La littérature est-elle une «cause»?

A propos d'une naissance : « La Cause Littéraire » en ligne (http://www.lacauselitteraire.fr/)

 

Qu'il y ait toujours eu, et encore aujourd'hui, une littérature engagée, cela va de soi. Des plus nobles aux plus ignobles, les engagements, les «encagements» dirait un ami cher Avi Barack, n'ont jamais manqué dans l'univers littéraire.

Les causes non plus, jusqu'à la haine des autres !.. Non. La question posée ici n'est pas de l'engagement possible de la littérature. C'est est-ce qu'en soi la littérature est un objet possible d'engagement ? Est-ce, en soi, un combat ?

Andrée Chédid vient de disparaître. Nous étions quelques-uns alors à nous sentir bien tristes, mais au moins on a parlé d'elle ! Enfin, dans des media qui ne le font jamais, on a un peu - oh très peu - parlé de poésie ! Pendant quelques jours en tout cas. On a lu, dans « Le Parisien », ces quelques vers de la grande dame :

 

« Il est temps de vieillir

D'accepter ce qui te revient

D'assumer encore et encore

A chaque crépuscule

Ce qui depuis l'aube

T'appartient »

 

Il faut que les poètes meurent pour qu'on parle d'eux et de leur art unique. La poésie est bien une« cause ». Elle mérite mieux que des épitaphes, elle mérite un combat pour occuper (ré-occuper) la place qui lui revient dans l'intelligence des sociétés humaines.

Oui, la littérature est en soi un combat. La preuve ? Tous les totalitarismes s'en sont pris, en premier, aux livres et aux écrivains. Pas aux livres et aux écrivains« engagés ». Non. Tous les livres, tous les écrivains qui n'étaient pas la propagande officielle. De l'Inquisition espagnole aux écrivains algériens assassinés par les fanatiques de tout bord (Mouloud Feraoun par l'OAS, Tahar Djaout par les islamistes du FIS, Mouloud Mammeri par le pouvoir) en passant par les cauchemars du XXème siècle, de l'Union Soviétique, de l'Allemagne nazie, du Chili de Pinochet à l'Iran des mollahs. La littérature, la vraie, fait peur en soi : parce qu'elle peut, à tout moment, être source de liberté, d'esprit, de vérité. Parce qu'elle puise ses forces dans les rêves, les idéaux ou les désordres, irréductible dans son essence au politiquement correct, au prêt-à-penser conforme à la norme. Elle est intenable ! "Si tu as peur, n'écris pas, et si tu écris, n'aie pas peur !" a déclaré récemment Idriss Ali, écrivain libyen, qu'on venait de censurer à la foire du livre du Caire (c'était juste avant les événements actuels) pour ne pas déplaire au colonel Kadhafi.

L'histoire littéraire est hantée de rébellions. L'acte littéraire est un acte de rébellion. De rébellions profondes, intimes, qui n'ont pas forcément de lien avec les révoltes sociales ou politiques, loin s'en faut. Des Lais de Marie De France aux pages de « Manhattan Transfer », des cris du « Voyage au bout de la nuit » au murmure tranquille d'Andrée Chédid, de la langue fascinée de Proust à la « guerre » linguistique de James Joyce, elle est toujours rébellion.

C'est au service de cette littérature que « La Cause Littéraire »* (http://www.lacauselitteraire.fr/) veut être. Au service del'écriture, de sa liberté indivisible, de sa trace improbable.

Elle ne sera d'aucun sérail littéraire, d'aucune école, d'aucun courant. Nous essaierons, avec ambition ET humilité, d'écouter et de servir l'acte littéraire, dans sa nécessité, sa liberté, son urgence. Nous attendons vos visites et contributions (écrits, critiques de livres, chroniques) !

 

* « La Cause Littéraire » (http://www.lacauselitteraire.fr/) est totalement GRATUITE, sans aucun but lucratif. Ce post ne présente donc en aucun cas un « contenu à des fins de réclame, de propagande, de prosélytisme. »

 

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