Douze nouvelles, douze rounds

Douze. Douze nouvelles. Comme les douze rounds d’un match de boxe. Et vous ne sortirez pas du ring de la lecture de ce livre en meilleur état qu’un pugiliste ! En fait, le gong vous aura sauvé douze fois du KO absolu !

Douze. Douze nouvelles. Comme les douze rounds d’un match de boxe. Et vous ne sortirez pas du ring de la lecture de ce livre en meilleur état qu’un pugiliste ! En fait, le gong vous aura sauvé douze fois du KO absolu !

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Thom Jones vient s’inscrire, à cette lecture choc, dans votre paysage littéraire, comme un nouvelliste majeur, dans la grande tradition américaine, celle des London, des Carver. Il renforce encore notre émerveillement devant cette fabuleuse richesse que les USA possèdent dans un genre pourtant si exigeant, si difficile.

Le titre du livre en fait est celui de la première nouvelle. La seule réellement boxistique. Celle où Sonny Liston – flesh and bones – fait une apparition à la fois fantomatique et merveilleuse. Celle où le lecteur est saisi par le style décapant de Jones, fait d’humour de la rue, de grossièreté des salles d’entrainement, et de tendresse vibrante envers les cabossés de la vie.

La figure de la Conductrice était couverte d’un masque vert luminescent.

«  Tu l’as mis KO ? » s’enquit-elle d’un air las ? Il y avait un drap de bain sur l’oreiller de la Conductrice et des miettes de croûte verte tombaient de sa figure quand elle parlait.

« Seigneur. La Créature du marais » dit Kid Dynamite.

«  C’est un masque antirides. Tu l’as mis KO oui ou non ? » (Sonny Liston était mon ami)

 

 

Du ring au Vietnam le chemin est droit. La terreur plus immense et le bouclier de l’humour plus nécessaire encore, au milieu des corps en pièces, et de l’Enfer qui broie les hommes sans qu’ils n’y comprennent rien. Juste chair à canon et la dérision, pour rester humains malgré tout.

 

 

«  J’en ai ma claque de me coltiner cette putain de radio, ce foutu gilet pare-balles, ces saloperies de chargeurs pour la M-60, la trousse de secours – ma claque de toutes ces bon dieu de saloperies de merde. Là, tout de suite, je meurs d’envie d’entendre des quatuors à cordes et d’apprendre à chanter des madrigaux. Le Corps des Marines, ça ne me va plus du tout. »  (Dans l’éternité des champs de lavande)

 

 

De crochet en uppercut, de jab en direct, nous traversons ces douze histoires avec le sentiment permanent d’être au cœur des signes d’une époque, au cœur de Mythologies dirait Roland Barthes tant ce qui palpite dans chaque nouvelle semble pulluler des signes de notre monde. Signes de détresse, de violence, d’incompréhension face à l’absurde mais aussi de valeurs morales et d’espoir.

 

 

« Qu’est-ce que vous lisez ? » demanda Molly d’un air enjoué

(…)

«  Schopenhauer, une biographie » dis-je.

« Ca doit être drôle » dit-elle. « Il y a tant d’hilarité sur votre visage – votre joli visage de garçon. C’est attendrissant. »

«  Les observations de Schopenhauer m’amusent parce qu’elles sont d’une extrême justesse. Mes sourires sont une petite convulsion qui me soulage. »

« Ah bon », fit Molly en continuant de balancer le pied. « Dites-moi, William, est-ce que vous avez une grosse bite ? »

 

 

Groggy sûrement. Vous sortirez groggy de ce livre. Mais vous aurez fait la rencontre, à coup sûr, d’un vrai grand écrivain. Cancer Franck, un des personnages de la première nouvelle dit à un jeune boxeur : « Garde ta violence pour le ring ». Thom Jones, son ring c’est l’écriture et, à coup sûr, il a gardé sa violence pour elle !

Peu célèbre Thom Jones ? Peut-être, mais déjà entièrement culte.

Ce livre date de 1998 pour sa première édition américaine. Ne prenez pas une minute de retard de plus pour vous en éclabousser !

 

 

Léon-Marc Levy

Directeur de rédaction de "La Cause Littéraire"

 

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