Nouvelles : Le désespoir des heures de pointe

Le parti-pris de l’évidence pourrait servir de sous-titre au « Désespoir des heures de pointe » (*) de Rebecca Wengrow. N’y voyez surtout aucune trace péjorative. Au contraire, je fais allusion à Francis Ponge, l’un des plus grands de nos poètes, et à son « Parti-pris des choses ». Apologie magnifique de l’ordinaire naturel pour Ponge. De l’ordinaire de la vie des hommes et des petits d’hommes pour Rebecca.

Tout relève d’une évidence qui finit par être émouvante dans ce petit recueil de nouvelles brèves : les choses de la vie, de la famille, de l’école, des enfants, de la ville, de l’amour. Et, tout doucement, sans même que lecteur n’y prête attention, s’élève une petite mélopée, comme une prière douce, dite à voix basse, sans envolée ni hymne. J’ai pensé irrésistiblement à John Coltrane que j’adore : le « Psalm » de « Love supreme » qui célèbre l’humanité dans des sons à peine sussurés.

Ce petit livre est la preuve que l’écriture n’a de beauté que d’être « tricotée » à son propos. Le propos de Rebecca, c’est de dire la fragilité des êtres, des mères, des ados, des femmes amoureuses, des gens qui vont au travail. De dire qu’ils sont cassants comme du cristal. Et elle a naturellement trouvé l’outil pour ça : une langue simple, fragile, cristalline et, malgré la douleur, tranquille.

Une belle heure de plaisir et de retour sur soi. Merci Rebecca !

Note : Ne vous laissez pas arrêter par la vilaine "coquille" qui défigure la 3ème ligne de la première nouvelle !

 

(*) Le désespoir des Heures de pointe. Rebecca WENGROW.

BSC Publishing. www.bscpublishing.com

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