (et très rapidement) seul devant son Etre ? La réponse à cette question peut en être inspirée par une autre : "si vous n'aviez qu'un seul livre à emporter...lequel choisiriez-vous ?"
Inutile de parler de ceux qui choisissent l'annuaire, un atlas géographique, ou la dernière mise à jour du langage C+. Pas bien plus de ceux qui choisissent le dernier roman ou essai à la mode. Qu'adviendra-t-il aussi de ceux qui choisissent un ouvrage scientique ou un manuel de survie ?
Bien peu auront l'idée de choisir un dictionnaire. Ma réponse est que "je prendrai celui que j'écrirai". Et comme je n'ai à priori pas de plume ni de papier, je l'écrirai comme on écrit un territoire. Un territoire pour mon Etre et non pour ma personne.

A cette conférence de presse les journalistes sont restés bien silencieux, comme quoi le sujet va devenir très sérieux.
Il n'y a que deux genres de spectacles : les comédies et les tragédies, les drames faisant partie des premières. Ce qui apparait comme une comédie à première vue risque bien de devenir, à la dernière scène une tragédie. Restons donc miséricordieux devant cette pièce qui est en train de se jouer. Cette conférence des avocats de la défense n'est que la dernière scène du premier acte. Elle clot la mise en place des protagonistes et de l'intrigue. Le temps de la colère est terminé mais pas celui de la violence ni celui de la haine. Le suspens reste fort et cela est heureux pour l'attrait du scénario. Ce qui rend la Chose réelle c'est qu'Elle est imprévisible. La pièce va donc nous surprendre car elle est inscrite dans une performance au minimum nationale.
J'espère que le second acte sera celui du fond, dans lequel j'aimerai quand même que le Scénariste incruste les éléments qui "décompléxifie" la situation. La solennité va s'imposer d'elle même dès lors que l'on se rappelle ces 3 points :
1° La colère est un sentiment humain aux multiples expressions mais qui n'a qu'un seul but, celui de préserver l'intégrité physique ou psychique. Ce qui revient à dire que la colère est toujours une réaction, un effet et non une cause.
2° La violence n'est pas un sentiment mais un comportement, une action, qui a de remarquable qu'il ne souffre aucune limite.
3° La haine, c'est se réjouir du malheur d'autrui, rien de plus.
[4° en ce qui concerne l'injure, qui n'est pas clairement exposée dans la pièce, juste se rappeler qu'elle côtoie la fourberie et le mensonge. Une vérité, toute blessante ou vulgaire soit-elle n'est jamais une injure].

Il sort de ces trois points que le colérique n'est ni violent, ni haineux. Que prendre un maillet pour tuer un moustique c'est de la violence. Que se réjouir de voir les calamités s'abattrent sur le voisin c'est de la haine.

L. Castelluci (philosophe à ses heures perdues. "Comme tout esprit qui se respecte je me parle à moi même")

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